CHAPITRE XXVIII
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Nouvelle visite de Monseigneur et jubilé sacerdotal du curé de Saint-Pierre
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>e sept juin mil neuf cent deux, Monseigneur ■' l’archevêque venait de nouveau à Saint-Pierre; en visite officielle cette fois, il fut reçu selon le cérémonial ordinaire. Il conféra le sacrement de confirmation à quarante-six enfants et une adulte.
L’après-midi, Sa Grandeur partait pour Saint- Adolphe par un temps idéal et des chemins superbes, toute la population fit escorte au premier Pasteur jusqu’à la limite de la paroisse. A cet endroit la voiture de Sa Grandeur s’arrêta et toutes les voitures pleines de monde au nombre d’environ quatre-vingts, formèrent un défilé pour permettre à chacun de saluer Sa Grandeur avant de la quitter.
Le quatorze janvier 1903, nous avions encore le plaisir de recevoir Monseigneur Langevin à Saint- Pierre. Cette fois, Monseigneur nous faisait le très grand honneur de venir assister à la fête donnée par les citoyens de Saint-Pierre à leur curé à l’occasion de son vingt-cinquième anniversaire de sacerdoce.
Monsieur le curé avait été ordonné prêtre par Mon-
seigneur Faraud, le 23 décembre 1877, dans la petite chapelle de la mission du lac La Biche.
La solennité du vingt-cinquième anniversaire avait été transférée au quatorze janvier suivant pour permettre à plus de confrères et d’amis du jubilaire d’y assister. Aussi, ce jour-là, au soir, le curé de Saint-Pierre avait-il l’honneur de recevoir à sa table, outre Monseigneur l'archevêque, vingt-six de ses confrères.
A la fin du dîner, monsieur l’abbé Cloutier, pendant longtemps un des habitués du presbytère de Saint-Pierre et ami intime de monsieur le curé, monsieur l’abbé Cloutier, dis-je, harangua, dans un langage venant du cœur, le jubilaire et au nom de ses confrères du diocèse tout entier lui offre un superbe manteau de fourrure et tout un service de vaisselle en argent.
Monsieur le curé, très touché de ce témoignage d’ajfection de son archevêque et de ses confrères, peut à peine répondre par quelques phrases tant il était ému.
A huit heures, toute la paroisse était réunie à la salle municipale pour assister à une séance dramatique et musicale offerte à monsieur le curé et ses hôtes par les élèves du couvent de Saint-Pierre, et dans une adresse des plus touchantes, les chères enfants disaient à leur curé:
« Vous êtes pour nous un père aimant et généreux, une douce providence, un ami sûr, un protecteur dévoué, permettez donc que nous soyons les premiers à vous offrir nos souhaits et notre amour. ... »
« Vous avez été l’âme de toutes les grandes entreprises, c’est vous qui avez donné l’essor à toutes les oeuvres qui se sont développées et qui ont grandi si merveilleusement; rien n’a pu ralentir votre zèle, rien n’a ébranlé votre courage. Au fort de l’épreuve, vous avez vu la main divine dirigeant tous les événements et avec la confiance et le calme que sait donner la foi, vous avez fait revivre dans les âmes désolées l’espoir et la paix. Nous n’oublierons jamais votre touchante et paternelle sollicitude quand, il y a trois ans, l’incendie anéantissait notre premier couvent témoin de tant de labeurs de votre part et si cher à votre cœur de père, etc., etc. »
Après la réponse de monsieur le curé, monsieur l’abbé Fillion, curé de Saint-Jean-Baptiste, qui fut dans les temps héroïques un des visiteurs missionnaires des premiers colons de Saint-Pierre, fit l’historique des commencements de Saint-Pierre.
Le lendemain à 10 heures, monsieur le curé Jolys chantait une grand’messe d’actions de grâces, assisté des messieurs Fillion et Jutras comme diacre et sous-diacre. Monseigneur l’archevêque était au trône assisté du Rév. Père Proulx, du collège de Saint- Boniface, et du Rév. Père Louis, supérieur de la Trappe de Notre-Dame des Prairies; monsieur l’abbé Béliveau remplissait les fonctions de maître des cérémonies. Monsieur l’abbé Cherrier, curé de l’immaculée Conception, occupa la chaire en cette circonstance et avec son éloquence ordinaire, si vibrante et toute de cœur, parla du sacerdoce chrétien. Il termina par une esquisse de la vie du jubilaire et demanda aux paroissiens de Saint-Pierre
de bénir le Ciel, de féliciter l’élu du Seigneur et de le vénérer et l’aimer.
Après la messe, monsieur Alexis Carrière, d’abord au nom de l’union métisse Saint-Joseph, présente une adresse pleine de tact et de généreux sentiments. Il sent combien monsieur Jolys aime les enfants du pays.
C’est ensuite monsieur Ovide Préfontaine qui pré • sente au jubilaire, au nom de la société de Saint-Jean- Baptiste, ses vœux: « Vous nous avez enseigné, monsieur le curé, comment nous devons honorer nos parents: nous avons profité de vos leçons, nous sommes tous vos enfants. Nous avons désiré depuis longtemps que ce jour arrive pour laisser éclater tout ensemble les transports de notre respect et de notre filiale affection .... Depuis un quart de siècle, nous avons vu se réaliser ici cette vie intime du prêtre avec ses paroissiens. . . . Vous avez apporté de France, du beau pays de France, l’énergie indomptable qui seule peut réussir et un cœur d’or capable d’aimer sans limite et de se dévouer toujours: l’ardeur qui entreprend tout pour la gloire de Dieu et l’esprit de sacrifice qui continue et achève au milieu des obstacles.
