‹ Pages détachées, notes de voyageChapitre 30 sur 33 · TT · texte numérisé non relu

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nons à peine après des siècles de civilisation. Je dis seulement que je leur ai trouvé, aux All Wallis, l’air un peu plus ahuri qu'ailleurs.

Cependant, 1l est certain que c’est un avantage

indéniable pour ces bonnes gens d'être les humbles mais tranquilles sujets des missionnaires catholiques, plutôt que les sujets de

leurs rois fantoches et cruels. La famille est

organisée, plus unie ; le mariage considéré plus sérieusement; enfin, fait presque unique en Océanie, la population des Wallis s'accroît ; tout de même, je crois qu'il eût été préférable d'apprendre aux élèves ouvéens à dire « bonjour, monsieur », au lieu du « vale, Domine » singulièrement grotesque avec lequel ces braves jeunes sauvages nous accueillaient d’un air grave et onctueux de séminaristes.

Pourquoi tant de latin et si peu de français?

Les missionnaires de Tahiti et des Marquises apprennent au moins le français aux indigènes. Est-ce parce qu'ils n’appartiennent pas au même ordre religieux ?

Au surplus, je ne critique ici que la méthode

de la mission, reconnaissant tout le premier son mérite et son dévouement par ailleurs. Ce qui éclate dans toute l'Océanie, c’est, 1l faut malheureusement l’avouer, la facilité de la religion protestante à s'adapter aux mœurs des différentes populations; plus simple, elle pénètre plus profondément; l'esprit protestant et anglais les imprègne, esprit intolérant, sectaire et étroit s’il en fut, bien plus encore que l'esprit catholique le plus fanatique. Et pourtant, entre les missionnaires protestants, wesleyens ou autres, et les missionnaires catholiques, 1l y a une différence de valeur quiest toute à l'avantage de ces derniers : même et surtout au point de vue de la « respectability ». Mais les uns ont une arme meilleure que les autres;

lire

as

et enfin dire missionnaire anglais, c'est agent anglais, tandis que missionnaire fran-

çais ne signifie pas toujours assez agent franoO J oo

çais. Le premier travaille pour la religion,

pour Îles affaires et pour l'Angleterre, le second

travaille pour les affaires de la mission d’abord Ï

et surtout.

Il y a encore de beaux jours pour la musique à Ouvea, et il nous fut donné à plusieurs reprises de jouir de concerts en plein vent.

Un d’eux m’a plus particulièrement frappé les oreilles. Un jour, P... et moi, après nous être baignés sur la plage, nous suivions la route du bord de la mer, sablée de fins débris de coraux et bordée d'habitations disséminées par groupes sous la verdure, quand notre attention fut attirée par un groupe d'une dizaine d’indigènes accroupis près d’une case, et portant presque tous des morceaux de bambous de diamètres différents et d’un mètre de hauteur environ.

Il ne tenait qu’à nous d'écouter les symphonies du Wagner de là-bas.

Nous nous avançâmes, maloré les efforts d’une bande de chiens qui, nous jugeant sans

doute profanes et incapables de comprendre

les beautés du concert, cherchèrent sans succès à nous repousser.

Un vieux à figure toute Joyeuse et aux façons obligeantes sortit de la case, suivi de sa moitié non moins Joyeuse et non moins obligeante; on nous offrit d’entrer et de boire l’inévitable £awa, qui décidément tourne à l’état de scie nationale maorie.

Nous les suppliâmes de n’en rien faire et leur donnâmes à comprendre que nous n'avions soif que d'harmonie ; alors, se hâtant tous les deux, ils nous glissèrent une malle de camphrier au premier rang pour nous servir de sièce, se replongèrent, toujours affairés, dans leur demeure et en sortirent bientôt l’un avec des cigarettes canaques, l’autre ave c un tison.

Pendant ce temps nos chanteurs ont pris place, chacun tenant verticalement devant lui son gros morceau de bambou, tandis que devant l'artiste du milieu est posé à plat sur le sol un faisceau de bambous plus petits, plus courts et de différentes grosseurs enveloppés dans une même peau bien tendue. Armé de

deux baguettes, l’indigène s'apprête à battre de ce tambour d’un modèle encore inédit.

Le signal est donné, les bouches s'ouvrent pour laisser jaillir les sons les plus discordants, les bambous s'élèvent et retombent sur le sol avec un bruit sonore et voilé à la fois, tandis que les baguettes font leur office en perçant l’ensemble d'une pluie de petits sons orèles qui nous font passer de désagréables frissons le long du dos.

Les bouches béent, les yeux fixes se noient dans l'inspiration et l’extase, les veines du cou se gonflent, les visages se congestionnent d'une façon inquiétante, et les gros bambous montent et descendent, et cela ronfle, éclate, grince, mugit, et notre tympan vibre à nous faire bondir.

Nous nous regardames avec angoisse, et à la première « embellie » nous lançâmes avec autorité et conviction quelques obligés « marié, marié, iva » (bravo, bravo, bien) ; et nous nous enfuîmes, tandis que derrière nous cette atroce

musique recommençait de plus belle.

À côté de cela, les chants lugubres des Marquises sont enivrants, et vous, à doux et har-

monieux himenés de Tahiti, où étiez-vous ?

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