CHAPITRE IV
Le Père Ritchot
l était alors un curé de Saint-Norbert ! Un homme jTv étrange! Une personnalité: l’abbé Noël Joseph Ritchot. Incontestablement d’une intelligence supérieure, concevant et raisonnant très lentement mais aboutissant toujours à un jugement d’une grande sûreté. Bel homme! Certes! D’une beauté mâle! Traits accentués et fermement dessinés, physionomie d’une impassibilité déconcertante pour ceux qui n’étaient pas ses intimes, grande barbe de fleuve, sourcils noirs et très fournis comme la barbe, s’arquant sur des yeux de diamant noir. Le regard qu’il dardait, semblait un rayon vif et acéré qui vous pénétrait jusqu’à l’âme, vous scrutait, et se fixait en vous. Qu’ils prenaient du temps pour vous étudier, ces yeux si vifs et si noirs!
Chez lui, la parole n’avait pas la vivacité du regard; elle se plaisait à flâner dans les à-côté. Mais, quand il voulait savoir, l’abbé, d’un tour original, ramenait à maintes reprises la conversation sur le sujet. Il faisait parler, il cherchait, il fouillait. Luimême parlait beaucoup pour ne rien dire. Quand il avait ainsi saisi un homme qui l’intéressait, il ne le
lâchait pas; la conversation durait parfois une journée, quelquefois davantage; elle se faisait partout, chez lui, dehors, en marchant ou assis; elle se poursuivait à table, à sa table où il forçait son hôte, j’allais dire sa proie, à s’asseoir, puis continuait quelquefois bien avant dans la nuit, et elle recommençait au matin; impossible de s’esquiver, impossible de se dérober; les heures passaient et l’abbé Ritchot, ou plutôt, — donnons-lui son vrai nom, — le Père Ritchot, vous vidait son homme. Tout à coup, le système changeait: il savait à qui il avait affaire. Etait-ce un homme intelligent avec qui on pouvait remuer des idées ? Le Père Ritchot causait maintenant sérieusement et s’ouvrait un peu, jamais trop, et il jouissait. Etait-ce un homme sans intérêt ? La conversation finissait vite, toujours avec politesse cependant. Il savait se libérer, le Père Ritchot. '
C’était presque un colosse le Père Ritchot, membre solidement, avec des nerfs et des muscles courant sous la peau, qui semblaient solides et tendus comme des cordes de contre-basse, bronzé de peau par ses courses sous le grand soleil et sous les morsures du froid manitobain; on lui eût donné des aspirations à la statue de bronze. Dans cette force, une âme d’une délicatesse d’enfant à le faire pleurer à la souffrance du prochain ou à la moindre occasion qui touchait à la sensibilité de ses amitiés.
Connaissant la vie dans ce qu’elle a de plus pénible, il ne s’effrayait pour lui ni des difficultés ni des peines; mais il savait au besoin panser les blessures de l’âme, de l’esprit et du corps avec une délicatesse qui étonnait chez un pareil homme.
MONSIEUR L’ABBÉ J. -N. RITCHOT
Curé de Saint-Norbert
Brave! Oui, brave jusqu’à se jeter entre deux troupeaux d’hommes affolés qui veulent se fusiller les uns les autres. De là, une légende germée sur la circonstance à laquelle je fais allusion, qui dit que les balles s’aplatirent sur sa soutane.
D’une piété d’enfant qui lui valut peut-être l’insigne grâce de voir la Très Sainte Vierge et de lui parler. Mais ceci resta son secret. Cependant, il bâtit sa petite chapelle de Notre-Dame de Bon Secours à Saint-Norbert, et combien il aimait à y prier! J’ai quelque peu lieu de croire que Notre-Dame de Bon Secours illumina quelques-uns des derniers instants de la vie mortelle du Père Ritchot.
Ami et conseiller intime de son archevêque, Monseigneur Alexandre- Antonin Taché, nous pouvons dire que ces deux hommes étaient faits pour se comprendre.
C’est cet homme-là que le gouvernement provisoire de la Rivière Rouge commissionnait, le vingtdeux mars, d’aller avec John Black et Alfred Scott négocier avec le gouvernement canadien.
