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AD MAJOREM BEI GLORIAM

Nous, soussigné,

Louis-Philippe- Adélard Langevin, par la grâce de Dieu et la faveur du Saint Siège apostolique, archevêque de Saint-Boniface, après avoir pris en considération la demande qui nous en a été faite par le Rev. Jean-Marie Jolys, curé de la paroisse de Saint- Pierre en la province de Manitoba, approuvons la fondation de deux grand’ messes par année qui seront célébrées dans l’église paroissiale de la susdite paroisse de Saint-Pierre aux termes et fins de la demande, savoir:

I — Une grand’messe le 29 juin, jour de la Saint- Pierre ou ( ce jour-là étant empêché ) au premier jour libre pendant l’octave pour les bienfaiteurs vivants

et leurs parents en ligne directe qui auront contribué au moins pour cent dollars à l’érection actuelle de l’église paroissiale.

II — Et une grand’messe de Requiem dans l’octave de la Toussaint pour les bienfaiteurs décédés et leurs parents en ligne directe qui auront donné la somme de cent dollars.

Donné à Saint-Boniface en notre palais Archiépiscopal sous notre seing et sceau, le vingt et unième jour de septembre, A. D. 1903.

+ Adélard, O. M. I.

arch. de Saint-Boniface.

Les deux documents qui précèdent sont affichés sous cadre dans la sacristie de Saint-Pierre.

Au mois de janvier 1904, monsieur le curé de Saint-Pierre alla à Toronto, Hamilton et Montréal, pour faire exécuter l’ameublement complet de son église. Il donna le contrat du tout à la maison Paquet & Godbout, de Saint-Hyacinthe, P. Q., dont le travail et les prix lui parurent de beaucoup les plus avantageux. Tout cet ameublement: bancs, chaire à prêcher, confessionnaux, vestiaires et stalles du sanctuaire, autel de la sacristie, furent exécutés à la perfection par cette maison véritablement de confiance; le tout est en frêne et en merisier blanc.

Monsieur le curé s’occupa aussi dans le même voyage de trouver des ouvriers pour finir son église.

Le dix-sept mars, monsieur E. Godin nous arrivait de Montréal avec quatre menuisiers et deux peintres, •et les travaux étaient repris. On mit deux épaisseurs

de papier feutre, puis un revêtement complet de tilleul ou bois blanc, à l’intérieur.

La voûte fut faite en cèdre et en bois blanc. Mais on fit un véritable plancher embouveté sur les courbes, de sorte que la voûte se trouve double avec, entre les deux, un vide de l’épaisseur des cintres.

Les paroissiens avaient déjà fait dès le printemps le transport d’une partie du bois de la gare d’Otterburne à Saint-Pierre et, dans le cours de l’été, toujours avec une très grande bonne volonté, ils transportèrent sur les lieux les cent vingt mille briques que prirent le revêtement extérieur et les cheminées. A mesure que les différentes parties de l’édifice étaient terminées comme menuiserie, les peintres se mettaient à l’œuvre. Au commencement d’octobre, les échaffaudages étaient amenés par terre et tout le monde fut heureux de voir l’église belle et de grand air dans sa parure blanche et or.

L’ancienne église était démolie depuis plusieurs mois et une partie du bois de démolition servit à l’église neuve et le reste fut employé à la construction de l’école des garçons.

Depuis le second dimanche après Pâques jusqu’au dix-neuf octobre, les paroissiens de Saint-Pierre, comme autrefois les Israélites au désert, honorèrent Dieu sous la tente.

Une grande tente de cent pieds par quarante fut plantée sur le plateau qui se trouve au bord de la petite rivière La Fourche, du côté Ouest sür la propriété paroissiale.

On y mit un autel, on y mit un confessionnal, on y mit tous les bancs que contenait la vieille église et

chacun trouva sa place. Chaque dimanche matin, on y transportait le Saint Sacrement et chaque dimanche après-midi, aussitôt après les vêpres et le salut, le très Saint Sacrement était transporté à la chapelle du couvent où se disaient les messes de la semaine.

La fête de Saint- Jean-Baptiste fut solennisée sous la tente cette année-là comme on le faisait à l’église.

Au commencement de juillet, pendant toute une semaine, les paroissiens de Saint-Pierre suivirent sous la tente les exercices du Jubilé qui fut prêché d’une manière si intéressante par monsieur l’abbé Noret, curé de Saint-Malo. Nous avions lieu d’être très édifiés de voir la paroisse au grand complet suivre les pieux exercices de la retraite et recevoir les sacrements.

La bénédiction de l’église avait été fixée au dixneuf octobre. Le dimanche, XXème après la Pentecôte, neuf octobre, un comité composé du maire, du président et du vice-président des Sociétés de Saint- Jean-Baptiste et de l’Union Métisse Saint-Joseph, se réunit pour organiser la réception des visiteurs qui devaient venir assister à cette grande fête de famille. Les dames de Sainte- Anne s’occupèrent du dîner qui devait suivre la cérémonie religieuse.

