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LE NOUVEAU COUVENT DE SAINT-PIERRE-JOLYS

se rendait à la salle du Comté qu’il trouva pleine d’enfants venant lui souhaiter un bon voyage. Les enfants de toutes les écoles de la paroisse étaient là et c’était vraiment charmant de voir toutes ces petites figures intelligentes, car nos enfants de Saint-Pierre sont de beaux enfants. Monsieur le curé leur dit: « Mes enfants, je vais faire un long voyage, je vais voir bien des belles choses; mais je suis sûr d’avance de ne voir rien de si beau que mes enfants de Saint-Pierre. Je vais voir une ville mystérieuse qu’on appelle Benarès. Vous chercherez cela dans vos géographies. Il y a là un palais rempli de singes. Je vais voir aussi des éléphants, des chameaux; je vais voir des Chinois, des Japonais, des Bédouins, et lorsque je reviendrai.. . ce que je vous trouverai beaux, vous, mes enfants de Saint-Pierre ! »

Et tous les enfants promirent de réciter chaque jour un Ave Maria pour leur curé pendant tout le cours de son voyage, et c’est sans doute grâce à ces Ave Maria et aussi à ceux qu’y ajoutèrent les parents de ses chers enfants, que le curé de Saint-Pierre fit un voyage sans l’ombre d’une contrariété: «A mon retour, mes enfants, je vous promets de vous raconter des histoires que j’aurai glanées pour vous au cours de mon voyage, pendant toute une après-midi. )>

Le soir du même jour, c’étaient les paroissiens, les grands de la famille qui venaient souhaiter à leur tour bon voyage à leur curé et lui présenter comme témoignage d’estime une poignée d’or.

« Je vous laisse, mes chers amis, entre bonnes mains, dit monsieur le curé, vous aurez, pour vous administrer, le Père Loriau que vous connaissez tous

et l’assistant inamovible, Monsieur Hella. Je ne serai donc pas inquiet de vous, mais je porterai votre souvenir dans tous les vénérés sanctuaires que j’aurai le bonheur de visiter. »

Le Rév. Père Loriau appartient à la congrégation des Enfants de Marie Immaculée et est attaché à la maison de Cartier, Manitoba, où ces bons pères sont venus se réfugier après avoir été obligés de quitter la France pour fuir l’inepte persécution qui sera la honte de la troisième république.

Le Rév. Père Loriau était très connu à Saint-Pierre et il s’y installa tout naturellement. Monsieur le curé de Saint-Pierre partit parfaitement tranquille; un certain nombre de paroissiens voulurent l’accompagner jusqu’à la gare d’Otterburne. On se donna force poignées de main et deux des principaux citoyens de Saint-Pierre lui donnèrent rendez-vous en Italie.

Le train siffle et s’ébranle: Au revoir! Au revoir? Bon voyage!

Monsieur le curé quittait Saint-Pierre le dix-huit janvier.

Le vingt-neuf août, à dix heures du soir, Monsieur le curé de Saint-Pierre rencontrait ses paroissiens à Venise et le lendemain matin, il célébrait dans la fameuse cathédrale Saint-Marc une messe pour le repos de l’âme de l’épouse du député de Carillon dont c’était l’anniversaire du décès. Pas n’est besoin de dire si à Venise, ces jours-là, on parla de Saint- Pierre.

Le dix-huit novembre, monsieur le curé était de retour. On lui avait dit par lettres reçues à New- York, qu’il devait arriver ce jour-là et par le Soo-line.

Il fut fidèle aux instructions, mais arrivé à la frontière, comme il s’apprêtait à faire sa toilette pour arriver à Otterburne une heure après, jetant un coup d’œil sur la prairie, il lui fit plaisir de ne pas y trouver de neige, et le ciel serein promettait une radieuse journée; le train roulait, un arrêt: Dominion City; un second arrêt: Arnaud! Bonjour monsieur le curé! C’est le député de Carillon arrivé de son voyage avec ses amis, Adh. et Achille Renuart, depuis un mois déjà, qui vient au devant c^e son curé. Il faut descendre ici, monsieur le curé, on ne veut pas que vous arriviez à Otterburne par ce train-ci, nous allons attendre le train suivant. Ainsi fut fait et lorsque le train local arrête en gare d’Otterburne, monsieur le curé y trouve toute sa paroisse. Hourrah! Hourrah! Hourrah ! et comment allez-vous, bien ? — Oh ! très bien!

C’est tout un cortège qui accompagne le curé de Saint-Pierre, le village est pavoisé comme aux grands jours. Monsieur le curé salue avec un sourire tous ses enfants des écoles qui sont là agitant chacun un petit drapeau tricolore.

Quelques instants après, monsieur le curé est dans son église et, devant cette foule qui paraît heureuse, en entendant le compliment de bon retour que lui fait le Rév. Père Loriau, dans son église parée comme aux grands jours de fête et toute illuminée, il sé sent vraiment ému et en même temps bien heureux d’être de retour.

J’ai eu bien des joies dans ce beau voyage que je viens de faire autour du monde, dit-il, mais je crois que ma plus grande joie est de vous revoir.

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