« Dieu vous a mis au cœur une foi profonde et développée par l’étude continuelle et une parole de feu qui pénètre, touche et remue.
Enfin, crest monsieur le préfet de De Salaberry qui prend la parole au nom de toute la paroisse, et qui fait allusion aux deux œuvres principales qui tiennent tant au cœur de monsieur le curé.
Le jubilaire ne sut qu’emprunter les paroles sain-
MONSIEUR ALEXIS CARRIER Fondateur de l’union métisse Saint-Joseph de Saint-Fierre.
tes : Quid retribuam Domino pro omnibus quœ retribuit mihi. Que rendrai-je au Seigneur pour tous ses bienfaits ? Il remercie ses paroissiens qui lui sont si attachés et qui n’ont jamais manqué de répondre à ses appels pour le bien commun et qui se sont imposé les plus grands sacrifices quand il s’est agi de la gloire de Dieu: « Je n’ai jamais rien demandé à la paroisse de Saint-Pierre sans l’obtenir. Je crois aussi pouvoir me rendre le témoignage de n’avoir jamais rien demandé qui ne fût raisonnable et pour la gloire de Dieu! »
Monseigneur l’archevêque voulut ici donner au jubilaire un honneur qui sort de l’ordinaire. Après avoir félicité la paroisse de Saint-Pierre d’avoir si bien secondé les efforts du pasteur, Sa Grandeur se tourna vers monsieur le curé: « Monsieur le curé, il n’est pas la coutume que le prêtre bénisse les fidèles quand l’évêque est présent, mais en cette circonstance, pour honorer tout spécialement l’union si intime du curé avec ses paroissiens, monsieur le curé, bénissez vos paroissiens. » Et le curé de Saint-Pierre bénit ses fidèles.
Monsieur Alfred Lassalle, préfet de De Salaberry, terminait son adresse par ces mots: « En souvenir de cette fête veuillez, monsieur le curé, accepter ce léger cadeau, faible témoignage de la reconnaissance de vos paroissiens. »
C’était un chèque de mille dollars que monsieur le préfet remettait à monsieur le curé: le léger cadeau était princier. Ce qui lui donnait plus de prix encore aux yeux du jubilaire, c’est que toute la paroisse avait fourni sa quote-part dans ce superbe cadeau.
Voici la liste des souscriptions telle qu’elle fut présentée à monsieur le curé:
Union métisse Saint-Joseph Association Saint-Jean-Baptiste Dames de Sainte-Anne Alliance Nationale Enfants de Marie Ligue du Sacré-Cœur Couvent de Saint-Pierre Les paroissiens de Saint-Pierre
Total
Les enfants du couvent donnèrent en outre un encensoir en argent de % 60.00; Joseph Wilt, un protégé de monsieur le curé, un carillon d’autel; un ami, une belle chasuble de S 125.00; les RR. SS. des Saints Noms de Jésus-Marie de Winnipeg, une belle aquarelle, — Saint Jean l’Evangéliste, — richement encadrée.
La cérémonie finie, tout le monde fut invité à prendre part à un magnifique banquet offert à monsieur le curé et à ses hôtes. Monseigneur présida ces agapes vraiment paroissiales et au dessert, au moment où circulait le gâteau de noces, monsieur le curé se leva pour remercier Monseigneur l’archevêque d’avoir bien voulu venir présider cette fête de famille; il eut un mot affectueux et reconnaissant pour les confrères du clergé séculier et du clergé régulier et à ses paroissiens il dit un nouveau merci: « Je ne m’étonne pas de ce que vous avez fait, mesdames et messieurs, je sais que vous avez été heureux et fiers de le faire.
Je vous connais. Vous m’avez fait un superbe cadeau tout à l’heure: mille dollars! Eh! mes chers amis, permettez-moi de vous offrir cette somme à mon tour: je la verse au fonds de construction de l’église de Saint-Pierre. »
Monseigneur se retira avec tous les membres du clergé et les paroissiens continuèrent à s’amuser comme à une fête de famille jusqu’au soir.
Le temps était superbe, les chemins très beaux. Monseigneur l’archevêque exprima le désir de s’en aller à Saint-Boniface en voiture. Rien de plus aisé, Monseigneur! Deux citoyens de bonne volonté sont prêts. A trois heures de l’après-midi, deux bonnes voitures prenaient Monseigneur et sa suite et s’en allaient en trois heures et demie jusqu’à l’archevêché.
Tout l’honneur de l’organisation de cette fête revient à monsieur l’abbé Cloutier qui poliment avait prié monsieur Joly s de s’absenter de Saint-Pierre un dimanche pour lui laisser le champ libre. Monsieur Cloutier connaissait les gens de Saint-Pierre et il sut s’y prendre de manière à faire, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de sacerdoce de son vieil ami, une fête inoubliable.
Deux jours après, monsieur le curé de Saint-Pierre prenait un congé dont il avait besoin et il s’en allait au Mexique et à la Louisiane essayer de guérir une douloureuse bronchite. Monsieur l’abbé Hella le remplaça jusqu’à son retour à Pâques.