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Or, depuis un mois, le fleuve nous a joué cette farce désagréable de se supprimer son embouchure.
Le Sénégal, né malin, s’est un beau jour bouché, ensablé, fermé, et aucun navire, depuis un mois, ne peut entrer ni sortir.
Tous les jours, on sonde et on resonde, le résultat ne varie pas.
Nous avons bien le chemin de fer de Saint- Louis à Dakar, mais tout n’arrive pas par là, et les traitants, perplexes, tous les matins se demandent : « Le fleuve est-il débouché? la barre est-elle praticable? »
Non seulement le Sénégal ne se débouche pas, mais il paraît vouloir se creuser une sortie dans un ancien lit près de Saint-Louis : la chose peut durer longtemps.
Le commerce est complètement arrêté, et cette petite facétie pourrait bien coûter près : d'un million aux négociants de Saint-Louis pour peu qu'elle se prolonge encore un peu.
Là est une des causes de la décadence pro-
chaine de Saint-Louis, en tant que port de
AU SÉNÉGAL. gi
mer, au profit de Dakar. Mais il restera l'entrepôt de tout le commerce du fleuve et d'une orande partie du commerce du Soudan, part assez belle, surtout le jour où nous commencerons à tirer un peu profit de notre situation
au Niger.
13 avril. — C'était, ces deux jours précédents, la grande fête de la Circoncision.
Dans les rues dela ville noire de Guett’N’Dar circule une foule bruyante d'hommes et de femmes revêtus de leurs plus beaux vêtements en soie ou en étoffe fine. On a sorti des malles tous les bijoux d'argent ou d'or jaune de Galam; des enfilades de gris-gris pendent au cou, sur la poitrine et aux flancs des promeneurs, et les femmes vont parées comme des châsses.
Avec leurs mouchoirs en soie de couleur claire enroulés autour de la tête, leurs cheveux courts tombant en une multitude de tresses luisantes d'huile parfumée, chez les
femmes yolofs, ou relevés en casque agrémenté
s2 PAGES DÉTACHÉES.
de pendeloques chez les femmes kassonkaises, avec leurs robes et leurs grandes écharpes en soie bleue, verte, rouge, blanche, leurs trois ou quatre colliers d’or, leurs oreilles garnies chacune de cinq ou six pendants en or, leurs bracelets d’or, d'argent, de cuivre ou d'ébène incrusté, leurs chevilles chargées de lourds anneaux d'argent, elles vont par petits groupes, riant, sautant, parlant fort de leur voix aigre, comme grisées par le mouvement et le bruit. Dans un large rire, leurs dents blanches font paraître leurs faces luisantes encore plus noires.
Beaucoup portent à califourchon sur le dos un marmot qui dort tranquillement, et dont la tête ballotte à tous les mouvements, ou qui regarde d’un air curieux en battant de ses
petits poings fermés les flancs de sa mère.
Les hommes partagent l'enthousiasme du beau sexe noir : ils ont mis les beaux « boubous » aux couleurs les plus variées; les gommeux vont munis d’une canne, le nez en l'air;
les farouches battent leurs flancs d’un formi-
dable sabre, et tous se hâtent, allongeant leurs | srandes jambes maigres, trainant leurs sandales ou promenant de superbes bottes molles en Cuir Jaune ou rouge.
Et, au milieu de tout cela, des courses folles de petits négrillons plus ou moins nus et au nez plus ou moins morveux.
Guett’N'Dar est construit sur le sable, tout
sur le bord de la mer; ses innombrables cases aux toits de paille en pain de sucre bordent de longues rues qui s’allongent plantées de quel-
ques maigres palmiers tout jaunes, et sous le
soleil monte un nuage épais de poussière.
Sous cette intense lumière, c’est un cha-
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toiement de couleurs éclatantes.
À un carrefour, une grande foule fait cercle jl
RIRE SE. “à
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autour d’un des nombreux héros de la fête, {| jeune homme de quinze ans environ. | |
Le costume est curieux : il a la tête, les | | | | poignets et les chevilles surchargés de bijoux ; {| |
une tunique blanche serre sa taille et tombe au- {|
dessus du genou; par-dessous il porte un pan- |
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