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CHAPITRE XVIII

Le chemin de croix de l’église

~ To\ans l'automne de 1886, le curé de Saint-Pierre fit appel à la bonne volonté de ses paroissiens. ^ Il s’agissait d’acheter un chemin de croix qui fût assez beau pour exciter la piété des fidèles et pour orner convenablement l’église en même temps.

Monsieur le curé s’adressa à Paris. Un ami lui parla d’un chemin de croix ancien qui avait une valeur relativement grande et que l’on offrait pour un prix relativement minime, car la personne qui en avait la possession, n’ayant pas les moyens d’en faire un pur cadeau, aurait été disposée à le donner au-dessous même du tiers de la valeur, pour faire en même temps une bonne œuvre. Monsieur le curé reçut des photographies. C’était vraiment beau; mais ce chemin de croix n’était pas le Via Crucis ordinaire: il avait seize stations. Ce n’était pas possible d’en supprimer deux sans que les tableaux ne fournissent encore quelque chose d’incomplet. Le projet de cet achat, qui eût fait venir à Saint-Pierre une œuvre d’art, fut donc abandonné.

Monsieur le curé eut recours à la maison Alcan, de

Paris. J’ignore si cette maison existe encore, mais dans le temps, elle faisait une spécialité de chemins de croix. Chose assez curieuse, c’est que les gravures du chemin de croix de l’ancienne cathédrale de Saint-Boniface qui certainement avaient de la valeur, — c’étaient en effet des gravures sur bois elles avaient déjà un peu d’âge, — venaient de la même maison.

On offrit pour le prix sur lequel on était obligé de tabler, des copies d’Overbeck. Chacune des stations est donc une copie d'œuvre d’art. Dire que nous possédons ici une œuvre d’art, ne serait pas exact. Mais chaque station est copie fidèle et aussi parfaite que possible d’une œuvre d’art.

Voici comment on procède pour ces sortes de choses: ces maisons spéciales emploient des peintres qui, sans avoir pu atteindre à la renommée, connaissent très bien le métier de copiste, et on donne à faire à chacun une station, toujours la même. Ils arrivent à reproduire ainsi l’œuvre du maître avec une très grande perfection. Ainsi fut fait le chemin de croix que nous possédons. Aujourd’hui que le temps a pu fondre les couleurs, les patiner, tout homme qui sait ce qu’est le beau, comme composition, dessin et couleur, admirera le chemin de croix de Saint-Pierre. L’encadrement en est des plus simples et il doit l’être pour faire ressortir les tableaux; mais les toiles sont vraiment belles. Le manque de connaissance et de goût fera s’extasier plutôt devant de méchants basreliefs en plâtre, mais le connaisseur ne s’y trompera pas.

Alcan fournit ce chemin de croix au prix de vingt

piastres la station. Monsieur le curé avait demandé quinze piastres par souscripteur; il y avait donc déficit, mais on s’y attendait. Ce à quoi l’on ne s’attendait pas, par exemple, c’est que le prix fait par la maison Alcan ne comportait que les toiles. Il fallut donc un supplément pour l’encadrement et puis vint le transport et puis il fallut ajouter 20% pour cette horrible douane; enfin, le tout revint, rendu à Saint- Pierre, à quatre cents piastres. Ce ne fut pas trouvé trop cher.

Il restait à ériger ce chemin de croix et naturellement tout le monde désirait que ce fût une grande fête.

Au mois de septembre, Monseigneur Fabre, archevêque de Montréal, venait faire visite à Monseigneur Taché, et Monseigneur Taché voulait que Monseigneur Fabre visitât les principales paroisses de son diocèse: jamais meilleure occasion! Monsieur le curé de Saint-Pierre invita Monseigneur Fabre; Monseigneur Taché donna à Sa Grandeur la délégation nécessaire et le vingt septembre Monseigneur de Montréal arrivait à Saint-Pierre escorté d’un certain nombre de prêtres et le lendemain, vingt-et-un, Sa Grandeur érigeait solennellement le nouveau chemin de croix.

Les toiles étaient en place et Monseigneur les bénit. 11 bénit aussi, suivant l’ordre, les quatroze croix déposées sur deux plateaux, puis quatorze enfants de chœur s’en allèrent suivant la croix de procession, et à chaque station, après les prières, Monseigneur mit lui-même en place les croix respectives.

C’était très beau et très édifiant.

Après la cérémonie, monsieur Louis Labarre présenta une adresse de remerciements à Sa Grandeur qui répondit par quelques mots spirituels comme il savait le faire, et termina en disant qu’il se sentait à Saint-Pierre comme dans une paroisse de son diocèse.

La copie de l’acte officiel de cette cérémonie dressé par l’abbé Vaillant, depuis chanoine titulaire de la cathédrale de Montréal et qui alors était secrétaire de Monseigneur Fabre, complétera ce chapitre.

« Le vingt et un septembre, mil huit cent quatrevingt-sept, en vertu de la délégation à nous donnée par Monseigneur Alexandre Taché, archevêque de Saint-Boniface, nous avons érigé le chemin de la croix dans l’église de Saint-Pierre de la Rivière-aux-Rats.

« En foi de quoi nous avons signé le présent acte les jour et an que dit est, ainsi que les prêtres présents à cette cérémonie.

Signé :

J. A. Vaillant, prêtre, archevêché de Montréal.

J. D. Fillion, curé de Saint-Jean-Baptiste.

Naz. Pelletier, curé de Saint-Joseph.

G. Cloutier, prêtre, archevêché de Saint-Boniface.

J. M. A. Jolys, prêtre, curé de Saint-Pierre.

J. Ed. Duprat, curé de Sainte-Philomène, P. Q. t Edouard Ch.

Archevêque de Montréal.

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