La bête populaire rugissait d’un bout à l’autre de la province d’Ontario. Tous les mauvais instincts qu’éveillent le fanatisme et la haine étaient surexcités jusqu’au paroxisme; la bête populaire voyait rouge et hurlait. Oh! cette soutane! Si l’on pouvait la mettre en pièces ! Oh ! ces hommes, Ritchot et Scott ! Si l’on pouvait donc avoir la joie de les voir pendre! C’était de la fureur! C’était de la folie!
Le triste frère du triste criminel exécuté au Fort Garry, Thomas Scott, élevé à la dignité de martyr, portait une accusation de complicité au meurtre de
son frère contre monsieur Ritchot et Alfred Scott; et tous deux sont prisonniers. La bête humaine en rugit d’aise dans Ontario.
Cependant, le Père Ritchot, pénétré du sérieux de sa mission en même temps que de son importance, s’adresse directement au gouverneur général pour protester contre la violation du droit des gens en sa personne :
« Je m’adresse à vous, le représentant de notre souverain, et le gardien de l’honneur britannique en cette contrée, pour vous demander de faire respecter en ma personne le privilège qui appartient à un parlementaire d’être exempt de tout traitement hostile jusqu’au retour en lieu sûr . Je suis accusé
de participation dans une mort d’homme; cette accusation serait-elle aussi vraie qu’elle est radicalement fausse, que cela ne changerait rien à ma position de parlementaire. . . Je suis ici en vertu de la foi jurée, sous la garde de l’honneur anglais et de l’honneur canadien. . . par mon caractère de parlementaire j’échappe à toute juridiction civile ou criminelle. »
Sur la demande de Lord Granville, « si l’arrestation des délégués avait été autorisée par le gouvernement canadien, » on répondit que le gouvernement n’avait pas à s’enquérir de l’action des tribunaux!
C’est une énormité! Mais la bête populaire hurlait dans Ontario, vous dis-je!
La procédure suivit son cours et le Père Ritchot dut comparaître plusieurs fois devant des magistrats qui, de par le droit des gens, n’avaient pas juridiction sur lui.
Il pénètre dans la salle du palais de justice, le Père
Ritchot; l’enceinte réservée au public est encombrée de curieux. Un murmure court d’une extrémité à l’autre de la salle : « Father Ritchot! Father Richot. » Le Père Ritchot s’arrête un moment, essuie lentement ses lunettes, les replace sur ses yeux noirs, promène un regard circulaire sur cette foule avide et, sa haute taille droite, la tête haute, il avance vers la barre: pas un muscle n’a bougé dans sa figure calme.
Il y avait aussi une certaine agitation dans la ville d’Ottawa: c’était l’époque où les hommes des chantiers descendaient des camps d’hivernement, gaillards membrés, découplés, rôtis par un long hiver passé dans la forêt; tous canadiens-français, tous, plus ou moins, de la race des Fiers-à-bras. Us sont vite au courant de ce qui se passe. Naturellement ils sont de cœur avec les gens de la Rivière Rouge.
Par les rues de la capitale, on n’entend que conversations aux mâles et rudes accents: « Père Ritchot! Mais oui ! C’est mon cousin! — Hein, ton cousin ? — Mais oui, c’est le gars à mon oncle qui est parti pour la Rivière Rouge, tu sais bien mon oncle Ritchot de l’Epiphanie? — Ah! Ritchot de l’Epiphanie; mais nous aussi on est parent avec lui. — C’est mon cousin aussi. — Mais moi aussi, c’est mon cousin. — C’est mon cousin. — C’est notre cousin. — C’étaient des centaines de cousins que le Père Ritchot avait en ce moment à Ottawa. « Oh! oh! va falloir qu’ils lâchent not’ cousin! » Et déjà les terribles cousins retroussaient leurs manches et montraient des bras durs comme les manches de leur hache, des bras velus ayant au bout de véritables épaules de moutons.
Mâtin! qu’ils auraient bien tapé ces poings-là! Le Père Ritchot était le lion du jour à Ottawa!
