PLANCHE I
Manière de donner la Douje
au Malade sorti du Bain.
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Et pour que ce bizarre instrument ne blesse pas, on plaçait un liège rond appliqué dans la concavité, qui en réduisait ainsi les dimensions.
Dans d’autres stations, on se servait d'instruments semblables, pour protéger une articulation douloureuse par exemple.
Avant la douche, les médecins conseillaient l’usage du « stylie ». Descendant du strigile antique, c’était un appareil en bois ou en os qui servait à gratter la peau et permettait ainsi une meilleure absorption des eaux thermales.
Nous avons esquissé la description de la douche, telle qu’on la donnait à Vichy dans le petit établissement voisin de la Maison du Roy avant Chomel. Il y avait de nombreuses variantes.
Sans insister sur la douche que l’on prenait à domicile, derrière un rideau, avec sa femme de chambre près de soi, le médecin vous tenant la main.
Il y avait la douche de Barèges, particulièrement dure, qualifiée par les malades de « furieuse ». On ne pouvait l’endurer plus de 10 secondes, on la recevait roulé dans un drap et en changeant fréquemment de position. Certains malades se trouvaient mal les premières fois.
Au contraire, la « Tine », en faveur à Vichy, était particulièrement douce. C’était une sorte de petit bac que l’on débondait au-dessus du malade, l’eau tombaïit presque sans pression.
A Bourbon-l’Archambault, l’eau sortait dans une espèce de vaisseau de calibre fin, de la grosseur du
doigt environ, puis se déversait en pluie sur la tête du malade.
Claude Mareschal utilisait la lance pour diriger l’eau sur les parties malades. C’était déjà un pas vers le bain localisé, tel que nous le décrit Louvois lorsqu’il fut soigné à Barèges. Il baignaït sa jambe dans un vaisseau de bois rempli d’eau, et la conservait un temps plus ou moins long dans ce bain. Le résultat fut dit-il, merveilleux, mais passager.
Après le bain, comme après la douche, une série de pratiques devaient assurer au traitement une grande efficacité.
C'était le massage: entre les mains de masseurs ex-
perts, les malades faisaient voyager leurs humeurs. :
Aux masseurs était joint tout un personnel de soigneurs, frotteurs, médecins oignants.
C'était aussi la sudation. Le moyen était variable, soit se mettre au lit, avec de nombreuses couvertures, soit faire usage de l’Etuve.
L'origine de l’Etuve est des plus anciennes: son histoire court à travers les Ages. L’ancêtre de l’étuve était une sorte de cabane. On y plaçait des pierres chauffées que l’on aspergeait d’eau froide. Les malades pénétraient nus dans la cabane et y demeuraient autant de temps qu’ils pouvaient le supporter. Après quoi, ils allaient se jeter dans l’eau fraîche. Les héros de lIliade se servaient de l’Etuve et on en retrouve la trace dans les mœurs des peuplades sauvages de l'Amérique septentrionale.
On peut rapprocher de l’étuve la chambre aux va-
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peurs sulfureuses, très en faveur dans les stations pyrénéennes.
A Vichy, la cure s’entourait de prescriptions de tous ordres, elle devait être très minutieusement préparée : purgation, clystère, jeûne, saignée, tout était mis à contribution. Durant la cure, les médecins ordonnaient un régime restreint, des plus utiles à ces grands seigneurs qui étaient de gros mangeurs, toujours quelque peu goutteux.
Aussi, autour des sources pouvait-on trouver tout l’arsenal de la médecine de l’époque, et si Barèges se plaint de ne pas posséder d’apothicaire vers 1707, c’est l'exception. A Vichy, cornets, instruments chirurgicaux pour pratiquer la saignée, toutes ces merveilles sont à portée de la main.
Mareschal, Fouet, Chomel énumèrent les médications en usage à cette époque parmi lesquelles on ne peut se défendre de citer ce fameux « Electuarium Thériacum » que l’on peut retrouver, de nos jours encore, dans le fond de vieilles officines, sorte d’embrocation mystérieuse, médicament extraordinaire aux indications multiples et confuses !
Pendant la cure, les médecins conseillaient les distractions, les promenades, les sports. Les distractions saines en particulier. Il est bon de noter que les médecins du xvrr siècle s’élevaient contre les jeux de hasard dans les villes d’eaux.
La grande affaire thérapeutique était surtout la Douche et les bains. On se rendait à la source dans des costumes spéciaux, très chauds, qui masquaient li-
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dentité. Les plus riches se faisaient transporter en chaise à porteur fermée afin de pouvoir plus vite se remettre au lit. On discutait s’il fallait les ordonner tour à tour ou simultanément. La prise d’eaux en boissons était beaucoup moins importante.
À Vichy, la cure de boisson était une méthode préparatoire aux baïins, on buvait surtout l’eau de la Fontaine des Célestins. On sait que l’on prenait un nombre considérable de verres, non sans inconvénients d’ailleurs, comme le montre la crise de coliques hépatiques dont fut victime M. de Brissac (1).
On prenait les eaux, tantôt à la source même, où une jeune fille, avec un grand vaisseau d’argent, donnait à boire à droite et à gauche, tantôt à domicile, où un fontainier, appelé « Puiseur », vous apportait l’eau ordonnée par le médecin. Ce dernier procédé était naturellement en faveur près de la classe riche.
La journée du malade commençait tôt, finissait tard, de nombreuses réceptions s’intercalaient entre les obligations de la cure. Les conversations allaient leur train, on parlait « confidemment » de ses maux, des médecins, de leur physique, de leur vie privée.
C’est une mode de toujours.
(1) Madame de Sévigné, Lettres à Madame de Grignan, 1676, 21 mai.