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CHAPITRE III

arler des événements de 1869-1870 à propos de l’histoire de la paroisse de Saint-Pierre ? Eh! oui, car la paroisse de Saint-Pierre a eu à subir certaines conséquences de ces événements. Mais on a fait déjà tant de fois l’histoire des troubles de 1869-1870! C’est vrai, mais il y a tant de monde qui ne veut pas voir clair! Et puis, je n’ai pas la prétention de faire l’histoire de ces événements ; mais je veux mettre certaines choses au point.

Parler de rébellion et de rebelles à propos de Riel et de ses métis et des événements de 1869-1870, c’est fausser l’histoire.

Les rebelles ont été les Boulton, les Schultz, les Scott et le parti qui s’affuble du nom de « Canadianparty, » ou « les Loyaux, » comme ils se nommaient encore. Les fidèles du gouvernement provisoire n’ont jamais cessé d’être loyaux à la couronne d’Angleterre et à leur pays.

Les autres ont été rebelles à la seule autorité légitime du temps et, quelquefois, traîtres à leur pays.

En étudiant la conduite du gouvernement canadien dans toute cette affaire, nous pouvons dire que sur lui seul tombe toute la responsabilité du droit des gens violé, des droits incontestables de toute une population méconnus, d’une agitation par lui fomentée, de haines suscitées, attisées, envenimées, et de sang versé.

Il était question que le gouvernement impérial consentirait au transfert au Canada de la colonie de la Terre de Rupert et des territoires du Nord-Ouest.

En 1868, une délégation du gouvernement canadien: Sir Georges Etienne Cartier et l’honorable William McDougall, allaient à Londres négocier avec le gouvernement impérial et la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Au lieu d’envoyer en même temps une autre délégation négocier avec le peuple de la terre de Rupert, le gouvernement du Canada envoya dès l’automne 1868 un certain arpenteur du nom de Snow avec toute une escouade d’aides, mesurer le terrain du côté de Sainte-Anne des Chênes, sans s’occuper qu’il y avait là des habitants possédant ces terres depuis longtemps.

Ah! Il se passa à la Rivière Rouge des choses inimaginables.

Sir Georges Cartier et William McDougall arrivèrent à une entente avec la Compagnie de la Baie d’Hudson qui, moyennant une somme de trois cent mille livres sterling et d’autres avantages très grands, céda tous ses droits sur le pays.

De retour à Ottawa, les délégués remettent leur rapport qui est déposé sur la table de la Chambre des

Communes en mai 1869. Le rapport est adopté et, pendant la même session, le gouvernement fait voter : UN ACTE CONCERNANT LE GOUVERNE¬ MENT PROVISOIRE DE LA TERRE DE RU¬ PERT ET DES TERRITOIRES DU NORD- OUEST, APRÈS QUE CES TERRITOIRES AURONT ÉTÉ UNIS AU CANADA.

C’est incroyable! Le Canada légiférant pour un pays qui ne lui appartient pas! Non, on traite la Rivière Rouge en pays conquis. Les métis disaient: « On nous a vendus comme des buffalos. »

Le pays de la Rivière Rouge est purement et simplement colonie britannique, sous le gouvernement de la Compagnie de la Baie d’Hudson qui s’est adjoint un conseil sous le nom de Conseil d’Assiniboya. Le Canada ne s’occupe nullement de ce gouvernement légitime, nullement de la population du pays. Mais le gouvernement de la Puissance donne des instructions datées du 10 juillet 1869, et signées par le ministre des travaux publics, au lieutenant-colonel Den- ’nis; le docteur Schultz et lui partent pour la Rivière Rouge avec toute une troupe d’arpenteurs: les instructions étaient de mesurer en townships au plus vite les meilleures terres et les plus accessibles; et c’est sur la Rivière Rouge et sur les bords de la Rivière Sale, en plein milieu du plus ancien établissement des métis français, que ces messieurs se mettent à la besogne. Il y avait eu des protestations l’année précédente à propos des arpentages de Snow; mais cette fois, c’était réellement trop fort. Un jour, quelques jeunes hommes arrivent sur le champ des opérations.