L’accusation portée contre lui était aussi imbécile qu’elle était haineuse; le Père Ritchot et son compagnon furent l’objet d’un non-lieu, et le vingt-trois avril, à trois heures de l’après-midi, il était libre.
Immédiatement commencèrent les entrevues des délégués de la Rivière Rouge avec Sir Georges- Etienne Cartier et Sir John MacDonald.
Mais la bête féroce d’Ontario hurlait toujours, on pensait éviter de s’engager officiellement vis-à-vis des délégués de la Rivière Rouge et sauver ainsi la face du ministère canadien.
Plusieurs séances ont lieu pendant lesquelles le Père Ritchot et Alfred Scott se cantonnent dans un mutisme à peu près absolu. Enfin, ces messieurs du gouvernement d’Ottawa n’y tiennent plus. « Voilà déjà plusieurs séances de travail, dit Sir Georges, et il n’y a encore rien de fait; mais, monsieur Ritchot, vous n’avez pas encore exprimé une opinion. — Vous avez raison, monsieur le ministre, il n’y a encore rien de fait. Quand vous aurez reconnu par écrit nos titres et qualités, nous viendrons traiter avec vous; jusqu’à présent, nous ne sommes pas venus ici comme parlementaires. » — C’est monsieur Ritchot qui répond ainsi.
Voici d’ailleurs ce que le Père Ritchot a consigné dans son journal à la date du 25 avril 1879. « Quand
on m’interpella sur le sujet je répondis à ces messieurs qu’ayant à traiter une affaire selon moi très importante, je voulais la traiter très sérieusement, qu’en conséquence, je voulais en prendre les moyens
dont le premier était de nous classer chacun à notre place, de bien connaître le terrain sur lequel nous étions.
« Je leur observai qu’il y avait déjà quinze jours que nous étions arrivés, et que nous n’avions pas encore reçu un mot officiel; que je ne voulais nullement parler des circonstances particulières qui étaient arrivées ; mais qu’à part cela, j ’étais loin d’être satisfait de la conduite qu’on avait tenue à notre égard; qu’en arrivant, à la première visite que j’avais eu l’honneur de faire à Sir Georges, il m’avait dit que les esprits étaient extrêmement excités, qu’il serait bon de ne pas les heurter de front, que le gouvernement était bien embarrassé, que l’affaire de Scott nuisait, que cependant elle ne devait pas empêcher les ministres de régler les affaires convenablement et qu’il serait encore assez facile de les régler, pourvu que l’on pût rencontrer les premières difficultés, qu’il nous donnât à entendre, ( lui Sir Georges ), que le gouvernement désirait trouver le moyen de trouver la première réponse de manière à ne pas soulever les esprits davantage. Je rappelai alors à Sir Georges que je lui avais alors répondu que je le comprenais fort bien et que j’étais prêt à faire tout ce qui pourrait servir le gouvernement, pourvu que ce ne fût pas nuisible au succès de notre mission ; que nous avisâmes alors aux moyens à prendre pour réussir.
« Et, je demandai à Sir Georges si je l’avais compris, et si jusqu’à ce jour j’avais agi en conséquence; il me répondit que oui. Je lui dis alors que j’étais rendu au bout de ma patience, que plusieurs fois j 'avais eu peine à contenir mon indignation et que je voulais
en ce jour dire les choses clairement et franchement, qu’en conséquence, j’avais à observer que nous n’avions rien à faire tant que nous ne saurions pas à quoi nous en tenir d’une mission officielle.