Le mardi soir, de nombreuses voitures prenaient nos hôtes à la gare d’Otterburne et monsieur le curé avait la joie de voir monsieur le Vicaire Général et vingt-cinq prêtres réunis à sa table.

Le soir, les enfants du couvent, avec l’aide de la fanfare de Saint-Pierre, nous régalaient d’une de ces jolies et délicates séances musicales et dramatiques

comme les Sœurs de Jésus-Marie savent en organiser.

Le lendemain, à dix heures, monsieur l’abbé Azarie Dugas, Vicaire Général de Monseigneur l’archevêque de Saint-Boniface, bénissait la nouvelle église au nom de Sa Grandeur.

Monsieur le Vicaire Général bénit aussi les statues qui ornent le nouveau temple. A l’extérieur, à la partie supérieure de la façade, une statue de Saint-Pierre donnée par monsieur Albert Préfontaine, député du comté de Carillon; de chaque côté du sanctuaire, Saint Isidore, patron des laboureurs, et Saint Cornélie qui est invoqué comme protecteur du bétail. Ces deux statues ont été données par les paroissiens. A l’autel de la Sainte Vierge, la statue de l’immaculée Conception, don des enfants de Marie; la statue de Saint Jean l’Evangéliste donnée par monsieur le curé, puis le bas-relief du tombeau de l’autel représentant l’Annonciation, don des enfants du couvent de Saint-Pierre. A l’autel de la Sainte Famille, Sainte Anne et le groupe du Rosaire, achetés par la congrégation des dames de Sainte- Anne; Saint Joachim, don de monsieur Victor Renuart, et au tombeau de l’autel un bas-relief, la mort de Saint Joseph, donné par monsieur Adhémard Renuart. Les deux anges adorateurs du maître-autel furent donnés par le couvent de Saint-Pierre.

Nous conservions comme souvenirs de notre pauvre vieille église tout d’abord la belle statue de Saint- Pierre en chêne polychromé qui surmonte le maître autel; Saint Jean-Baptiste et Saint Joseph qui semblent faire la garde de chaque côté de la croix du même autel et, tout à fait au-dessus un peu en

MONSIEUR ALBERT PREFONTAINE Député de Carillon.

arrière, au-dessous de la corniche où prend naissance la voûte du sanctuaire, le superbe Sacré-Cœur, modèle de Montmartre. Au-dessus de l’autel de la Sainte Vierge, en retrait et éclairée par un petit vitrail qui l’enveloppe d’une lumière mystérieuse, la très belle Pieta qui faisait l’orgueil de notre ancienne église.

Nous avons mis dans la sacristie, — qui nous sert de chapelle d’hiver, — de chaque côté de l’autel nos deux premières statues arrivées à Saint-Pierre en 1880: la Sainte Vierge et Saint Joseph.

Après la bénédiction de l’éghse et des statues, monsieur le Vicaire Général chanta la grand’messe et monsieur l’abbé J.-D. Fillion, curé de Saint-Jean- Baptiste, donna le sermon de circonstance: cet honneur lui revenait à lui l’un des premiers missionnaires de la Rivière-aux-Rats. Aussi, monsieur Fillion n’eut qu’à laisser parler son cœur pour toucher vivement tous les assistants.

Ont signé l’acte de la bénédiction, les membres du clergé dont les noms suivent:

Elie-B. Rocan, curé de Sainte-Elisabeth,

Chs. Cahill, O. M. I. supérieur de Sainte- Marie, Winnipeg,

Jean-B. Frigon, O. M. I,

J.-D. Fillion, curé de Saint- Jean-Baptiste, A.-A. Cherrier, curé de l’Immaculée-Conception, Winnipeg,

J. Dufresne, curé de Lorette,

J. Eufrein, O. M. I,

Lewis Drummond, S. J. du collège de Saint- Boniface,

Alfred Sauvé, prêtre,

A. Noret, curé de Saint-Malo,

G. Cloutier, prêtre de l’archevêché,

J.-L. Hella, assistant du curé de Saint-Pierre, A. Bourret, curé de Sainte- Agathe,

Wilfrid Lalonde, curé de Saint- Adolphe, Charles Loriau, des E. M. J. Cartier, Jean-Marie Louis, supérieur de la Trappe, L.-R. Giroux, curé de Sainte- Anne des Chênes, R.-Alex. Giroux, curé de Saint-Joachim de la Broquerie,

L’abbé Kugener, vicaire de Saint-Norbert, T.-C. Ferland, C. S. V., Collège Bourget, Rigaud,

A.-C.-R. Gandos, prêtre,

Dom Antoine Chalumeau, C. R. I. C,

F. Arsène, C. R. I. C,

J.-M.-A. Jolys, prêtre, curé de Saint-Pierre, F.-A. Dugas, prêtre, V. G.

Deux cent cinquante paroissiens signèrent aussi l’acte de la bénédiction.

