‹ Pages détachées, notes de voyageChapitre 27 sur 33 · DES · texte numérisé non relu

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ne réussirent guère, mais le Chinois resta, et avec lui était entré l’opium. Comme ils s'étaient jetés sur l’eau-de-vie, les Marquisiens se jetèrent sur l’opium, et le fléau devint tel que force fut d'interdire l'importation et la vente du poison.

Et du jour où ils eurent perdu la liberté, où, race conquise, ils se trouvèrent mélangés à la race conquérante dont ils ne prirent que les vices, la dépopulation commença. A la civilisation, ou plutôt à ce qui la représente là-bas, le Marquisien a gagné bien peu. Il faut d’ailleurs reconnaître que l'expression de notre civilisation y est singulièrement réduite et n’a rien qui puisse vivement frapper des imaginations : quelques colons américains ou européens, quelques-uns fort recommandables , d’autres beaucoup moins, venus là pour vendre quelques denrées alimentaires et quelques cotonnades; une demi-douzaine de trafiquants de bourre de cocos ou de nacre, les deux seuls objets d'exportation du pays; des missionnaires

catholiques qui enseignent d’une façon très

un

ILES MARQUI

& ES. 203 méritoire à lire et à écrire, mais qui n'ont guère réussi à inculquer à leurs élèves une morale quelconque ou à les intéresser à la religion qu’ils leur prêchent ; les résidents ou représentants du gouvernement français; quelques soldats d'infanterie de marine ou gendarmes qui représentent surtout pour. les indigènes les impôts et les corvées, assez douces d’ailleurs, mais qui travaillent en revanche avec beaucoup d’entrain à la multiplication de la population et au croisement des races; et enfin les navires de guerre qui passent de temps à autre.

Ce qu'ils nous ont pris le plus facilement, c'est l’habitude de l'alcool, dont ils abusent épouvantablement, sans cependant en être encore arrivés à faire comme ces misérables habitants des Gambiers qui absorbent avec délices les flacons d’eau de Cologne ou d’autres produits de parfumerie de pacotille.

Trop paresseux pour travailler la terre et lui faire produire autre chose que quelques ignames ou quelques taros, trop insouciant pour songer

au lendemain ou chercher à accroiïitre son bien-

être, le Marquisien vit dans une sorte de fatalisme, exempt de besoins et de désirs.

Il est aujourd’hui à peu près ce qu'il était 1l y a un siècle : les mariages faits devant le prêtre ou le représentant de l'autorité ne valent pas plus aux yeux des indigènes que ceux d'autrefois, et rarement ils demandent à être mariés ainsi; la propriété existe à peine et est souvent collective; les mœurs sont les mêmes, et au point de vue du sens moral des enfants, garçons ou filles, élevés dans nos écoles, les résultats sont aussi nuls; les mœurs n'ont pas changé.

Seulement le cannibalisme a disparu, quelques coutumes sont abolies, telles celles des funérailles : presque partout aujourd’hui les morts sont enterrés comme chez nous.

Au point de vue du bien-être matériel, le Marquisien est plus heureux que jamais, et il est impossible de moins sentir le joug qu'il ne le sent. Mais il ne s'intéresse plus aux affaires de son pays, il nest plus le maitre, comme

peuple libre il n’existe plus ; son activité ne se

{: { ] * 1: À A ] Car A lit: ne 3 y* 1 à > C portant plus du côté des expéditions guerrières comme autrefois, ni du côté du travail, s’use et s'éparpille sur mille points insignifiants, et il y perd peu à peu de sa dignité et de son originalité; c'est un peuple qui languit et qui se meurt.

Ces Marquisiens d'aujourd'hui, si insouciants qu'ils soient, ont pourtant gardé beaucoup d'amour-propre et restent capables de “1 Ane NET r sssmtknit er À] . le r] Ar ù r I! . rudes travaux, surtout SOrtis de Chez EUX. ls se montrent, en effet, durs à la fatigue; comme . RRPESR TS | VTT E SE A mn 60 dE D cu le { ra . rameurs dans une baleinière, ils sont excellents.

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Certes, la décroissance assez rapide de la

population de ces iles est évidente, bien qu'on

l'ait souvent exagérée : la race marquisienne est une race encore superbe et qui peut résister longtemps. Deux grandes causes ont déjà

réduit, il y a une vingtaine d'années, le chiffre

de la population : une grande disette où l'on s'égorgeait entre familles pour se manger et une violente épidémie de variole apportée par un navire américain à Nuka-Hiva.

À ces causes sont venus s'ajouter : une

absence complète d'hygiène, l’opium et l'abus des boissons alcooliques, surtout dans les points’ fréquentés par les Européens, c'est-àdire à Nuka-Hiva tout particulièrement.

On a prétendu dans tous ces pays attribuer un grand rôle à certaine maladie; il n’y a là rien d’exact. Cette affection est relativement rare, aussi bien aux Marquises qu’à Tahiti.

Les trois maladies principales des Marquisiens sont trois maladies de misère, de déchéance organique, trois manifestations de la tuberculose : phtisie pulmonaire, scrofule et lèpre.

Et enfin, ce peuple disparaît comme en ont disparu bien d’autres au contact de la race blanche ; il n’a plus de vie propre, il n’a plus de raison d’être, il s’étiole, il s'éteint peu à peu; il subit cette loi fatale d'absorption du

plus faible par le plus fort.

NTRALE

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