CHAPITRE XVI
Une nouvelle église
mois de janvier 1884, la population de Saint-Pierre atteignait le chiffre de six cent cinquante-trois âmes.
Que faire avec une église de quarante pieds par trente-deux ? Les bancs étaient pleins, le sanctuaire était plein, la petite tribune, qui avait été faite pour les chantres seulement, était encombrée, enfin il n’y avait pas de place. La Providence vint à notre aide. En 1883, la législature de Manitoba créa des conseils de comtés. C’étaient des agglomérations de plusieurs municipalités qui devaient connaître de toutes affaires intermunicipales. On prévoyait que ces comtés municipaux auraient à fournir un local pour une cour de comté et autres nécessités. Quelqu’un suggéra de vendre l’église au conseil de comté et de construire une église neuve. C’est ce qui fut fait: les choses marchèrent assez rapidement. Au premier janvier, la transaction était terminée, et le 20 février, monsieur le curé de Saint-Pierre signait à Winnipeg, avec J.-E. Gelly & Cie, un contrat pour une église de quatre-vingt-cinq pieds de longueur et d’une largeur de
quarante-cinq pieds. La hauteur du carré devait être de vingt-cinq pieds. Le premier contrat pourvoyait à la charpente de galeries de chaque côté de l'église, depuis le jubé de l’orgue jusqu'au sanctuaire; mais il fallut bien vite faire finir toutes les galeries. Divers autres changements au plan primitif, et quelques additions, portèrent le coût de la construction de quatre mille trois cents piastres qu’il devait être tout d’abord à quatre mille sept cent quatre-vingtdix.
Aucune ornementation, travail tout uni; il était seulement spécifié que le tout devait être en bon bois sec et sain, et travail fait d’après les règles de l’art du constructeur. Les paroissiens se chargeaient de transporter les matériaux de la gare du chemin de fer sur les lieux.
Le premier mars, les matériaux étaient en grande partie sur place et, le deux, on posait les soles. Il faisait un froid intense et la veille on avait dû déblayer la neige et niveler le terrain à la hache. Mais le temps pressait. Les contracteurs s’étaient engagés à livrer l'église le vingt-cinq avril.
Le temps devint plus clément au bout de quelques jours, et somme toute, il n’y eut que deux demi-journées où les ouvriers ne purent travailler pendant tout le temps de la construction. Pendant tout le travail, il n’y eut pas l’ombre d’un accident.
Le trente mars, il ne restait plus que quelques travaux intérieurs et les ouvriers voulurent bien euxmêmes, le vingt-neuf au soir, débarrasser le plancher de tout ce qui eût pu gêner et installer des tables tout autour le long des murs. Le trente donc, ces tables
étaient transformées en comptoirs de bazar. Les RR. Sœurs Grises de Saint-Boniface, Madame J.-E. Cyr, madame J. Dubuc, messieurs Verge, D’Auteuil, Turner et plusieurs autres amis de la jeune paroisse, nous avaient envoyé une foule de jolies choses qui firent tomber pas mal de piastres dans l’aumônière de chacune des dames et demoiselles qui se dévouèrent pour s’improviser solliciteuses et vendeuses. Il y eut le soir, un banquet de plus de deux cents couverts. Le lendemain, la fête continua, et dans la soirée, un groupe de jeunes gens égaya l’assistance par une petite comédie et quelques scènes improvisées. Au milieu de la soirée, monsieur le curé Jolys donna une causerie où sous le titre de « Voyages aux temps passés, » il raconta le grand voyage de Joseph Landry, de Montréal au pied des Montagnes Rocheuses, avec Clark Logan Robinson et Decouane, au service de la Compagnie de la Baie d’Hudson.
Le bazar produisit $ 529.00 net.
Les jours suivants, les derniers travaux furent poussés avec grande activité, et le dimanche de Pâques, 13 avril, monsieur le curé de Saint-Pierre, délégué par Monseigneur l’archevêque, faisait la bénédiction du nouveau temple. Ce fut une véritable fête de famille. Nous avions hésité à retarder la bénédiction de l’église pour avoir Monseigneur l’archevêque, des prêtres et les amis de la paroisse qui se trouvaient loin de nous. Mais en ce temps, les cultivateurs ont besoin de tous les jours de chaque semaine pour les travaux des semailles, et le dimanche, chaque prêtre était retenu dans sa paroisse. Nous avons préféré faire une fête tout intime et célébrer la résurrection
du Sauveur dans notre église neuve. Voici l’acte de cette bénédiction tel qu’il existe dans les registres de la paroisse.
« Le treizième jour d’avril, mil huit cent quatrevingt-quatre, nous prêtre, curé soussigné, en vertu d’une délégation de Sa Grâce Monseigneur Alexandre Taché, archevêque de Saint-Boniface, avons béni la nouvelle église de la paroisse de Saint-Pierre.
« Cette église mesure quatre-vingt-cinq pieds du portail au chevet, et quarante-cinq pieds de largeur. Elle a été construite par messieurs Gelley, Soucisse & Cie, entrepreneurs de Winnipeg. La cérémonie a commencé à dix heures un quart et a été suivie de la grand’ messe.
« Un grand nombre de paroissiens s’étaient rendus à la cérémonie. »
Signé: J. M. Jolvs, prêtre.
La première sépulture qui eut lieu depuis la bénédiction de la nouvelle église fut celle d’un enfant de trois ans: Joseph Nault, le dix-sep t avril.
Le premier mariage fut celui de Joseph Cartier et Louisia Théroux, le 31 juillet.