La première fonction importante faite dans la nouvelle église fut la première communion qui eut lieu le dimanche suivant vingt-trois octobre. Le Rév. Père Enfrein, des Enfants de Marie Immaculée de la maison de Cartier, prépara les trente-sept enfants qui, ce jour-là, reçurent leur Dieu pour la première fois.

Le troisième dimanche de l’Avent, en vertu des facultés à lui accordées par Monseigneur l’archevêque, monsieur le curé de Saint-Pierre érigeait le chemin de croix dans la nouvelle église.

Le dimanche, quatre décembre, Monseigneur l’archevêque était chez nous; il y fit deux très importantes fonctions. Le matin, il consacra le maîtreautel de l’égüse et l’après-midi, à trois heures, il bénit l’école des garçons.

Voici d’ailleurs l’acte de cette visite rédigé par Sa Grandeur elle-même.

« Ce quatrième jour du mois de décembre, mil neuf cent quatre, nous avons consacré solennellement la pierre d’autel fixe de l’église ainsi que les trois pierres portatives destinées, la première à l’autel de la Très Sainte Vierge, la seconde à l’autel de la Sainte Famille, la troisième à l’autel de Saint Jean l’Evangéliste, ( sacristie ). Nous avons profité de l’occasion pour louer et remercier les paroisiens de Saint-Pierre et leur digne curé, monsieur l’abbé Joly s, de leur générosité vraiment remarquable alors que l’argent nécessaire à une grande partie de la construction de leur magnifique église a été recueilli par souscriptions directes et au moyen des quêtes du dimanche. Dans l’après-midi de ce jour à 3 heures, nous avons eu le bonheur et la consolation bien douce de bénir l’école des garçons placée sous la direction des chers Frères de la Croix de Jésus, venus du diocèse de Belley, France, et nous avons loué hautement messieurs les commissaires de l’école du village et les parents catholiques qu’ils représentent d’avoir si bien compris l’importance de l’éducation catholique à l’heure actuelle alors que notre question scolaire, n’étant pas réglée, nous ne pouvons maintenir des écoles catholiques que grâce à la tolérance du gouvernement local du Mani-

toba et en violant les lois scolaires injustes de

« Nous avons la pleine assurance que les chers frères donneront pleine satisfaction non seulement pour l’enseignement des mathématiques, du français et des autres branches qui leur sont familières, mais aussi pour l’enseignement de la langue anglaise si utile et même si nécessaire dans ce pays.

« Nous félicitons bien sincèrement monsieur le curé et messieurs les commissaires d’école d’avoir réussi à s’assurer le concours d’éducateurs expérimentés et dévoués pour l’éducation des petits garçons de la paroisse.

« Nous remercions la paroisse de la généreuse offrande qu’elle nous a faite pour nos œuvres à la suggestion délicate de leur distingué curé que nous bénissons avec toutes ses ouailles.

« Présents à la fête: le très Rév. Père Louis, supérieur de la Trappe de Notre-Dame des Prairies à Saint-Norbert, le Rév. Père Joseph, trappiste, monsieur l’abbé Béliveau, chancelier, monsieur l’abbé Bazin et le curé de la paroisse.»

+ Adélard, O. M. I.

Archevêque de Saint-Boni face.

Les frères de la Croix de Jésus nous étaient arrivés en effet quelques semaines auparavant. L’été précédent, messieurs les commissaires d’école de Saint- Pierre Centre et monsieur le curé avaient négocié la venue des bons frères avec leur supérieur général, le Très Rév. Frère Firmin.

En terminant ce chapitre, je dois faire deux remar-

ques: premièrement, depuis que les souscriptions furent ouvertes pour la nouvelle église, nous n’avons pas eu une mauvaise récolte à Saint-Pierre jusqu’au temps de la bénédiction de l’édifice.

Nous n’eûmes à déplorer aucun accident pendant les travaux de construction. Le vingt-deux mai 1902, après la messe, le jour même où commencèrent les travaux de charpente, une petite lampe brûla sans cesse en l’honneur du Sacré-Cœur pour mettre l’œuvre sous sa divine protection ; la petite lampe protégea les ouvriers et fit ouvrir les bourses des paroissiens qui se signalèrent par leur très grande générosité. Au moment de la bénédiction de l’église, il y avait vingt-neuf mille piastres dépensées, de plus les habitants de Saint-Pierre avaient fait des travaux pour une valeur de six mille piastres; pendant le reste de l’année, et l’année suivante, une dépense de tout près de trois mille piastres fut faite dont $ 1350.00 pour les fournaises et S 900.00 pour amélioration au cimetière, clôture de fer et ciment, et sacristie des enfants de chœur: ce qui fait trente-deux mille dollars; nous restions avec une dette de dix-sept mille piastres. Les paroissiens de Saint-Pierre, par tous les moyens» avaient payé quinze milles piastres dans l’espace de quatre ans.

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