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talon collant, bariolé de diverses couleurs; 1l
s4 PAGES DÉTACHÉES.
tient à la main une espèce de hochet qu'il agite au-dessus de sa tête; un griot, avec son tamtam, le précède en hurlant les louanges de la famille, et 1l s’avance en dansant, accompagné par les chants et les battements d’une cinquantaine de femmes qui suivent.
Plus loin, deux hommes accroupis sur le sable s’escriment sur un balafon : des morceaux de bois dur de différente longueur sont liés ies uns à côté des autres, et au-dessous sont fixées des moitiés de calebasses plus ou moins larges et profondes qui servent de résonnateurs.
Les musiciens frappent les touches de ce piano d’un nouveau genre en chantant un air nègre, ce qui est tout dire, tandis que devant eux une femme, un mouchoir à la main, fait vis-à-vis dans une danse non moins nègre à un homme qui, armé d’un grand sabre, se livre à une pantomime expressive : Mars subjugué par Vénus.
Je regarde, porté par les mouvements de la
foule, au premier rang du cercle; pour mieux
voir, une Mauresque crasseuse se penche, une main sur mon épaule, enveloppée jusqu'aux yeux dans un grand morceau de cotonnade jadis bleue qui a déteint sur ce que je vois de sa peau presque blanche.
L'étoffe s'applique sur un profil fin et régulier, et deux grands yeux allongés par une mince couche de kohl s'ouvrent profonds avec une expression troublante sous de longs sourcils noircis. Un vieux nègre à poils blancs, au visage paterne, qui, depuis un instant, s’intéresse à mes pas, veut à tout prix me servir de cicerone. Une négresse penche sa face noire au-dessus de mon épaule, tandis que le marmot qu’elle porte derrière elle s'amuse à bourrer de coups de pied le dos du « toubab » (blanc).
Mais une poussée se fait dans la foule, on se range vivement sur les côtés de la rue, des nègres dégagent le passage à grande volée de bâtons, n’épargnant qu’à demi les coups aux récalcitrants.
Voici qu’un petit négrillon tombe, le nez
dans le sable; une femme qui se hâte culbute
COR SE roue mu Ce
à me M
par-dessus, et en une minuteil y a là une douzaine de gens qui grouillent en tas par terre : un tas d'’étoffes aux tons clairs, émaillés de jambes, de têtes, de bras et d’autres choses encore du plus beau noir.
On rit, on crie, on se relève, on se secoue, et le nécrillon cause de tout le mal se sauve en braillant, le visage barbouillé de poussière, mais le nez dûment mouché.
Le motif de tout ce tumulte, c’est un futur circoncis qui s’avance en dansant et gesticu-
outtes, l'air un peu
lant ; 1l sue à grosses © égaré, roulant de grands yeux fous, abruti de fatisue, de chaleur et de cris, absolument hypnotisé et mûr pour le sacrifice.
Un nombreux groupe de jeunes filles ou
femmes suit, battant des mains et chantant;
deux griots précèdent, grassement payés sans
doute, car c'est à plein gosier, les veines du
cou gonflées et tendues comme des cordes,
qu'ils crient d’une voix perçante les louanges
Le groupe passe, la cohue se referme derrière
AU SÉNÉGAL. s7 lui, le balafon reprend le dessus, et cela recommence et continue pendant deux Jours et une nuit.
Le deuxième jour, à cinq heures du soir, Sur les bords de la mer, solennellement et publiquement la cérémonie a lieu.
La foule quitte les rues et envahit la plage. Les marabouts opérateurs se dispersent par groupes; on charge les fusils, et les jeunes gens arrivent, toujours suivis par la troupe des jeunes filles dont les chants redoublent et qui battent des mains avec délire. Un cercle épais de spectateurs entoure le néophyte, on épie sur sa figure le moindre signe de faiblesse.
Nos mœurs de France sont si différentes, que je suis obligé de passer sous silence beaucoup de choses qui font ici les délices des jeunes filles et la joie des mères de famille.
Les coups de fusil éclatent de tous côtés, et chaque groupe se retire comme il était venu, dansant, chantant et claquant des mains.
Pendant ce temps-là, la mer a monté et
envahi peu à peu la plage; les hommes ont
enlevé leurs sandales et retroussé leurs boubous ; de même les femmes; et tout ce mondelà barbote dans l’eau et l’écume des vagues, tandis que, à l'horizon, le soleil se couche et s'enfonce dans la mer en éclairant de grandes lueurs rouges cette scène étrange et biblique.
20 juin. — Il y a à peu près un an et demi que nous avons monté à Kayes, à destination du Soudan, une compagnie d'infanterie de marine et un détachement d'artillerie de marine.
Nous venons maintenant de chercher à Bakel une partie de la colonne qui descend et qui rentre en France, et, par une coïncidence heureuse, ceux que nous avons à bord, au nombre de cent dix, sont précisément ceux que nous avons conduits 1l y a un an.
Hélas! quelle différence entre la troupe d'hommes joyeux et bien portants que nous montions alors et les malheureux soldats d’'aujourd’hui, hâves, pâles, minés par les fièvres, épuisés physiquement et moralement par un
climat épouvantable !
on
Ce ne sont pas cent dix hommes que nous avons à bord, ce sont cent dix malades, et encore, nombreux, trop nombreux sont ceux qui manquent à l'appel et que les balles des nègres et surtout les fièvres et la dysenterie ont couchés sur ce sol maudit de l'Afrique.
Des dix ou douze officiers que nous avions, il y a un an, à notre table du carré, quatre ne sont pas revenus; un autre, un capitaine de la ligne, qui avait permuté pour venir dans la marine, est là, sur le pont; gros, ventru, sanguin, gai et bon enfant 1l était il y a un an; aujourd’hui, il est assis, immobile, dans une chaise, à demi paralysé, bégayant des mots qu'on ne comprend pas, blème et épuisé par la dysenterie : l'intelligence a sombré sous l’ardent soleil d'Afrique; tous les autres sont plus ou moins touchés par les fièvres, la santé ruinée pour de longs mois.
J'ai remarqué, d’ailleurs, que ceux-là étaient le plus éprouvés par le climat, qui, comme le capitaine, quittaient à un âge relativement
avancé le service des garnisons de France pour
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