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LE PRESBYTÈRE

curé se souvient encore d’un soir, où il avait la visite de monsieur Fillion, curé de Saint-Jean-Baptiste, du curé de Saint-Joseph avec monsieur T. -A. Bernier, alors surintendant des écoles catholiques et depuis sénateur. L’heure de se coucher arrivant, il dut dire à ses hôtes: « Messieurs, il n’y a absolument qu’une chambre dans la maison où l’on peut courir le risque de ne pas , trop geler : c’est celle-ci. » Elle servait de bureau et en même temps de chambre à coucher au curé. « Nous avons de la literie en quantité, nous allons faire un lit de camp ici. A la guerre comme à la guerre. )> Le lit de camp couvrit le plancher de la petite chambre ne laissant que la place du poêle que l’on chauffait à blanc.

La nuit passa tant bien que mal et on eut au matin, en guise de signal du lever, un formidable éternuement de monsieur Fillion, suivi d’une énergique réflexion du même: « Tempête! ce n’est pas chrétien d’habiter une maison pareille! »

Dans ces premières années, les paroissiens de Saint- Pierre venaient assez souvent passer la veillée chez leur curé par petits groupes; on faisait de nombreuses et inoffensives parties de cartes dans ce petit bureau dont le poêle occupait le milieu, et on avait établi pour règle qu’après chaque partie on tournait d’une place autour de la table afin qu’à tour de rôle chaque joueur pût se dégeler à proximité du feu.

La salle à dîner recevait la chaleur de la cuisine. Mais dans les gros froids, il fallait revêtir un pardessus de fourrure pour se mettre à table et je vois encore mon vieux Gabriel Lafournaise, que j’avais invité à dîner, grelotter en déchiquettant sa viande, et je

l’entends me dire: « Mon père, c’est pareil comme dans un campement. »

Comment le curé de Saint-Pierre a pu vivre huit ans dans une pareille glacière ? Je n’en sais, ma foi, rien.

Au printemps 1889, monsieur Bernard Racicot venait à Saint-Pierre avec l’intention d’y établir un magasin. L’emplacement du presbytère, au coin des quatre chemins qui traversent le village, était certes l’endroit idéal pour cela. Le marché fut bientôt fait; le vieux presbytère fut vendu avec toutes ses dépendances, et monsieur le curé s’engagea même à le livrer tout de suite.

En attendant la construction de son nouveau logement, monsieur le curé accepta l’hospitalité que lui offrit monsieur L.-M.-P. Noël, alors secrétaire trésorier de la municipalité de Salaberry. On se mit à l’œuvre immédiatement pour la construction de la nouvelle maison curiale dont l’abbé Jolys avait le plan dans la tête depuis longtemps. Les paroissiens transportèrent avec beaucoup de bonne volonté toute la pierre et le sable nécessaires pour un soubassement en maçonnerie. Le travail demaçon futfait par W.Woodman de Saint-Pierre, et messieurs Ladouceur et Marcotte firent tout l’ouvrage en bois pour la somme de $ 2800. ; avec la maçonnerie, l’ouvrage de plomberie, un puits, la peinture et un hangard qui avait été construit tout d’abord, le nouveau presbytère coûta d’abord environ $ 4000.00. Plus tard, on ajouta un système de chauffage à thermosiphon et quelques autres améliorations, et la somme totale des travaux monta à $ 5000.00 et quelques petites choses.

Dans l’automne, tout était prêt, et le jour même où monsieur le curé aménageait, Monseigneur Faraud, évêque d’Anemour et vicaire apostolique d’Athabaska-McKensie, venait bénir le nouveau logement de monsieur Jolys qui avait été son sujet et à qui il avait donné autrefois l’onction sacerdotale à la mission du lac La Biche.

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