CHAPITRE XXXI
Monseigneur l’Archevêque à Saint-Pierre en 1909
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e quatorze juin, après-midi, le petit village d’Otterburne présentait un aspect inaccoutumé; toute une cavalcade et une centaine de voitures attendaient Monseigneur l’archevêque à l’arrivée de l’express, lorsque l’on apprit que Sa Grandeur ayant manqué le train, ne pouvait être là avant huit heures du soir. Les nécessités des familles obligèrent un certain nombre à s’en retourner. Mais une heure est vite passée; le train s’arrête en gare d’Otterburne, et au moment où Sa Grandeur en descend, la fanfare de Saint-Pierre joue « Vive la Canadienne. » Monseigneur est reçu par monsieur le curé entouré d’un grand nombre de ses paroissiens. Monsieur le maire de la municipalité de De Salaberry fait avancer sa voiture et Monseigneur y monte; monsieur le curé monte dans la voiture de monsieur le député de Carillon, le cortège s’organise. Vingt-cinq cavaliers ayant à leur tête des porte-drapeaux faisant flotter les couleurs françaises, forment un peloton d’honneur devant la voiture de
Sa Grandeur et plus de soixante voitures forment une superbe suite.
Il était neuf heures passées quand le cortège arriva au village de Saint-Pierre. Il faisait une soirée vraiment idéale. Monseigneur fait son entrée solennelle dans l’église resplendissante de lumière, et accomplit les prières liturgiques ordinaires.
C’est au clair de lune que Monseigneur fit l’absoute au cimetière.
Sa Grandeur fut invitée par monsieur le curé à bénir un beau calvaire élevé à la droite de l’église et une belle statue de Notre-Dame de la Délivrance, élevée à la gauche. Après avoir fait ces bénédictions, Monseigneur l’archevêque voulut bien attacher une indulgence de cent jours applicable aux âmes du Purgatoire, à tous ceux qui ayant récité un « pater » et un « ave » baiseraient les pieds de la croix et les pieds de la statue.
Il était dix heures quand Sa Grandeur et sa suite vinrent s’asseoir à la table du curé de Saint-Pierre pour le souper.
Mais Sa Grandeur est infatigable: une demi-heure après, elle montait en voiture et, accompagnée de monsieur le maire, de monsieur le député de Carillon, de monsieur le curé de Saint-Pierre et de ses hôtes, elle faisait le tour du village superbement illuminé; pas une maison qui n’eût ses nombreuses lumières, ses transparents, ses lanternes vénitiennes. Les religieuses avaient parsemé toute la pelouse qui s’étend de leur maison à la rue, de lumières qui semblaient autant de diamants sertis dans la verdure de l’herbe; le bosquet et le parterre qui séparent le presbytère de
la même rue étaient remplis de nids de lumière formés par des lanternes et des ballons chinois multicolores; et lanternes et ballons descendaient en guirlandes de la véranda supérieure jusqu’en bas pendant que d’autres couraient à chaque étage.
Tout le monde était dans les rues; jamais le village de Saint-Pierre ne présenta l’animation de cette belle soirée. Ce fut une marche triomphale que cette promenade de Monseigneur au milieu de cette animation, de ces feux et de ces couleurs. Six fois Sa Grandeur s’arrêta pour entrer dans des maisons qui venaient d’être bâties dans l’année et les bénir. Il était onze heures et demie quand Monseigneur rentra au presbytère.
Le lendemain, Monseigneur donnait la confirmation à cent soixante-seize enfants et félicitait les paroissiens de Saint-Pierre de leur esprit de foi et de leur générosité envers leur église, mentionnant plusieurs dons faits par des particuliers, entr’autres un superbe ciboire d’un très beau travail donné par deux citoyens de la paroisse et la belle lampe du Saint- Sacrement en bronze doré donnée en partie par les jeunes gens. Sa Grandeur redoubla ses félicitations à la paroisse tout entière pour la rapidité avec laquelle se faisait l’extinction de la dette de l’église.
Tout s’était réuni pour faire de cette visite du premier pasteur, une fête inoubliable. Les cœurs étaient à la joie, le temps était d’une douceur sans égale, les chemins étaient très beaux.
Les grâces du bon Dieu que les bénédictions de Sa Grandeur firent verser sur Saint-Pierre produisirent leur fruit, cette année fut une année d’abondance.