L’un d’eux mit le pied sur une chaîne d’arpentage. De quel droit mesurez-vous ce terrain ? L’altercation ne fut pas longue ; la chaîne fut lancée à la rivière et les arpenteurs comprirent que s’ils continuaient leur besogne, ils pourraient bien aller tête première à la rivière à leur tour. Il est facile de comprendre par là combien les esprits étaient montés.

Mais voilà bien autre chose: le 29 septembre, le gouvernement canadien nomme l’honorable W. McDougall gouverneur de la terre de Rupert et des territoires du Nord-Ouest.

Voyez-vous le Canada nommant un gouverneur de Terre-Neuve ou des Bermudes, ou le congrès de Washington légiférant à propos du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta pour le temps à venir où ces provinces seraient unies à la république américaine et y envoyant immédiatement des arpenteurs chargés de mesurer ces nouveaux domaines! C’est insensé !

Le nouveau gouverneur est pressé ! Au mois d’octobre les journaux annoncent qu’il part pour la Rivière Rouge; mais il prend ses précautions, il emporte avec lui, toujours d’après les journaux, 350 carabines et 35000 cartouches.

C’est alors que, tout à fait alarmés, les différents groupes de la population élisent vingt-quatre députés : douze Anglais ayant à leur tête Thomas Bunn ; et douze Français ayant Louis Riel à leur tête. C’était le 19 octobre que cette convention siégeait au Fort Garry et élisait pour président John Bruce, et pour secrétaire Louis Riel, et prenait le nom de Conseil National.

Le Conseil National envoyait une délégation à Pembina au devant de McDougall lui enjoignant de ne pas franchir la frontière avant qu’une entente soit intervenue entre le peuple de la Rivière Rouge et le Canada. Le pauvre gouverneur crut prudent de se cantonner à Pembina.

Le Conseil National s’est fait obéir.

Dame ! Monsieur McDougall ne riait pas. Mais les métis à l’esprit caustique n’avaient jamais été à pareille fête. On avait appris que McDougall avait emporté avec lui une espèce de trône pour asseoir sa dignité, (ce n’était qu’un vulgaire fauteuil.) Une chanson surgit on ne sait d’où, se brailla par tout le pays; et le fauteuil de McDougall y était métamorphosé en trône percé!. . . . L’invention n’avait pas grande valeur puisqu’on prétend qu’à part le fameux fauteuil, le gouverneur avait une chaise percée dans ses bagages. Tout se découvre!

Cependant, M. McDougall envoya son secrétaire, J. A. N. Provencher, vers le Fort Garry, pour voir ce qu’il en arriverait. On avait donné ce secrétaire à McDougall espérant que son titre de parent du très vénéré Monseigneur Provencher, et sa qualité de catholique, lui faciliterait le contact avec la population de la Rivière Rouge. Les métis avaient établi près du confluent de la Rivière Rouge et de la Rivière Sale, une barrière en perches de tremble qui coupait le chemin. C’est là que le dimanche matin 31 octobre, les métis le cueillirent. Us l’amenèrent à la messe à l’église de Saint-Norbert et puis ils le gardèrent prisonnier jusqu’au lendemain. Provencher aurait voulu aller jusqu’au Fort Garry; il prétexta même

une parente qu’il avait chez les Sœurs grises de Saint-Boniface, mais rien n’y fit, il resta à Saint- Norbert; la prison ne fut pas bien dure, il fut l’hôte du curé, M. l’abbé Ritchot. Le lendemain, il dut reprendre la route de Pembina: Monsieur Ritchot alla le conduire jusqu’à la fameuse Barrière. Juste à ce moment, une voiture attelée de deux superbes chevaux arrivait à grande allure. C’est le capitaine Cameron que McDougall envoyait aussi au Fort Garry. Il veut lancer ses chevaux à travers la barrière, mais deux métis les ont vite saisis à la bride; il veut parlementer, mais on fait tourner l’équipage, et les beaux chevaux cinglés de quelques bons coups de fouet reprennent à grande allure la route de Pembina. Provencher suit, et les métis leur donnent une escorte qui les accompagne jusqu’à la frontière.

C’est ce qui détermina Riel et les métis à occuper le Fort Garry. Ce qu’ils firent le 2 novembre.

