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CHAPITRE XXXII

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Un remplaçant - Un départ et un retour

p l^\ePuis plusieurs années, le curé de Saint-Pierre caressa^ Ie projet d’un long voyage. Ces pays

O* d’Orient! Ce Japon si vieux qui, dit-on, se dépouille de toutes les friperies de son très long passé pour se rajeunir à l’européenne; cette Chine si déconcertante dans ses convulsions et qui, elle aussi, semble se laisser pénétrer bien malgré elle d’idées nouvelles que lui apportent sans cesse ces diables d’Occident; l’Inde avec ses Rajas, ses tigres et ses serpents! ses trois cent quarante millions d’habitants! ce berceau du monde! son fleuve sacré le Gange, et Benarès! le char de Jaggernath; Delhi et Agra avec leurs palais et puis THimalaya, ses plaines rôties par le soleil et cette population arienne supportant mal encore la perte de son indépendance !

Et ce phénomène étonnant d’une poignée d’Anglais souveraine, si loin de la vieille Angleterre, souveraine, dis-je, d’un empire immense où fourmillent plus de trois cent millions d’âmes d’une race si fière jadis. Et Lahore, et Bombay et Calcutta et Madras ! tout cela

dansant dans le soleil et tout cela parlant d’épopée. Voilà bien un rêve! Depuis longtemps donc, le curé de Saint-Pierre désirait voir tout cela. Et aussi, la Palestine et l’Egypte avec le Caire et Alexandrie et les fouilles de Sakkara et le Nil! Et puis Constantinople avec le Bosphore, la Corne d’Or et Sainte Sophie! Enfin l’Italie avec Rome et surtout le Pape!LePape,le père commun des fidèles! Le pape, Jésus-Christ visible sur la terre! Le roi sans armes et cependant le plus puissant monarque du monde! Le roi à qui l’iniquité a ravi ses États et qui a pour sujets près de trois cent millions d’hommes répandus sur toute la surface de la terre ; le seul monarque qui n’a pas à craindre de voir s’éteindre sa dynastie et qui soit sûr que son royaume n’aura pas de fin. Rome aussi avec son Capitole, son Colysée, son Forum en ruines, ses catacombes et ses souvenirs de près de trois mille ans.

Et enfin, la vieille France, son pays si chéri toujours et que le curé de Saint-Pierre n’a pas vu depuis trente ans.

Monsieur l’abbé Jolys avait caressé ce rêve de voir tout cela.

Depuis plusieurs années, au moyen de livres, il parcourait tous ces pays; il faisait ce long voyage sans avoir beaucoup l’espoir de faire autre chose que le tour du monde dans un fauteuil. Une circonstance particulière lui donna les moyens de réaliser son rêve et il eut la chance de trouver un compagnon de voyage dans la personne de son excellent ami, monsieur l’abbé Cherrier, le curé de l’immaculée Conception de Winnipeg.

Le dix-sept janvier, après-midi, monsieur le curé

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