« Sir Georges répondit que nous étions officiellement reconnus, puisque lui-même était venu me faire visite au nom de ses collègues; qu’ aujourd’hui même, ils étaient délégués, Sir John et lui, par les ministres, pour nous entendre. Je lui répondis que nous étions fort honorés de cela, qu’en particulier, je le remerciais beaucoup, mais que je me permettais de lui observer que ça ne nous mettait pas en force auprès de nos constituants, ni aux yeux du public qui aura droit bientôt à ce que nous lui rendions compte, quel que soit le résultat de notre mission. Il me dit qu’en Chambre, Sir John avait dit qu’il nous reconnaissait et que nous serions entendus. Tout cela est magnifique, mais ça ne nous met pas en force, nous. Ils promirent de répondre à notre demande par écrit. » Il y avait ainsi une question très sérieuse et très brûlante à régler. Monsieur Ritchot écrit dans son journal: « Nous disons que l’amnistie est une condition SINE QUA NON de nos arrangements. ))
Cette amnistie générale avait été promise aussi à Monseigneur Taché; lui aussi avait déclaré que sans cette promesse, il ne se rendrait pas à la Rivière Rouge en médiateur. On lui avait promis l’amnistie, car on avait peur. On lui renouvela maintes et maintes fois cette promesse, en un mot, toutes les fois que l’on avait besoin de lui; mais jamais on ne lui remit en mains un document officiel contenant cette promesse. On en usa de la même sorte avec monsieur Ritchot
et ses deux compagnons. On leur fit même croire que la chose était admise depuis longtemps. Monsieur Ritchot fut trompé comme fut trompé Monseigneur Taché. Plus tard même, le chef du gouvernement, Sir John McDonald, eut l’audace, que dis-je, l’effronterie, de déclarer du haut de la tribune de la Chambre des Communes, que le gouvernement n’avait jamais promis l’amnistie.
Quand on en vint à discuter la question des écoles pour formuler la clause 22 de l’acte de Manitoba, le Père Ritchot voulait un texte plus clair, car la liste des droits formulés par le gouvernement provisoire était très explicite sur cette question. Les protestants de la Rivière Rouge, comme les catholiques, tenaient absolument à leurs écoles confessionnelles et nous pouvons dire que c’était ici encore une condition sine qua non des arrangements. Plusieurs formules furent successivement étudiées, remaniées et finalement rejetées. Le Père Ritchot n’était pas satisfait. On en arriva à la formule que nous lisons dans l’acte de Manitoba. On y voit certainement les écoles séparées; mais enfin c’est enveloppé, ça peut prêter à interprétation pour des gens de nauvaise foi. Aussi, le Père Ritchot n’aimait pas cela; comme le renard, il flairait un piège. Mais enfin, il n’osa pas insister davantage.
D’ailleurs, l’article 22 de l’acte de Manitoba, eût-il été aussi clair que l’article 23 qui fait officielles les deux langues, eût probablement été déchiré comme ce dernier l’a été.
Les négociations terminées, le 3 mai, vers les quatre heures de l’après-midi, sur invitation, les délé-
gués se rendirent chez le gouverneur général et voici ce que le Père Ritchot consigne dans son journal:
« Sur les quatre heures, nous nous rendons auprès de Son Excellence le gouverneur général, qui nous avait fait inviter d’aller le voir, par Sir Georges Cartier. Son Excellence nous reçut très gracieusement; il nous introduit Sir Clinton Murdock comme ayant été envoyé par la Couronne pour l’aider à régler les affaires du Nord-Ouest avec nous, si nous ne pouvions pas nous entendre avec le gouvernement du Canada; mais qu’il espérait et que même il avait l’assurance que nous réglerions les affaires sans leur intervention.
« L’audience dura longtemps. Son Excellence, ainsi que Lord Clinton Murdock, prirent des informations sur le pays et les habitants, puis on nous dit quelques mots des troubles. ... du clergé dans ce mouvement; et sans entrer dans aucun détail, une circonstance me permit de dire à Son Excellence que le clergé s’était tenu à sa place en cela comme partout et que ce n’était pas pour aller faire des humbugs ( des blagues ) que nous laissions tout ce que nous avions de plus cher pour nous sacrifier dans des pays nouveaux, etc., etc. ... Je lui ajoutai en même temps que nous ne faisions pas les principes qui lient les consciences; mais que nous nous conduisions et que nous conduisions les autres d’après des principes existants que nous n’avons pas le droit de changer à notre guise; et que c’était appuyés sur ces principes de droit que nous, en particulier, ( car nous seuls avons été par circonstance au milieu du peuple dans les commencements ), avions été obligés de nous contenter de
faire des remarques que la prudence seule pouvait dicter. Et je prends la liberté de demander à Votre Excellence si nous devions, ou même, si nous pouvions faire autrement quand nous n’avions de par devant nous aucun document qui obligeât le peuple à se soumettre au nommé W. McDougall. Et en effet j’aime à le demander à votre Excellence, pouvionsnous au nom de notre propre volonté ou autorité, obliger en conscience le peuple à se soumettre à M. McDougall, quand nous n’avions de ce monsieur d’autre connaissance de sa mission que des rapports de gazettes.
