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PREMIÈRE ÉGLISE ET PREMIER PRESBYTÈRE DE SAINT-PIERRE

temps. Voyez s’il y a là les éléments d’une paroisse et vous me ferez un rapport. »

Monsieur Jolys s’en fut donc à la Rivière-aux-Rats. Le premier dimanche, il convoqua une assemblée après la messe. Le système parlementaire fait toujours perdre beaucoup de temps, surtout quand il est manœuvré par des gens qui n’ont pas l’habitude de s’en servir. L’assemblée se prolongea assez longtemps, on discuta et finalement on se sépara sans résultat.

Monsieur Jolys avait annoncé qu’il serait encore à Saint-Pierre le dimanche suivant.

La première impression chez lui n’avait pas été favorable. Il faut savoir, en effet, que toutes les maisons alors étaient sur le bord de la rivière cachées par les bois; que c’est un simple sentier qu’il fallait suivre au milieu des branches pour aller de l’une à l’autre. Pas de chemin, donc pas de pont; et presque pas de culture : seulement un petit champ ça et là. Pendant toute la semaine, Mr. Jolys parcourut Saint- Pierre dans tous les sens. Il suivit les sentiers, traversa les coulées et la rivière à l’eau, et le soir, lorsqu’il rentrait chez monsieur Labonté où il avait établi son pied à terre, il faisait le désespoir de madame Labonté qui voulait le faire changer, mais qui ne réussissait guère qu’à le faire se sécher auprès de son poêle.

Le dimanche suivant, nouvelle assemblée après la messe. Le futur curé dit: « Mes amis, j’ai visité l’établissement cette semaine. Demain, je recommence cette visite; mais cette fois, je demanderai dans chaque maison une souscription de quinze piastres. Si vous montrez de la bonne volonté, la Providence

fera le reste. Je sais que plusieurs d’entre vous n’ont pas d’argent en ce moment. Je vous en prêterai sur billet payable à l’automne. »

Le lendemain, en effet, l’abbé Jolys commençait cette visite de la petite colonie. Il se faisait accompagner par monsieur Simon Fraser qui contresignait les billets comme témoin.

Au milieu de la semaine, il y avait une somme de huit cent soixante-deux ( S 862.00 ) piastres souscrite.

Monsieur Jolys fit son rapport à Monseigneur l’archevêque qui le nomma curé de la nouvelle paroisse, lui donnant carte blanche pour construire, et il voulut s’inscrire sur la liste de souscription pour deux cents (S 200.00) piastres. Monsieur Jolys s’y inscrivit lui-même pour cent ( $ 100.00 ) piastres.

Disons tout de suite à l’éloge des premiers habitants de Saint-Pierre que, l’automne arrivé, la somme souscrite était intégralement payée, pas un billet ne resta en souffrance.

Le trente juin, monsieur Jolys signait avec le représentant de la « Emerson Building Co. », Monsieur Purdy, le contrat pour la construction d’une petite église de 40 pieds par 32; l’extérieur seulement devait être terminé, de manière à la rendre logeable à la rigueur, pour la somme de $ 1175.00, les habitants devant faire gratuitement le transport des matériaux d’Otterburne sur le chantier.

On ajouta ensuite un petit jubé pour les chantres, la voûte, une table de communion très simple, quelques bancs; le tout montait à $ 1550.00

La même compagnie transforma ensuite l’ancienne

chapelle en presbytère pour la somme de S 400.00. Cela donnait seulement quatre petites chambres au rez-de-chaussée, et comme les murs n’étaient pas assez hauts pour un étage, on éleva la toiture de manière à exhausser les murs de deux rangs de pièces. Le grenier fut transformé plus tard ; on y fit trois chambres et puis enfin on ajouta, plus tard encore, une toute petite cuisine surmontée d’une petite chambre et, le tout terminé, l’établissement coûtait S 2583.00. Plus tard encore, il fallut un hangard qui fut solidement construit en charpente de chêne, et l’établissement, que l’on regardait comme complet, avait coûté en tout et partout $ 3178.00. Le curé de Saint-Pierre ne fit aucun nouvel appel à la bourse des paroissiens pour cela.

Les travaux de la nouvelle église commencés le 10 juillet, étaient terminés le 15 août.

La bénédiction avait été fixée au 17. On avait élaboré tout un programme de fêtes. A l’arrivée de l’express du matin, Monseigneur l’Archevêque devait être salué à la gare d’Otterburne par une délagation et escorté jusqu’à Saint-Pierre. A onze heures, la bénédiction solennelle du petit temple et la messe, puis, dîner de famille sous un pavillon de feuillage.

Oui, mais le seize de gros nuages s’amoncelèrent et une pluie battante ne cessa de tomber toute la journée.

La tempête avait été violente au point d’interrompre la communication télégraphique entre Otterburne et Winnipeg. Impossible donc de se parler. Monseigneur Taché se demandait: « Faut-il tout de même aller à Saint-Pierre ?» A Saint-Pierre, on se deman-

dait : « Monseigneur viendra-t-il tout de même ? »

Les chemins étaient de vrais cloaques. Malgré tout, le seize au soir, MM. les curés de Saint-Jean- Baptiste et de Saint-Joseph, MM. Fillion et Pelletier, nous arrivaient royalement couverts de boue et trempés jusqu’aux os.

Cependant, le 17 au matin, la pluie avait cessé. Monseigneur l’Archevêque venait, accompagné de l’honorable Joseph Royal, député de Provencher aux Communes, de Alex. Kittson, représentant du comté à la Chambre provinciale, de monsieur l’abbé Dufresne, prêtre de l’archevêché, et des abbés Cloutier, Reni et Hugues, séminaristes. Un autre séminariste était rendu dès le samedi, l’abbé Brouillard.

A dix heures, à l’arrivée en gare d’Otterburne, le vent faisait disparaître les derniers nuages et un soleil splendide venait nous réjouir.

Toute la petite colonie était là au grand complet. Monseigneur récita les prières liturgiques et aspergea d’eau bénite l’humble église, et monsieur N. Pelletier, curé de Saint-Joseph, chanta la grand’messe. Ce fut la messe royale de Dumont qui fut exécutée. A l’offertoire, MM. Hughes et Royal chantèrent le « Justus ut palma florebit » de Lambillote. Monsieur Hughes qui était alors organiste de la cathédrale, tenait l’harmonium.

Monseigneur Taché fit à l’Evangile une de ces allocutions toute de cœur et très pratique, dont il avait le talent. Il félicita vivement les paroissiens de leur bonne volonté et de leur esprit de foi, et leur recommanda particulièrement d’aimer leur curé. « Si vous remplissez bien ce devoir, conclut-il, je pro-

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