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PRÉFACE V

SOUS le phénomène littéraire, des grandes lois de la santé nationale n'est fas une besogne de dialectique. On ne s'installe -pas devant son intelligence, pour démêler des vérités de psychologie profonde, comme devant un tableau noir ou la craie note des formules dont la dernière exprimera la somme ou le résidu des autres. Il s'agit là, non pas de déduction, mais d'induction, d'une quantité de petits faits à ramasser et à scruter, d'une série d'hypothèses à essayer et à vérifier. Quand tous ces petits faits s'additionnent, quand toutes ces hypothèses convergent,alors seulement on est autorisé à conclure.]' imagine, par exemple, qu'un fervent de la Révolution et qui accepte comme un dogme V affranchissement absolu de l'individu, lise, avec intelligence, le Rouge et le Noir de Stendlah] les Illusions perdues de Balzac, le Ruy Blas de Victor Hugo, la Madame Bovary de Flaubert, le Jacques Vingtras de Jules Vallès. A travers les différences de génie et de facture, il observera les symptômes d'un malaise identique. Sorel, Rubempré, Ruy-Blas, Emma Rouault, Vingtras sont des sensibilités en transfert de classe, avec les intenses désordres moraux dont ce phénomène s'accompagne. Les écrivains qui ont conçu ces types les ont bien marqués au sceau de leur génie particulier. Leur observation a eu un modèle commun : celui du Français d'après 178c, grandi dans un pays où l'on a tout fait pour hâter et faciliter l'ascension sociale et pour égaliser

les points de départ. Si notre homme est de bonne foi, il en conclura que le principe d'égalité n'est pas toujours bienfaisant et que le principe de hiérarchie n'est pas toujours malfaisant. Il apercevra que des conditions de lenteur sont au contraire nécessaires à V ascension sociale, et que la nuit du Quatre- Août pourrait bien n'avoir été qu'un geste de généreuse hystérie. Le même lecteur aborde une série d'autres ouvrages : René, Adolphe, Volupté, la Confession d'un enfant du siècle, Mademoiselle de Maupin; plus près de nous, les poèmes de Baudelaire et de Verlaine. Les médecins ont pour certaines maladies à syndrome complexe, ainsi le mal de Graves ou de Basedow,- un terme expressif. Ils les appellent « un fouillis pathologique ». C'est le mot qui convient aux monographies où Chateaubriand, Constant, Sainte-Beuve, Musset, Gautier et leurs successeurs ont enregistré, tous avec talent, quelquesuns avec génie, les symptômes morbides dont leur jeunesse fut atteinte. Notre lecteur rapproche ces symptômes les uns des autres. Il aperçoit un trait commun : V hypertrophie tout ensemble et le tarissement du moi, la personnalité isolée de la famille, du métier et du sol, s'exaspérant à se rechercher et s' épuisant faute d'attaches, comme une plante dont on forcerait la floraison en l'isolant de son terroir. Une autre évidence apparaît : le danger que représente ce travail que Barrés a très heureusement appelé le déracinement, — l'utilité, pour ^/^^

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