« Son Excellence parut fort embarrassée ; elle se mit à rire et dit que l’affaire de M. McDougall était passée; il ne fallait plus en parler. Son Excellence dit qu’il comprenait bien que le peuple n’avait jamais eu l’intention de se révolter contre la Couronne, mais contre M. McDougall, etc., etc. . . . et elle se mit à rire.
« Elle me demande si j’avais eu connaissance de sa proclamation, qui était basée sur le télégramme de Lord Granville, et dans laquelle elle dit que ni lui, le gouverneur, ni le gouvernement du Canada ne voulaient maltraiter les gens du Nord-Ouest, qu’au contraire elle serait toujours prête à entendre leurs plaintes et à leur rendre justice. Je lui dis avoir eu connaissance de cette proclamation et du télégramme en question; mais que je ne me rappelais pas le mot à mot de la dite proclamation.
« Son Excellence me dit que dans sa proclamation Elle, le gouverneur général promettait, au nom de Sa Majesté, que personne de ceux qui avaient pris
part à cette malheureuse violation des lois ne serait troublé, et qu’en effet il y aurait une proclamation générale d’amnistie; que Sa Majesté ne demandait pas mieux que de rétablir la paix dans ses états ; que Sir Clinton Murdock, délégué spécial de Sa Majesté, pour l’aider à régler ces questions difficiles, connaissait partaitement bien l’intention de Sa Majesté à ce sujet.
«Alors, Sir Clinton Murdock nous dit que le gouvernement de Sa Majesté ne désirait qu’une chose, c’était de rétablir la paix et de passer l’éponge sur tous les actes et faits illégaux qui avaient eu heu dans le Nord-Ouest.
«Nous lui observâmes de nouveau que nous n’avions aucun écrit sur un sujet si important, et qu’il semblait nécessaire d’en avoir. Il me répond que lorsqu’on a à traiter avec des hommes tels que ceux devant lesquels nous étions, il ne fallait pas mettre tous les points sur les I ; qu’il fallait leur laisser une certaine latitude et qu’il n’en serait que plus avantageux pour nous, etc., etc. . . .
«Je crois devoir me rendre à ses observations; mais j’ajoutai que le peuple ne serait pas satisfait sans avoir quelque assurance à ce sujet.
«Son Excellence me dit que nous n’avions rien à craindre, que tout irait bien; que les habitants du Nord-Ouest pouvaient se rassurer, que personne ne serait troublé. . . »
Le Père Ritchot, malgré tout cela, sentait le piège comme un vieux renard. Cependant, il crut ne devoir pas insister. Car enfin, pour un homme droit comme il était, on ne peut aller jusqu’à soupçonner,
ma Igré toutes les assurances, la fourberie chez des hommes comme ceux que la confiance de tout un peuple avait mis à la tête du gouvernement canadien. Mais il n’était pas complètement satisfait.
Il ne savait pas alors que le gouvernement impérial couvrait de sa protection le petit peuple de la Rivière Rouge et le défendait contre le gouvernement canadien. « Ah! si j’avais connu, disait-il un jour à l’auteur de ces lignes, si j 'avais connu les télégrammes de Lord Granville et de Lord Rodgers, je n’aurais pas plié ainsi et je n’aurais jamais accepté ces formules ambiguës; j’aurais parlé en maître. » Ah! j’aurais voulu voir le Père Ritchot dans cette attitude et mettant Sir Georges Etienne Cartier et Sir John Mac Donald dans leurs petits souliers.
C’est au Père Ritchot que nous devons l’établissement catholique et français de la Rivière-aux-Rats. N ous allons le voir dans le chapitre suivant.