Le 16 novembre, une Convention de vingt-quatre membres, dont douze Anglais et douze Français élus par toute la population, se réunit au Fort Garry et adopta à l’unanimité la liste des droits que réclame le pays pour son entrée dans la Confédération. La Convention s’ajourne le lendemain, 17. Les deux chefs sont toujours Louis Riel et Thomas Bunn.

Pendant ce temps-là, le pauvre gouverneur se morfondait à Pembina. Il n’y resta cependant pas tout à fait oisif. Il méditait. Le premier décembre, il lance une proclamation au nom de Sa Majesté la Reine: il fait déclarer à Sa Majesté que la terre de Rupert et les territoires du Nord-Ouest sont transférés au

Canada et que lui, William McDougall, est lieutenant-gouverneur du pays.

Le même jour, McDougall, par une seconde proclamation, nomme J. S. Dennis sous-lieutenant et conservateur de la paix ( ! ! !) dans la terre de Rupert et les territoires, et l’autorise « à lever, organiser, équipper, approvisionner une force armée suffisante dans les dits territoires » et avec cette force armée, « attaquer, arrêter, désarmer et disperser, et à cet effet assaillir, faire feu, abattre, renverser ou enfoncer tout fort, maison, retranchements où les rebelles pourraient se trouver. »

Lord Granville, ministre des colonies dans le gouvernement impérial, apprenant ces choses inouïes, télégraphie au gouverneur-général, le 26 janvier 1870:

« Je regrette sérieusement la proclamation émanée par M. McDougall et la commission envoyée par lui au colonel Dennis. La proclamation porte que la terre de Rupert a été transférée au Canada par Sa Majesté: ce qui n’a pas été fait. Il assume l’autorité de lieutenant-gouverneur qui ne lui appartient pas. )> « Une proclamation subséquente, » dit la même dépêche, « autorise le colonel Dennis à armer ses partisans, à attaquer, à arrêter, désarmer et disperser les hommes armés troublant la paix publique et assaillir, faire feu, enfoncer toute maison où ces hommes armés pourraient se trouver. Si le colonel Dennis avait agi en conséquence, les résultats les plus désastreux auraient pu s’en suivre. »

Déjà, l’honorable Joseph Howe, au nom du gouverneur général en conseil, avait écrit à Mc¬ Dougall que l’organisation d’une force armée par

Dennis était un acte illégal, « et que les démarches de Dennis sont si extraordinaires et si condamnables, que l’on ne saurait être sans inquiétudes de vous voir confier votre autorité à un officier aussi imprudent. »

On était alarmé â Ottawa, on voulut essayer d’arranger les choses; mais il était trop tard, le gouvernement canadien avait agi en enfant indiscret et imprudent.

D’autres faits s’étaient d’ailleurs passés qui corsaient la situation. Le 7 décembre, le Conseil National faisait investir la maison du docteur Schultz qui était devenue un foyer de conspiration. On y arrêta plusieurs des principaux du « Canadian Party; » ils furent internés au Fort Garry, mais bientôt relâchés sur parole.

Le lendemain, 8 décembre, le Conseil National prenait le nom de gouvernement provisoire et lançait une proclamation où il se disait la seule autorité légitime du pays.

« Après avoir invoqué le Dieu des Nations, » le conseil déclare solennellement: — 1 — la déchéance du gouvernement de la Compagnie de la Baie d’Hudson qui a abandonné le pays en le transmettant à un pays étranger; — 2 — qu’il refuse de reconnaître l’autorité du Canada qui prétend s’imposer contrairement aux intérêts de la population et â ses droits de sujets britanniques; — 3 — qu’en envoyant, le 1er novembre, une expédition militaire pour chasser du territoire W. McDougall et ses compagnons, il n’a fait qu’agir conformément au droit sacré (pii commande à tout citoyen de s’opposer à l’envahissement de son

pays; — 4 — qu’il continuera à s’opposer à l’établissement de l’autorité du Canada dans la forme annoncée et déclare devant Dieu et devant les hommes le gouvernement du Canada responsable des conséquences. De plus, le Conseil National déclare, au nom du peuple de la terre de Rupert et du Nord- Ouest, avoir établi un gouvernement provisoire, et le tenir pour la seule autorité existante, et déclare enfin que le gouvernement provisoire sera toujours prêt à entrer en négociations avec le gouvernement canadien pour tout ce qui serait favorable au bon gouvernement et à la prospérité du peuple.

