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CHAPITRE VI

Premiers colons de Saint-Pierre

-*> endant près de deux ans, les choses restèrent J- à peu près en l'état à la Rivière-aux-Rats : les

S hivernants y vinrent comme d’habitude et comme d’habitude les bandes de chevaux des gens de Saint-Norbert vinrent manger le jargeau des coulées et des bois durant l’hiver et y vagabonder dans les beaux jours.

En 1872, huit familles viennent se fixer définitivement sur le territoire de Saint-Pierre.

C’est Gabriel Lafournaise. Tout jeune, son père l’avait confié à Monseigneur Provencher, et il devint ainsi un des premiers élèves du Collège de Saint- Boniface. J’ai su qu’il avait de la facilité pour les mathématiques; intelligent d’ailleurs. Mais, Monseigneur, qui un instant avait eu l’espoir de le mettre au latin, vit qu’il devait le remettre à son père. Gabriel resta d’ailleurs bon garçon et garda toujours un excellent souvenir de son trop court temps de collège et il garda aussi jusqu’à sa mort un culte pour le souvenir de Monseigneur Provencher. Gabriel Lafournaise vint s’établir à la Rivière-aux-Rats en

1872. Avec lui vinrent Edouard Elémond, Louis Larivière, Boniface Nault, Joseph Gladu, et Marcel Roy qui fut plus tard un des premiers commissaires d’école de Saint-Pierre-Centre.

Ces pionniers s’établirent les uns auprès des autres à partir du lot 37 de l’arpentage actuel en allant vers le sud; Roy, Gladu, Lafournaise étaient voisins, puis un peu plus loin Larivière et Elémond, et ensuite Boniface Nault.

Deux autres familles, Toussaint Vermette et Isidore Tourond, se fixèrent au Nord sur les Nos 10 et 11 du cadastre actuel.

Nos gens se riaient de l’isolement. La charrette de la Rivière Rouge n’avait pas été inventée pour rien; on y attelait un cheval, et la famille partait le samedi après-midi pour aller à la messe à Saint-Norbert. On avait du temps, on voyait les parents, les amis, et avec une provision de gaieté on s’en revenait à la Rivière-aux-Rats.

En 1873, deux nouvelles familles venaient occuper, l’une le lot actuel 9 de l’établissement de la Rivière-aux-Rats: c’était la famille de Martin Jérôme; l’autre, la famille Alfred Nault, allait sur le lot voisin de celui de Boniface Nault, au sud du lot de Edouard Elémond. Donc deux groupes, l’un de sept familles au Sud, l’autre de trois familles au Nord. Quatre milles de distance entre les deux. Voilà quel était le nouvel établissement.

Dès cette époque, le curé de Sainte-Agathe venait de temps à autre visiter la petite colonie, et si la première messe fut dite à la Rivière-aux-Rats par monsieur Ritchot, le premier prêtre qui visita d’une ma-

nière régulière la nouvelle mission fut monsieur Proulx alors curé de Sainte Agathe, et qui mourut il y a quelques années curé de Saint-Lin, au diocèse de Montréal. Monsieur D. Fillion, qui succéda à monsieur Proulx à Sainte-Agathe, s’intéressa aussi à la petite colonie et la visita avec régularité. La messe se disait tantôt dans une maison, tantôt dans une autre, et bien que la visite du prêtre eût lieu ordinairement dans la semaine, à peu près tout le monde approchait des sacrements.

L’année 1874 amena à la Rivière-aux-Rats quatre nouvelles familles; parmi celles-ci se trouvait la famille Joseph Cadotte. Joseph Cadotte naquit au Fort Auguste, où son père était interprète au service de la Compagnie de la Baie d’Hudson. J’ai tout lieu de croire que Joseph Cadotte était le petit-fils de Jean-Baptiste Cadotte qui vint à Michilimackinac en 1756. Il avait pour femme une indienne du Nipissing qui mourut en 1767. Il épousa ensuite Marie Nouet, dont il eut un fils à qui fut donné au baptême le nom de Joseph-Marie. Jean-Baptiste mourut dans un âge très avancé après avoir couru le pays dans tous les sens et après avoir été en société avec A. Henri, en 1775. Henri l’aurait amené avec lui sur les bords de la Saskatchewan. Mais il n’y resta pas et revint après un séjour assez long à Cumberland, vers le lac Supérieur. Elliot Cônes, dans ses notes sur le journal de A. Henri et de David Thompson, dit que par son influence sur les indiens Chippewais du lac Supérieur, il les empêcha de prendre part au mouvement de Pontiac. Notre Joseph Cadotte à nous, avait épousé à Saint-Norbert Christine Caron.

Lui aussi avait couru la prairie avant de venir se fixer à la Rivière-aux-Rats. La dernière fois qu’il revint du Nord, il se chargea d’amener à Saint-Boniface une pauvre vieille qui crevait de misère aux environs d’Edmonton. Il fit cet acte de charité à la demande du Père Lacombe qui profita de l’occasion pour faire un peu le prophète. « En récompense de ta charité, dit le missionnaire à Joseph Cadotte, je te promets que tu ne tomberas jamais dans la misère. La misère viendra bien près de toi, mais il arrivera toujours quelque chose qui te la fera éviter. » Cadotte me racontait cette histoire un an avant sa mort et il concluait « Eh bien ! mon Père, c’est tout à fait arrivé comme cela; le Père ne s’est pas trompé. Je n’ai jamais été dans la misère depuis. Des fois ça frise! Mais je m’en suis sauvé ! »

En 1875 et 1876, la colonie n’augmenta pas beaucoup puisqu’elle ne comptait que vingt familles au mois de janvier 1877.

Cependant, un groupe de vingt familles dans un pays nouveau attire nécessairement l’attention de l’évêque. Aussi, le quatre janvier 1877, Monseigneur Taché érige canoniquement la mission de Saint-Pierre et par là même aussi, en conformité avec les lois provinciales, lui donne la vie civile.

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