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CHAPITRE V

Le nom de Saint-Pierre donné an fntnr établissement de la Rivière-aux-Rats

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«près les laborieuses négociations que le Père Ritchot avait dirigées à Ottawa au nom du gouvernement provisoire de la Rivière Rouge, il était de retour dans sa paroisse de Saint-Norbert, et le dimanche, 2 juillet, après la messe, la foule avide de l’entendre, était restée massée devant l’église. Le Père Ritchot, paraît-il, dit les choses qui s’étaient passées à Ottawa et qui allaient régler l’avenir du pays et de ses habitants. Il raconta ses efforts, ses luttes, ses succès et aussi quelque peu ses déboires. Il parla de confiance dans l’avenir: « Mes amis, dit-il en terminant, il y a de belles terres à la Rivière-aux-Rats, vous y allez en hivernements, vous y allez faire du bois; il faut en prendre possession définitivement: allons-y demain. »

Le lendemain, plus de trente hommes suivaient le Père Ritchot à la Rivière-aux-Rats. Il y avait là déjà quelques établissements existant en permanence,

entre autres, l’établissement de Lacerte, à l’ouest de l’endroit où se trouve Otterburne. C’est là même que les opérations commencèrent. On mesurait douze chaînes de large pour chaque lot, on plantait deux forts piquets ou poteaux dans les lignes de démarcation. On arriva ainsi jusqu’à l’endroit où se trouve aujourd’hui le pont du chemin de fer qui enjambe la Rivière-aux-Rats. Une belle clairière avec une frange de beau bois était formée par la pointe que fait à cet endroit la rivière. Comme personne n’avait l’air de la réclamer, le Père Ritchot déclare qu’il la prenait. Monsieur Joseph Dubuc, qui est devenu depuis juge en chef de la province de Manitoba, dans cette excursion faisait office d’arpenteur. Le jeune avocat n’était pas fort, on craignait pour lui la fraîcheur de l’eau, un solide métis le prit sur son dos et fit le Saint-Christophe : ainsi traversa-t-il la Rivière-aux-Rats à pieds secs monsieur Dubuc, pour aller mesurer une terre de douze chaînes de l’autre côté, et cette terre fut mise au nom du Père Ritchot.

Le travail se continua jusqu’au soir et ce devait être une scène bien intéressante que ces hommes portant la chaîne d’arpentage, pendant que d’autres marquaient de poteaux de chêne les limites de chaque lot et d’autres labouraient sur chaque lot une planche de terre et y semaient qui de l’avoine, qui de l’orge, des navets, des carottes et même des choux. Et tout cela poussa si beau que l’un des témoins appelé à déposer devant la Commission Royale nommée par le gouvernement fédéral et composée des juges Dubuc et Miller, siégeant à Otterburne le 6 septembre 1881, ayant raconté ce que nous venons de

dire, le juge Miller lui demanda: « Savez-vous si tout cela pousse ? — Oui, répondit-il, dans l’automne j’ai passé par là à la recherche de mes chevaux, et sur ma terre j’ai coupé de l’orge que mes chevaux ont mangée et j’ai trouvé de belles carottes; j’en ai mangé moi-même. » L’honorable j uge se dressa sur son fauteuil et après un franc éclat de rire:

« Mais, impossible d’avoir meilleure prise de possession, voilà qu’on sème et qu’on récolte. »

Le soir du premier jour, on établit le campement à l’endroit où se trouve aujourd’hui l’école de Saint- Pierre Nord. Il y aura une paroisse par ici avant longtemps, dit le Père Ritchot, il faut marquer une terre pour la future église. « Père, dit quelqu’un, nous ne sommes pas bien loin de la Rivière Rouge. J’ai déjà campé ici en venant aux chevaux, et j’entendais, la nuit, les aboiements des chiens des établissements de la grande rivière. » On se réserve donc la prise de possession de la terre de la future église pour le lendemain. C’est donc le quatre juillet au soir que les excursionnistes ayant dépassé le confluent de la branche sud et de la branche nord de la Rivière-aux- Rats, à quelque chose comme un mille plus loin, le Père Ritchot choisit les douze chaînes de terre qui devaient être la propriété de la future paroisse: c’est le numéro 28 de la Rivière-aux-Rats.

Le travail de prise de possession se continua les jours suivants, et il ne s’arrêta qu’à l’endroit où se trouve aujourd’hui le village de Saint-Malo.

Pendant que monsieur Ritchot et ses compagnons opéraient ainsi sur la branche principale de la petite rivière, un autre groupe opérait de la même manière

sur l’autre branche que l’on appelle « La Fourche, » un autre groupe encore sur la rivière à Tourond.

Comme ce beau travail se fit dans l’octave de la fête de Saint-Pierre, le Révérend Père Lestang, alors administrateur du diocèse, donna à la future mission le nom de Saint-Pierre.

Cette prise de possession de terrain se fit d’après la coutume du pays: le premier occupant marquait sa terre de deux poteaux qui en fixaient les limites, y bâtissait une maison plus ou moins rudimentaire, y habitait à l’occasion et tout le monde dans le pays respectait cette propriété.

Cette prise de possession que j’appellerai donc légitime, fut faite avant le transfert du pays au Canada qui ne fut accompli, en vertu de la proclamation de la Reine, que le 15 juillet de cette année 1870.

Le gouvernement fédéral contesta les droits de propriété de ces premiers occupants de la Rivière-aux- Rats, et tout un système de petite vue, de tracasseries, d’ergotage, fut créé pour ennuyer les premiers habitants de la Rivière-aux-Rats. Tout cela était indigne d’un gouvernement qui se montrait si large à l’égard de colons que des agents grassement salariés allaient recruter à tant par tête dans les pays les plus grossiers, les moins policés de l’Europe.

Malgré tout, le territoire de la Rivière-aux-Rats est désormais sous la protection du chef des Apôtres; Saint-Pierre saura garder son domaine.

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