CHAPITRE XXI
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Une chapelle à Saint-Malo
ès l’été 1889, monsieur le curé de Saint-Pierre disait à Monseigneur l’archevêque : « Il y a à neuf à dix milles au sud de chez moi un groupe assez important de catholiques. Le printemps, et parfois avant dans l’été, les chemins sont très difficiles et ces pauvres gens ne peuvent venir régulièrement aux offices à Saint-Pierre. Il y a là, Monseigneur, un site superbe, de beaux terrains arrosés par la Rivière-aux-Rats, j’ai l’espoir d’y voir une paroisse. Si vous m’y autorisez, je vais préparer la chose. » — « Très bien, mon cher curé, mais je n’ai pas de prêtre. Si vous pouvez m’en procurer un je vous le donnerai pour Saint-Malo. Ecrivez donc par -chez vous. »
Le curé de Saint-Pierre s’adressa à Vannes en effet; il mit en chasse des amis. Mais après quelques espérances, la chose n’aboutit pas.
Cependant/ l’idée d’une paroisse nouvelle ne fut pas abandonnée.
Deux ans auparavant, un établissement assez étrange avait commencé juste sur le dernier mille Nord du township 4, rang IV.
Une duchesse de France avait eu pour dame de compagnie une Russe d’origine juive qui, dit-on, s’était convertie au catholicisme : elle était parente d’un certain abbé juif aussi d’origine et aumônier de la duchesse. La vieille dame ne jurait que par sa dame de compagnie et par son aumônier. La juive russe portait le nom de Fanny R. Elle mourut et fut tout de suite canonisée par sa maîtresse. Madame la duchesse se plaisait à se redire les pensées et les aphorismes de son ancienne compagne. Mais voilà bien autre chose : Fanny R. apparaît à son ancienne maîtresse et lui dit que pour faire la volonté de Dieu, il faut qu’elle fonde au Canada une paroisse catholique. L’aumônier qui avait réussi déjà à placer toute sa famille sous la protection et la pluie de bienfaits de madame la duchesse, l’aumônier, dis-je, favorise le projet de cet établissement d’outre-mer et se met en quête de trouver les hommes qui dirigeront les travaux là-bas et mèneront les choses à bonne fin.
L’abbé par ses relations a bien vite trouvé deux gentilshommes de vieille roche, très braves gens d’ailleurs: monsieur le vicomte de St-Exupéry et monsieur de la Borderie, et il les envoie fonder l’établissement réclamé par la morte et qui, en souvenir d’elle, doit porter le nom de « Fanny Lux. »
Ces messieurs arrivent à Saint-Pierre, exposent avec beaucoup de réticences le projet en vue. Monsieur le curé trouve bien un peu la chose étrange, mais il n’y attacha pas grande importance. On cause, on cause encore, et le curé voit que l’on veut établir une exploitation quelconque où l’on fera un peu de culture, de l’élevage, et qui pourra attirer des colons.