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Il va d’une table à l’autre, portant de petites tasses de liqueur blonde et fade que surmonte un mince panache de vapeur, souriant toujours, ou tout à coup rageur et regimbant avec une voix de crécelle sous les plaisanteries et les brocards un peu vifs d’une Tahitienne pour qui un Chinois est un être éminemment méprisable : « Tinito ouri neo neo! Le Chinois est un chien puant! »
Et par-dessus le tohu-bohu des gens et le tapage des conversations, dans la rue qu’éclairent bizarrement les lanternes en papier des cabarets, grince je ne sais quelle musique, flûte chinoise criarde ou accordéon pleurard.
Et aujourd’hui je ne puis entendre le son mélancolique et nasillard d’un accordéon, sans voir passer dans une vision rapide tout ce quartier excentrique de Papeete où d’âcres senteurs d’opium se mêlent aux parfums du monoi et des tiarés, sans me figurer entendre monter dans les bois odorants, sous la clarté des étoiles, les graves et doux himenés de
Tahiti, sans revoir la mer bleue aux grottes
profondes de corail, la montagne aux pics fantastiques, les fraîches vallées ombreuses, les clairs ruisseaux où nous nous baignions si délicieusement ; et me sonnent encore aux oreilles les joyeux éclats de rire et les gais propos, en cette langue tahitienne si harmonieuse et si douce, de jolies femmes aux noirs cheveux, aux beaux yeux troublants et aux lèvres amoureuses. Ia ora na, Tahiti!
Adieu, Tahiti!