LA VIE THERMO-MEDICALE AU XVII: SIECLE
En ce temps-là, une cure était une grande affaire ; les correspondances qui nous sont parvenues nous montrent combien pénibles étaient les voyages, combien onéreux aussi.
Mlle de Scudéry, dans une de ses lettres inédites (1), raconte un voyage de Paris à Rouen : le coche mettait une nuit et deux jours pour promener au pas de quatre forts et robustes chevaux une dizaine de personnes des plus disparates, quelques voleurs, des étudiants voyageant pour s’instruire, des nobles se déplaçant pour raison d’affaires : tels étaient les compagnons dont l’auteur du Grand Cyrus nous dépeint en pleurant les travers.
Ces voyages étaient fort chers et le postillon ne fatiguait point ses chevaux. Il suffit de se souvenir des
() Extraite de « La Société Françaïse au xvn: siècle » de Victor Cousin. Appendice.
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vers pleins de saveur et d’exactitude que La Fontaine leur a consacrés.
Certes, quelques grands seigneurs, princes du sang pour le moins, pouvaient avoir un équipage particulier, et encore ces déplacements n’étaient-ils pas l’idéal, témoins les récriminations et remontrances que fit Louvois aux Intendants provinciaux lors du voyage du roi Louis XIV à Barèges. Les routes du Midi étaient, disait-il, bien mal entretenues et il en gardait personnellement mauvais souvenir. Peut-être Louvois, peu sympathique aux cures thermales, ne faisait-il rien pour les favoriser.
Et pour ces grands seigneurs, il n’était pas question de sécurité. Les chroniqueurs de l’époque, comme Bertrand de Gorse, nous content par le menu les mésaventures d’un courrier du Roy qui avait moins de chance. Sans être le pays de Gil Blas, les routes de la doulce France étaient quelque peu infestées de brigands.
Faut-il s’étonner, dans des conditions telles, que la plupart des clients des villes d’eaux appartiennent aux classes aisées, noblesse, beaux esprits.
En effet, sous l’impulsion de l'Hôtel de Rambouillet, la province avait créé des Cercles littéraires, comme à Marseille, comme à Nantes. Ils vivaient encore des années plus tard, et il était toujours plus facile, en allant ou en revenant d’un tournoi littéraire, de soigner ses rhumatismes dans un pays dont on disait grand bien. C’est ce qui avait conduit Mlle de
Scudéry à Montferrin, l’ancienne ville d’eaux de
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Charlemagne, dans les Pyrénées, et qui nous a valu la description du bain des Thermopyles.
Quant aux pauvres, aux clients des hôpitaux de Paris, de l’Hospice Général, de l’Hôtel-Dieu, nous les retrouvons dans les hôpitaux des Villes d'Eaux, mais les masses de la bourgeoisie voyageaient peu.
Aussi, pour la majorité, les premiers clients des Villes d’eaux, appartenaient-ils à cette société, celle des héros de l’Astrée, qui passait son temps en collations champêtres, en promenades, se donnant des sérénades : tout un monde qui allait aux Eaux pour se distraire bien plus que pour se soigner.
Quant aux médecins, ils avaient, eux aussi, oublié la « Carte de Peuttinger ».
- Les médecins du xvir siècle n’ont pas bonne réputation. Ils la doivent, pour une grande part, aux critiques célèbres de Molière. « La médecine sous Louis XIV, c’est Diafoirus et ses apothicaires ». Il va sans dire que cette vue serait bien superficielle, mais on doit reconnaître que ces critiques paraissent légères à côté des souvenirs qu’égrenait, quelques années plus tard, le sire de La Mettrie.
Partial, outré, aigri, La Mettrie est pourtant un merveilleux chroniqueur ; d’un mot, d’un trait de plume, il fait revivre toute une époque. Devant lui, nul ne trouve grâce, pas même Winslaw qu’un rien scandalise, et qui n’osait purger ses malades. Pas même Jussieu, la tribu des Jussieu, tribu de naturalistes.
Et voici dévoilée toute la médecine : l’érudit Fal-
rade
connet, l’empirique Helvétius, l'inventeur de l’ipéca, l'insinuant Sylva, le hautain Chirac, le bossu Procope et le bon Molin qui sauva pourtant le roi Louis XV, à Metz, et qu’il appelle le « Ronfleur ambulant ».
Voici le médecin des Grands, Sidobre le musqué, qui ne soignait que la Duchesse de Guiche, ou de Gontaut ou de Grammont, et qui, comme ses clientes, se prend pour un important personnage.
Voici Lory, son installation luxueuse, sa famille ruinée, son carrosse qui écrasait les gens ; Lory le médecin des salons, léger et sautillant personnage, qui fut pourtant à l’origine de la découverte de Flourens sur le nœud vital.
C’est tout le monde médical parisien que l’on retrouve, croqué vivant dans les lettres de La Mettrie, toujours exilé quelque part, en Prusse ou en Hollande.
À cette époque le monde médical parisien comprenait tous les échantillons de médecins ; c’est là que l’on y rencontrait les médecins du Roy, ces rois euxmêmes, qui jouissaient de l’entrée familière au lever du Prince, les médecins par quartiers, les médecins ordinaires, les médecins fonctionnaires.
C’est plutôt dans Saint-Simon qu’il faut rechercher les traces de ces spécialistes tellement courus, tristement à la mode, ceux à qui l’on montrait toutes les tares et qui furent les vrais médecins de ce siècle dépravé, les vendeurs de Mercure, les Spargyriques.
On parlait aussi des charlatans, des guérisseurs, les uns obscurs, les autres fameux, comme le diacre
FH Lee
Paris qui appartient à l’histoire. Chomel, dans une lettre à la duchesse de Grammont, qui est un modèle de diplomatie et de politique, commentera le cas des convulsionnaires de Saint-Médard.
A côté de l’Université de Paris, les Universités de province gardaient peu d’importance ; les plus célèbres étaient celles d’Aix, de Toulouse, de Nantes. Une seule toutefois faisait exception, jalousée, haïe, qui longtemps l’emporta sur la Capitale : la Faculté de Montpellier.
Le monde médical, du xvr au xvirr siècle, est rempli par les rivalités des deux écoles : celle de Paris, gardienne farouche des traditions, celle de Montpellier, plus souple, plus moderne.
Nombreux furent les incidents célèbres : l’affaire Théophraste Renaudot, l'affaire La Martinière, et la plus fameuse peut-être, à cause de la qualité du malade, l'affaire La Peyronnet.
Chyconeau était médecin du Roï et tout puissant ; le chirurgien de Louis XV vint à mourir. L’adroit médecin de Montpellier réussit à faire nommer un de ses collègues de la même école, homme de peu de science et de réputation douteuse : La Peyronnet. L’Université de Paris eut beau protester, ses plus célèbres maîtres eurent beau écrire des lettres indignées, La Peyronnet fut nommé chirurgien et le mal inspiré et célèbre malade faillit payer de sa vie sa détermination aussi peu judicieuse. Plus tard, à Metz, la Faculté de Paris aura une tardive revanche.
Ces querelles de Faculté pour les titres de médecin