Cette proclamation est signée par John Bruce, président, et Louis Riel, secrétaire.

Le même jour, Louis Riel devient président du gouvernement provisoire.

A Ottawa, on est de plus en plus alarmé. Déjà, le 6 décembre, le gouverneur général avait lancé une proclamation adressée aux colons de la Rivière Rouge, déclarant au nom de Sa Majesté la Reine, (pie sous l’union au Canada, « tous leurs droits et privilèges civils et religieux seront respectés, leurs propriétés reconnues, et que, comme dans le passé, le pays sera gouverné d’après les lois anglaises et dans l’esprit de la justice britannique. »

Mais cette proclamation reste à peu près inconnue jusqu’à l’arrivée de Rome de Monseigneur Taché.

Le gouvernement canadien envoya successivement à la Rivière Rouge trois commissaires dans la personne du grand vicaire Thibault, celle de M. de Salaberry et enfin celle de Donald Smith; mais leur mission n’aboutit à rien.

Cependant, sur l’initiative des délégués, une convention nouvelle de tous les groupes de la population se réunit au Fort Garry. On y discuta plusieurs jours, puis, tout se termina par l’élection de douze conseillers anglais qui s’unirent aux douze conseillers français pour composer le gouvernement et l’assemblée législative; et le 10 février, la convention se sépara après avoir confirmé l’autorité du gouvernement provisoire jusqu’à l’entrée dans la Confédération.

Pendant les séances de cette convention, on approcha le gouverneur de la Baie d’Hudson: M. McTavish. Quatre personnes de l’assemblée lui demandèrent: « Le gouvernement d’Assiniboya existe-t-il

encore ? » — « Non, répondit ce monsieur. — Vos pouvoirs à vous, quels sont-ils ? — Ne vous occupez pas plus de moi que si j’étais mort. » On demande ensuite à M. McTavish s’il croit opportune l’organisation d’un gouvernement provisoire. « Non seulement je crois la chose opportune, répond-il, mais de grâce, faites-le, sans cela nous n’avons pas de paix dans le pays. »

Les vingt-quatre députés se réunirent à la fin de février, et le gouvernement provisoire fut ainsi constitué: président, Louis Riel; adjudant-général, A. Lépine; lieutenant-général, Elzéar Goulet; secrétaire-général, Thomas Bunn; trésorier, O’Donaghow; juge en chef, James Ross; et maître général des postes, A.-G.-B. Bannatyne.

C’était encore le temps de traiter pour le gouvernement d’Ottawa. Mais non; on ne trouve pas autre chose à faire qu’essayer de se couvrir.

Je ne m’attarderai pas à raconter tous les ennuis,

les difficultés et les traîtrises que le parti soi-disant canadien fit au gouvernement provisoire. Je ne montrerai ni Boulton, ni Schultz et les leurs, apparaissant en armes ici et là, venant provoquer le gouvernement jusqu’à proximité du Fort Garry et n’osant pas attaquer. Il était quatre heures du matin, et il faisait un froid terrible : nous allons les courir comme nous courons la vache, dirent les métis exaspérés, et il fallut toute l’autorité de Riel et de ses officiers pour les calmer. Je ne parlerai pas de Parisien lâchement et brutalement assassiné. Je ne dirai rien de Boulton traduit justement en cour martiale, justement condamné, puis gracié grâce aux pressantes supplications des sommités catholiques. Je voudrais ne pas parler de Thomas Scott amené à la Rivière Rouge en 1868 par l’arpenteur Snow, et qui menaçait un jour de noyer son patron: déséquilibré, excessivement violent, qui fut, lui aussi, traduit devant la cour martiale pour conspiration, condamné dans les formes et exécuté. Messieurs les Orangistes en ont fait un martyr, tant pis pour eux!

Le gouvernement canadien ne sachant plus que faire, avait demandé à Monseigneur Taché, qui siégeait alors au Concile du Vatican, de venir jouer le rôle de pacificateur. Il se mit de suite en route et arrivait à Montréal le 9 février 1870. Cartier lui dit:

« Nous avons fait des fautes, vous devez nous aider à les réparer. )> Le lendemain, Sir Georges introduisait l’évêque devant le conseil privé ; il voit le gouverneur général; on lui promet tout ce qu’il veut, mais impossible d’avoir par écrit une promesse catégorique. Sa Grandeur est gênée, elle insiste, elle presse,

on ne lui donne que des mots; Monseigneur est mal à l’aise. Cependant, il ne peut soupçonner de déloyauté ceux qui traitent avec lui.

