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PRÉFACE

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Lorsqu’en 1799 l’Honorable M. Chaboillez venait aborder à l’embouchure de la Rivière-aux-Rats, et y construisait un poste de traite en pleine sauvagerie, les Cris et les Assiniboines s’égorgeaient presque sous ses yeux. Qui eût songé alors qu’à moins de 75 ans de distance, en amont de cette rivière, un établissement Français surgirait au milieu de la prairie, pour devenir bientôt une des paroisses les plus florissantes du pays.

C’est pourtant le spectacle réconfortant que nous présente, aujourd’hui, dans un style plein d’attirance et de couleurs locales, l’histoire de la paroisse de Saint-Pierre.

L’auteur a eu la bonne fortune de vivre les événements qu’il raconte. Il a fondé et poussé jusqu’à son entier développement la paroisse qu’il a dotée de toutes les institutions religieuses et scolaires que les plus exigeants pourraient souhaiter.

D’ordinaire, en d’autres contrées, une œuvre de ce genre épuise les efforts de plusieurs curés, et lorsqu’elle est parachevée et qu’on publie ses annales, on va s’agenouiller pieusement sur la poussière d’une pierre tumulaire, placée à l’ombre de la croix du cimetière, où repose dans le Seigneur, depuis nombre d’années, le premier pasteur qui a jeté en terre la semence paroissiale. L’auteur de cette histoire a eu le rare bonheur de terminer sa tâche, et grâce à la

vie intense qu’il y a déposée et qu’il a soutenue d’un effort inlassable et d’un zèle toujours en éveil, il a pu, alors qu’il est encore en pleine activité, écrire les événements dans lesquels il a été le principal acteur.

Par ailleurs, il ne faudrait pas s’imaginer, que même dans nos plaines si fertiles, une paroisse sorte de terre par enchantement, comme les champs de blé, sous les chauds effluves de la brise du printemps. Ce qu’il a fallu de dévouement et de courage, pour parvenir à ce résultat si consolant, le pasteur et ses ouailles peuvent seuls nous le dire.

L’auteur a trouvé sur les bords de la Rivière-aux- Rats, lorsqu’il alla y planter sa tente, les primitives habitations des anciens colons du pays aux mœurs patriarcales. Ces hommes étaient animés d’un esprit de foi digne des temps antiques. Leurs traditions d’hospitalité ne se démentirent pas. C’est vers eux qu’il alla tendre la main.

Ces souvenirs d’un temps qui s’efface, sous la marée montante des nouveaux venus, méritaient d’être fixés dans nos annales.

C’est à ce soin que l’auteur s’est appliqué avec une richesse de détails qui fait revivre cette époque déjà éloignée.

Les chapitres sur la chasse au bison et la période mouvementée de 1870, sont palpitants d’intérêt et présentés sous un jour nouveau. Sans sortir du cadre qu’il s’est assigné, il a su entrer dans le vif des principaux événements historiques auxquels sa paroisse fut associée.

Si j’avais à souligner les traits caractéristiques des

pages qu’on va lire, j’ajouterais qu’on est frappé surtout de la chaleur du récit qui vous entraîne et de l’esprit d’observation de l’auteur, qui, çà et là, fait saillie et, dans une période ramassée, synthétise en quelques mots toute une situation. A certains moments, lorsqu’il touche aux injustices dont nous avons eu à souffrir au Manitoba, sa plume aiguisée par l’indignation, décoche des traits qui frappent en pleine poitrine.

Sa mise au point, dans un style nerveux, a quelque chose de réconfortant pour les âmes qui ne se délectent pas à gazer continuellement les droits imprescriptibles de la vérité et de la justice.

A l’occasion, une fine pointe d’esprit Gaulois égaye le récit et donne du piquant aux sujets si variés qu’il traite.

En lisant ces pages, la pensée de Charles Nodier se présente naturellement à l’esprit: « Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du peuple, avant qu’il ne les ait oubliées. » C’est un bel exemple à suivre que nous donne l’auteur.

Ce dernier s’est efforcé en vain de voiler l’œuvre du pasteur et de dérober à l’œil du public la main bienfaisante qui a transformé un groupe de quelques colons en l’une des plus belles paroisses du Manitoba.

Son silence voulu ne pourra empêcher les clochers qui s’élancent hardiment vers la nue et couronnent l’une des belles églises de cet archidiocèse, les murs du couvent de l’Académie des garçons et de son vaste et hospitalier presbytère, de proclamer, de concert avec la voix reconnaissante des habitants de Saint-Pierre, le dévouement généreux et constant du

curé qui a consacré sa santé et les nobles dons de son esprit et de son cœur, à fonder, développer et chanter la paroisse de Saint-Pierre.

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