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MONSIEUR L’ABBE JEAN-LAMBERT HELLA

qui annonce la ténacité. Cette figure est ornée d’une barbe assez peu fournie mais plutôt rouge clair, persillée, aujourd’hui allant avec des sourcils de même et se roulant en barbe « flœrie. »

Brave homme bâti à chaux et à sable, pas trop d’embonpoint sur une carcasse fortement charpentée; allure toujours tranquille, parfois un éclair de vivacité; mais ordinairement très calme, affable, bon, prenant ses aises, mais bon travailleur au besoin, tranquille dans la force de sa bonne santé: en somme un homme à vivre cent ans.

C’est le Père Hella qui vient faire connaissance avec la paroisse de Saint-Pierre et qui nous reviendra différentes fois et qui finira par s’identifier avec la charge d’assistant du curé, son ami monsieur J.-M. Jolys.

Monsieur le curé de Saint-Pierre fit un beau voyage dans les provinces de l’Est. Il eut dans ce voyage l’occasion de se rendre jusqu’à Arichat, où se tint, cette année-là, le quinze août, le congrès périodique Acadien. La fête à Arichat fut intéressante. A la première assemblée générale de la convention acadienne, je ne sais pour quelle raison, on demanda à monsieur le curé de Saint-Pierre de parler. Certes, il n’avait que l’intention d’aller là en simple spectateur, en simple auditeur, disons le mot, en simple touriste. Il fut certainement des plus surpris lorsqu’on appela « le Père Jolys » à parler et immédiatement après le premier ministre Sir Wilfrid Laurier.

Quelqu’un voulut-il faire une malice dans l’occasion ? Je ne sais; mais je sais très bien que le curé de Saint-Pierre ne désirait nullement se mettre en scène.

Donc, on appelait: Monsieur Jolys! Père Jolys! Monsieur le premier ministre lui-même se tournant vers les personnes qui étaient sur l’estrade derrière lui disait aussi: Père Jolys! Père Jolys!

Ma foi, Père Jolys était là; il était content d’y être, mais il eût bien aimé qu’on le laissât tranquille; tout de même, il dut s’exécuter.

La veille au matin, lorsque le train qui amenait les touristes et congressistes vers Arichat passa à New Glascow, tout le monde, n’est-ce pas, prit les journaux. On y lisait que monsieur le premier ministre de la Confédération Canadienne, dans une assemblée politique la veille au soir à New Glascow même, avait fait une déclaration importante; pour abréger c’était ceci: « Je puis vous dire, messieurs, que la question des écoles du Manitoba est réglée à la satisfaction des deux partis. » Tout de suite, dans le train même, le curé de Saint-Pierre fut assiégé: Qu’en pensezvous ? Est-ce vrai ? Enfin, vous savez quelque chose ? « Mais non, je ne sais rien sinon que nous som¬

mes, au Manitoba, au sujet de nos écoles, de par la loi, dans le même état qu’il y a dix ans. )>

Toujours est-il que le curé de Saint-Pierre parla. Voilà la seule idée qu’il voulut exprimer:

« Je viens d’entendre monsieur le premier ministre dire que vous avez ici reconquis tous vos droits en matière d’éducation, je vous en félicite. Nous ne sommes pas aussi avancés au Manitoba. Depuis 1870, au Manitoba, toutes les races fraternisent. Ah! notre ciel manitobain, messieurs, si vous saviez comme il est clair! Malheureusement, un gros nuage est venu l’obscurcir, le gros nuage de la question scolaire.

Pour dissiper un nuage, il suffit d’un coup de vent; monsieur le premier ministre: un acte de justice et d’énergie. »

Deux jours après, monsieur le curé de Saint-Pierre était l’hôte du premier ministre, de la baie des Espagnols à Halifax. Ah! dit monsieur Laurier, de réputation je connais le Père Joly s comme un vieil ennemi. — Non, Sir Wilfrid, je suis un de vos amis.

D’ailleurs monsieur Laurier se montra charmant et charmeur comme toujours.

Monsieur le curé de Saint-Pierre s’en revint pour l’entrée des classes au nouveau couvent.

A son passage à Montréal, il avait commandé à la maison Carli une belle statue de la Sainte Vierge en ciment qu’il fit placer au milieu de la façade de la nouvelle construction, au sommet de l’édifice. On a dit que c’était l’exécution d’un vœu. Non, tout simplement un acte de reconnaissance. Et puis, est-ce que la bonne Vierge ne se trouve pas là chez elle, gardant un établissement des Sœurs des Saints Noms de Jésus-Marie ?

Ce fut le vingt janvier, dix-neuf cent un, que Monseigneur Langevin bénit le nouveau couvent. Ce jour là, le temps était superbe, un vrai jour de printemps, ce qui permit d’aller en procession de l’église chez les Sœurs. Nous chantions Y Ave Maris Stella et certes c’était pour les paroissiens de Saint-Pierre un chant ■de reconnaissance. Monseigneur et ses assistants passèrent par les divers appartements en chantant et récitant les superbes prières liturgiques fixées pour pareil cas.

Dans l’après-midi, Sa Grandeur fit le baptême de

Marie-Rose, cloche du couvent, dans l’église de Saint- Pierre, au milieu d’un grand concours de paroissiens. Cette cloche pèse 125 livres, elle a été fondue à Troy, état de New York, par Meneely Bell & Cie, et porte pour inscription : Marie-Rose, paroisse de Saint-Pierre. Mes parrains et Marraines sont: Ovide L’heureux, Ferdinand Gagné, Joseph Préfontaine, Joseph Wilt, Marie-Anne Lafrance, Bernadette Sicotte, Léontine Désaulniers, Valentine Racicot, Delphine Joubert, Anna Desjardins. Ces parrains et marraines ont réuni chacun cinq piastres et plus. Maintenant les enfants dont les noms suivent ont fourni chacun deux piastres pour le bébé de bronze et ont été appelés à assister aussi à la cérémonie comme parrains et marraines: Sévère Gaffrey, Adrien Hébert, Anna Millette, Laura L’Heureux, Léopoldine Tétrault. Tous ces enfants furent appelés, la cérémonie terminée, à faire parler leur filleule qui est encerclée de cette inscription: Laissez venir à moi les petits enfants.

Assistaient à la cérémonie le Rév. Père Louis, supérieur de la Trappe de Notre-Dame des Prairies à Saint-Norbert, le Rév. Dom Claude, curé de Saint- Claude, Manitoba, qui fit le sermon de circonstance, monsieur Fillion, curé de Saint-Jean-Baptiste, monsieur Bourret, curé de Sainte- Agathe, Jean-L. Hella, prêtre habitué à Saint-Pierre, J.-A. Chassé, qui faisables fonctions de secrétaire de Monseigneur l’archevêque, et Monsieur J.-M. Jolys, curé de la paroisse.

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