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CHAPITRE XXV

Première visite de Monseigneur L.-Ph. -Adélard Langevin

'était un samedi soir que nous arrivait Monsei- ^ gneur l’archevêque. Le temps assez chagrin avait cependant permis que Monseigneur pût faire son entrée à l’église avec la solennité que règle le cérémonial. L’église était pleine et Monseigneur parla à ses fidèles de Saint-Pierre avec beaucoup de véhémence et d’onction.

Le maire de la municipalité de De Salaberry lut une adresse à Sa Grandeur, lui témoignant la joie que la paroisse de Saint-Pierre éprouvait de la voir chez elle. L’idée principale était celle-ci: « Nous ne pouvons taire notre douleur d’avoir perdu Monseigneur Taché qui se montra si paternel pour nous: il nous a donné notre premier curé, a béni notre première église et nous a encouragés et aidés en toutes occasions. Mais le sacerdoce ne meurt pas dans la Sainte Eglise et nous sommes heureux de saluer en votre personne, Monseigneur, le continuateur de l’œuvre de Dieu dans ce pays: l’archevêque et le père. »

La fanfare du cercle Provencher avait salué Sa Grandeur à son arrivée et après la cérémonie religieuse elle vint devant le presbytère lui donner une sérénade.

Le lendemain, malheureusement, le temps, après s’être chagriné, se montra franchement mauvais.

La cérémonie religieuse se déroula cependant à l’église avec toute la pompe que fixe le cérémonial en pareille occasion.

Monseigneur donna la confirmation à quatre-vingtdix enfants et jeunes gens. C’est la plus nombreuses confirmation qui se soit donnée jusque-là à Saint- Pierre.

C’était le sept juillet, un dimanche. Il avait été réglé que dans l’après-midi nous devions conduire Sa Grandeur à Saint-Malo, la fille de Saint-Pierre, où il devait y avoir aussi confirmation et bénédiction de la cloche que monsieur LaRivière, curé de la jeune paroisse, avait voulue semblable à la cloche de Saint-Pierre. C’était une délicate attention: aussi le curé de Saint-Pierre dut-il accepter de son ancien vicaire l’invitation de faire le sermon de circonstance.

Ciel! il pleuvait à plein temps! N’importe, à deux heures Monseigneur se mettait en route pour Saint- Malo. La fanfare du cercle Provencher entassait ses instruments dans une voiture dans l’espoir de lancer ses plus beaux accords aux premiers sons de la cloche nouvellement baptisée.

Enfin, il pleuvait, tout le monde partit à la pluie et je vois encore une demi-douzaine de cavaliers s’en allant devant la voiture de Monseigneur, recevant stoïquement la pluie sur le dos, pendant que les pieds

SA GRANDEUR MONSEIGNEUR LANGEYIN Archevêque de Saint-Boniface.

de leurs chevaux faisaient: Floac! floac! dans la boue.

Pendant la confirmation qui se donna dans la petite chapelle, insuffisante à abriter les paroissiens de Saint-Malo et leurs amis de Saint-Pierre, le temps sans s’éclaircir, cessa de pleurer et, sous un ciel gris, humide et froid, la bénédiction de la cloche et le sermon qui suivit cette cérémonie purent se faire dehors. Vers la fin du sermon, le soleil qui descendait tout là-bas dans le Nord-Ouest, perça les nuages un instant et ses rayons jetèrent sur l’humble chapelle de Saint-Malo et sur la foule des fidèles, un peu de lumière et un semblant de chaleur.

Mais grosse caisse et tambours de la fanfare du cercle Procencher, saturés d’humidité, ne pouvaient pas se faire entendre: ils eussent fait: plouf! plouf! on les laissa se reposer.

A neuf heures du soir, Sa Grandeur était de retour à Saint-Pierre et nous étions obligés au presbytère d’allumer les fournaises pour nous réchauffer un peu.

La seconde visite de Monseigneur Langevin à Saint-Pierre eut lieu le mercredi dix-huit octobre, mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf. Il y confirma cent huit personnes et, à sa messe, à 7 hrs. Y2 il ordonna diacre monsieur l’abbé Camille Wilfrid Lalonde.

Après la grand’messe de dix heures, Sa Grandeur bénit la première pierre de la nouvelle église de Saint- Pierre. Le Rév. Père Verlooy, C. SS. R., avait préparé la paroisse à ce grand événement par un triduum d’instructions et de prières commencé le dimanche précédent.

Il faisait depuis le matin un temps affreux; la neige, mais de la neige fondante, tombait en abondance. On dut transporter la pierre angulaire dans l’église où se fit la cérémonie entière. La pierre bénite fut ensuite portée en son lieu. Monseigneur l’archevêque procéda à la mise en place au milieu des flocons de neige et les pieds dans la boue! Quand tout fut fini, il ne trouva près de lui que le curé de Saint-Pierre ; tous les autres prêtres s’étaient sauvés au presbytère: « Tiens! tiens! dit Sa Grandeur, comme Notre- Seigneur à Gethsémani! Ils sont tous partis! » Les dames de Saint-Pierre offrirent dans la grande salle du couvent un banquet à Monseigneur et aux hôtes de monsieur le curé: c’était superbe!

Les messieurs dont les noms suivent assistèrent à cette cérémonie de la bénédiction de la première pierre de notre nouvelle église: avec Monseigneur, messieurs Giroux, curé de Sainte-Anne, J.-D. Fillion, de Saint- Jean-Baptiste, A.- A. Cherrier, de l’immaculée Conception de Winnipeg, P.-E. Verlooy,C. SS. H., A. Noret, de Saint-Malo, R.-Alex. Giroux, de La Broquerie, F. Campeau, N. Jutras et J.-M.-A. Jolys, curé de Saint-Pierre.

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