‹ Pages détachées, notes de voyageChapitre 3 sur 33 · LA · texte numérisé non relu

LA

Je rejoins le commandant K... sur la passe-

relle.

À califourchon sur une chaise, il tâche de résister au sommeil pour suivre notre route.

Le temps est superbe; nous causons longtemps en prenant du café froid; pour oublier cet ; nous causons de Tahiti, où

el 0 9 al

affreux Sénég

) es 1asaros Qe la hay 19atIOn nous OnNC al ; nous rencontrer deux ans auparavant; nous ne nous

endormons plus du tout, et, au milleu de ces

immenses plaines désolées et nues qui ous entourent, environnés de ces marais qui puent la fièvre et la mort, en passant devant ces sales villages nègres, nous évoquons les souvenirs de là-bas : les frais ruisseaux sous les orangers, les montagnes et les vallées verdoyantes, les parfums des tiarés et des citron- ASE ne SR ii à A de NA 1: : les bois et niers, les jolies cases perdues dans les bois et les charmants visases des peu farouches Tahies charmants visages des peu farouches Lani tiennes.

Et, à trois heures du matin, nous apercevons des feux devant nous : nous avons rejoint

les autres avisos.

Cela s’est terminé comme se terminent souvent ces petites parties.

Devant Aéré, nous avons débarqué la colonne ; à notre approche, les habitants ont vidé le village en un clin d'œil; ils ont tiré quelques coups de fusil qui, heureusement, n'ont atteint personne; nous avons riposté par quelques obus; nos soldats sont entrés après quelques coups de fusil sur des cases vides et en éventrant à coups de baïonnette des portes ouvertes; on a fait une immense flambée de toutes les toitures et cloisons de paille, les murs en terre restant debout; puis la colonne s'est réembarquée, et nous avons levé l'ancre majestueusement, avec la satisfaction du devoir accompli.

Nous avions probablement à peine dépassé le premier tournant du fleuve que les habitants revenaient chez eux et en étaient quittes pour changer leurs toitures.

Nous leur avions brûlé une quantité énorme de vermine et, en somme, avions fait surtout

de l'hygiène sans le vouloir.

Le 77... en faisait autant du grand village d’Aleibé, avec une note comique en plus :

quand l'aviso s'est embossé devant le village, les habitants, sans méfiance et avec la tranquillité que donne une conscience nette, sont venus en masse voir le vapeur. Alors, on a envoyé deux ou trois obus dans une case isolée et abandonnée pour ouvrir les yeux des indisènes en frappant leurs oreilles; mais, de plus en plus intéressés, ceux-ci se sont assis sur la berge, et, croyant à un exercice de tir, se sont disposés à juger des coups.

Et comme on ne pouvait pourtant pas en faire « un horrible mélange » sans les prévenir, on les avertit qu’on allait les bombarder pour tout de bon. Ils finirent par comprendre, et ce fut une fuite échevelée et comique de tout le village épouvanté.

Tout ne se passe malheureusement pas toujours d’une façon aussi anodine, et nombreux sont les soldats que les balles ou les sabres des noirs ont couchés pour toujours sur cette terre

inhospitalière.

EE

3 octobre. — Du mouillage de Saint-Louis.

— Il y a quelques jours, pendant tout un après-midi, nous entendimes du bord dans la ville un tapage infernal, des cris, des bruits de tam-tam, et par moments nous apercevions dans les rues des bandes d'hommes et de femmes qui couraient en riant et en criant.

Quand nous descendiîmes, il y avait à un carrefour un rassemblement de sept à huit cents nègres : au centre on battait du tam-tam avec frénésie et des poussées se faisaient dans la foule qui se dispersait dans les rues en criant et revenait l'instant d'après autour du point où battait le tam-tam et d’où sortaient des hurlements qui n’avaient rien d’humain.

Je me renseignai et j’appris que ce n'était ni plus ni moins qu'un homme-lion qui causait tout ce tapage.

Un homme-lion! c’est tout simplement un homme qui a été mordu par un lion, ou du moins qui le dit et que l’on fait semblant de croire. Il est resté dans la plaie quelques poils

de l’animal, et à certaines époques l’homme a

les instincts du lion, se jette sur les gens qui passent, les mord ou plutôt leur déchire à belles dents leurs vêtements.

La majorité des noirs croit au phénomène; quant à celui qui fait le lion, il doit savoir à quoi s’en tenir.

Être homme-lion constitue d’ailleurs une situation assez lucrative. Quand on signale son arrivée dans un endroit, les hommes, les femmes, tous les badauds qui veulent s’amuser, se cotisent pour faire une certaine somme de vingt-cinq à trente francs; l’homme-lion empoche et offre une représentation.

Quelques femmes s’assoient par terre et jouent du tam-tam. La foule s’assemble et fait cercle autour de notre farceur qui fait mille simagrées, saute, bondit, se roule par terre et déchire ce qu'il peut attraper de vêtements.

Quand il juge avoir assez sué et assez hurlé pour vingt-cinq francs, il se retire et va recom-

mencer plus loin.

5 octobre. — Hier au soir, les noirs ont été plongés pendant quelques instants dans une douleur profonde... A huit heures, la lune, qui brillait du plus vif éclat, s’est obscurcie peu à peu dans un ciel sans nuages, il y a eu éclipse totale et nuit à peu près complète.

Dieu irrité retire aux indignes mortels leur éclairage nocturne.

Le grand marabout court à la mosquée; la foule se précipite à sa suite, la place se couvre d'hommes, de femmes et d'enfants; dans les rues, des groupes se forment dans l'attitude de la prière, on ne voit que des bras tendus, que des fronts dans la poussière; de orands feux s'allument çà et là, et un concert lamentable monte jusqu’à nous : c’est la foule des nègres en prière; et par-dessus toutes les voix pleurardes des suppliants, s'élève et orandit dans un crescendo formidable la voix tonnante du prêtre qui, à l’entrée de la mosquée, invoque et supplie Allah!

Allah! Allah! Mohamed! ce nom mille fois

répété court de bouche en bouche; et les

AU SÉNÉGAL. 39 grigris fétiches sont mis en demeure de mon-

trer leur pouvoir.

Et les offrandes s’amoncellent aux pieds du grand marabout.

Peu à peu la lune reparaît ; à mesure qu'elle recommence à verser sa pâle clarté, les voix s'apaisent, et tout finit par des conversations bruyantes, des éclats de rire, des galopades à tandis que des bamboulas

travers les rues,

s’ébauchent çà et là.

4 novembre. — Il y a quinze jours, nous partions de Saint-Louis pour Kayes dans le haut fleuve.

A huit heures du matin, quarante artilleurs, centtirailleurs noirs et cinquante femmes arrivent à bord; c’est le contingent que nous devons transporter et qui fait partie de la colonne qui va opérer dans le Soudan.

Pourquoi ces cinquante représentants du beau sexe noir à bord?

C'est que le tirailleur aime la vie de famille

et traîne sa smala avec lui.

2 Bo chi”

PS

REPAS te

— - De TROIE

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