On lui demande de presser le voyage à Ottawa des délégués du gouvernement provisoire. Coïncidence assez curieuse, c’est que le 12 février, le gouvernement provisoire nommait trois délégués: le curé Ritchot, le juge Black et Alfred Scott, et les chargeait d’aller porter au gouvernement fédéral la liste des droits que réclamait le peuple de la Rivière Rouge pour son entrée dans la Confédération. Mais on changea d’avis dans la suite, et les délégués ne partirent pas.

Monseigneur Taché arrive à Saint-Boniface le 9 mars; il se met au courant des choses, puis, s’abouche avec le gouvernement provisoire, donne toutes les promesses qu’on lui a faites à Ottawa, calme les esprits, et amène la paix. Il en est du moins persuadé. Il a pressé le départ des délégués qui se mettent en route le 23 mars, et arrivent à Ottawa le 11 avril. Le 16, l’abbé Ritchot et Alfred Scott sont arrêtés sous accusation de complicité dans le prétendu meurtre de Scott: c’est le frère de Thomas Scott qui fait la plainte. Alfred Scott passe une nuit en prison et puis on lui assigne pour prison l’hôtel Russell; l’abbé Ritchot est gardé au palais épiscopal. L’action est renvoyée le 22 avril.

Ce même jour eut lieu la première entrevue des délégués avec Sir Georges; le lendemain et/les jours suivants, ils rencontrèrent Sir Georges et Sir John Mc Donald. Mais dans toutes ces entrevues, l’abbé Ritchot et Scott se renferment dans une réserve abso-

lue; il en fut ainsi jusqu’au 26, où Sir Georges leur remit une convocation officielle du gouvernement fédéral signée de l’honorable Howe.

A Londres, on s’intéressait beaucoup à ce qui se passait et à la Rivière Rouge et à Ottawa.

Le 22 mars, le sous-secrétaire d’état pour les colonies faisait savoir au gouverneur général, à Ottawa, qu’il ne devait pas employer les troupes pour imposer la souveraineté du Canada au peuple de la Rivière Rouge si celui-ci n’en voulait pas. Le 23 avril, Lord Granville fait savoir que le gouvernement du Canada devra accepter la décision du gouvernement impérial pour chaque article de la liste des droits. Malheureusement, les délégués ignoraient ces choses.

Enfin, le 3 mai, le gouverneur général faisait savoir à Lord Granville que les négociations étaient terminées d’une manière satisfaisante.

Le même jour, 3 mai, l’Acte de Manitoba était adopté par le parlement canadien, et le 12 du même mois, il était sanctionné.

Le 15 juillet suivant seulement, Sa Majesté la Reine, proclamait le transfert au Canada de la terre de Rupert et des territoires du Nord-Ouest.

Sur la demande de la population de la Rivière Rouge à l’unanimité, des troupes sont envoyées dans la colonie en mission de paix pour rétablir la confiance dans toutes les classes de la société. Elles arrivent au Fort Garry le 24 août, sous les ordres du colonel Wolseley.

Le fameux colonel fait déployer ses troupes, éprouve le besoin de les haranguer en traitant les métis de

« bandits ; » pendant toute sa harangue, il sua et bava le fanatisme et la haine, en un mot, il se déshonora publiquement; il fait faire ensuite des évolutions stratégiques et finit par s’emparer du Fort Garry qui était vide et ouvert. Ainsi, Wolseley se révéla foudre de guerre. C’est sans doute par des actions d’éclat du même genre qu’il a gravi ailleurs l'échelle des grades pour arriver à la plus haute position militaire de l’empire britannique.

Tout chamarré de cordons et tout tintinnabulant de croix et de médailles qu’il puisse être, ce général est un vilain monsieur que l’histoire doit attacher au pilori.

Il se publia quelque temps après la glorieuse victoire du Fort Garry : Narrative of the Red River

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