INTERIEUR DU FREMIER COUVENT DE SAINT-PIERRE
monsieur le curé de Saint-Pierre pour le couvent et était arrivée avant son départ pour le long voyage qu’il fit cette année-là. Il voulut donner à cette cloche le nom de Marie-Rose, en l’honneur de la mère fondatrice des Sœurs de Jésus-Marie, et les deux marraines furent Mary et Rose Carey. Elle avait été fondue chez Clinton H. Meneely à Troy, et pesait 125 livres. C’est, je crois, la plus joüe petite cloche qui soit jamais sortie de cette fonderie; elle avait un son argentin très pur et des vibrations très puissantes qui résonnaient en sons graves et prolongés deux octaves au-dessous du son ordinaire. Nous l’avons malheureusement perdue dans l’incendie du couvent, le 21 décembre 1899.
Monseigneur Taché avait assisté aux grandes fêtes de Québec, à l’occasion de la remise de la barrette cardinalice au cardinal Taschereau. Monsieur le curé de Saint-Pierre l’accompagnait.
« Mon cher, dit un jour Monseigneur à son curé, je vous l’ai dit, je viens de chez vous. J’aurais bien voulu vous y voir. Je ne voudrais pas vous presser et nuire au succès de l’œuvre que je vous ai confiée, mais je voudrais bien vous voir chez vous. — Ahî Monseigneur, que je voudrais m’y voir aussi. Je vous avouerai que je suis très fatigué. — Eh bien, arrangezvous donc pour vous en venir avec moi; je partirai mardi, trois août au soir. » « Le mardi soir donc, à
minuit, le curé de Saint-Pierre prendra le train à Ottawa, Monseigneur. — En attendant, vous voyez, je suis dans l’ impossibilité de me rendre aux fêtes de la remise du Pallium à Monseigneur Duhamel. ( Monseigneur était malade à l’hôpital Notre-Dame, à
Montréal ). Vous allez aller avec monsieur Cloutier me représenter à ces fêtes, et dites bien à Monseigneur Duhamel combien je regrette de ne pouvoir m’y rendre moi-même. »
Le 29 juillet, en effet, le curé de Saint-Pierre en compagnie de son ami, l’abbé Cloutier, représentait son archevêque près de Monseigneur d’Ottawa et le trois août au soir il rejoignait Monseigneur Taché à bord du train Montréal-Winnipeg.
Un incident de voyage: l’express qui nous emportait se gare sur une voie d’évitement, à une petite station au nord du Lac Supérieur, pour laisser passer un convoi de marchandises qui court à toute vapeur. C’est le premier convoi chargé de thé, venant de Chine, qui traverse l’Amérique par le C. P. R. Cela intéressa beaucoup Monseigneur Taché.
« Voyez-vous, dit-il, le voilà le passage du Nord- Ouest. »
Monsieur le curé de Saint-Pierre rentrait chez lui le sept août, après une absence de six mois.
Le six juin précédent, monsieur l’abbé Pelletier, vicaire à Sainte- Agathe, et qui desservait Saint-Pierre en ce moment pour son curé, avait béni le couvent •de Saint-Pierre en présence de toutes les religieuses, en vertu d’une délégation de Monseigneur l’archevêque.
Le cinq septembre suivant, monsieur le curé de Saint-Pierre érigeait le chemin de croix dans la chapelle du couvent. La veille, samedi quatre, il avait célébré la Sainte Messe dans la même chapelle et depuis lors Notre-Seigneur y habitait en permanence.