CHAPITRE XIII
Un curé à Saint-Pierre
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a chapelle moins que modeste, commencée en 1877, et en usage pour les offices depuis 1878, au cours de l’été, était bien insuffisante et surtout Saint-Pierre n’avait pas de curé.
Pour les catholiques, l’église est la maison paternelle: Dieu, « Notre Père qui êtes aux Cieux, )) y habite. Mais le Bon Dieu a voulu rester invisible sur la terre. Cependant il est le père de toute paroisse aussi particulièrement qu’il est le père de l’humanité. Mais dans une famille, le père doit se voir, doit parler, doit diriger. Le Bon Dieu met dans chaque paroisse un homme qui doit le représenter: le prêtre. Il est le père visible de la famille que doit former toute paroisse, comme Dieu en est le père invisible. Cependant, dans la paroisse, Dieu habite véritablement dans le tabernacle, et pour le mettre dans le tabernacle, il faut le prêtre à qui Dieu a donné le pouvoir de faire la Divine Eucharistie. Donc, dans une mission, tant que Dieu ne réside pas au tabernacle, et tant que le prêtre n’est pas là pour l’y mettre et pour le représenter visiblement, les fidèles sont orphelins. Rien
de triste comme un établissement catholique sans prêtre.
Mais même au point de vue matériel, chez nous, catholiques, l’église est le centre de la vie civile comme de la vie paroissiale, et le prêtre en même temps qu’il est le pasteur, le prêtre, dis-je, est le chef.
C’est notre manière d’être à nous, catholiques, et quand nous sortons de là, nous ne sommes plus dans l’ordre, et notre vie sociale, comme notre vie morale et spirituelle, s’en ressent; elle est malade.
Les colons de Saint-Pierre le savaient, le sentaient.
De temps en temps, Dieu habitait parmi eux, mais non d’une manière permanente: le prêtre manquait à la famille spirituelle et au groupe social.
Les habitants de la Rivière-aux-Rats demandaient donc un prêtre. Ils étaient, disaient-ils, fatigués de « charrier la messe. »
Monsieur l’abbé Jolys, qui avait visité Saint-Pierre plusieurs fois dans le cours de l’été 1879, était parti pour la France au mois de novembre. Il revenait au mois d’avril suivant. A sa première entrevue avec Monseigneur l’archevêque, Sa Grandeur lui dit: «On me demande un prêtre à la Rivière-aux-Rats. Voulez-vous y aller ? — Je suis à votre disposition, Monseigneur, si vous avez un trou ouvert, n’importe où, je ferai la cheville si vous m’y envoyez. — Oui, mais il faut encore que la cheville ne soit ni trop grosse ni trop petite, » dit en riant Sa Grandeur. « Eh bien ! Monseigneur, on tâchera de la mettre à juste calibre.
Bien, bien, plaisanterie à part, allez à la Rivièreaux-Rats, passez-y un dimanche, et prenez votre