LE BON VIEUX TEMPS A NEUCHATEL
des spectacles et des distractions pour les femmes. Elles en jouirent jusqu'en 1530, et ne furent pas un des moindres obstacles à l'établissement de la Réforme. Cependant elle eut lieu ; alors tout fut changé et prit la teinte rembrunie des instituteurs du nouveau culte et de leurs préceptes, dépouillés de toute apparence extérieure. Les femmes, privées de ce qui faisait auparavant leurs plaisirs, durent les restreindre à ce qui leur en retraçait l'idée ; elles fréquentaient le service divin; quelque sérieux qu'il fût, il occupait leur âme, et, quant au monde, devenait un point de réunion pour elles qui en avaient peu d'autres; et si dans ces temps de ferveur, jusque bien avant dans le xviii"'*^ siècle, les prédications étaient longues, les femmes les supportaient, parce que la sortie de l'église leur offrait une occasion de conversation.
D'ailleurs, hors des noces, elles avaient peu de moyens ou d'occasions de se voir en société, surtout avec des hommes qui ne leur étaient pas parents.
Lorsqu'il se présentait quelque prétexte pour sortir d'une retraite pénible à endurer, il était saisi avec ardeur; les compHments de félicitations ou de condoléances devenaient des motifs de visites, que l'on négligeait d'autant moins, que l'on aurait craint par le moindre retard de manifester peu d'intérêt pour ceux que l'on visitait.
Dans les circonstances à félicitations, personne ne
se plaignait de cet empressement, lors même que la
conversation générale et bruyante n'aurait pas eu de
rapport aux objets des visites ; il n'en fut pas <le même
dans les cas de deuil. Alors les relations de parenté les plus éloignées étaient recherchées avec soin et donnaient quelquefois lieu à des contestations assez vives pour le rang à observer dans la marche du convoi funèbre, chacun voulant s'approcher le plus du corps insensible du défunt, pour paraître lui* montrer l'intérêt le plus vif. Quelque grande que fût la douleur des parents les plus proches, ils ne pouvaient refuser ces visites, qui enfin devinrent universelles, par la crainte qu'avaient ceux qui ne se seraient pas présentés, dq paraître indifférents, et par le besoin du grand nombre de saisir cette occasion de conversation. ,
Quoique le premier motif de cette attention fût précieux et louable, cependant les suites en devenaient pénibles. Cette affluence de visites et de conversations, souvent longues, ordinairement froides, et dans lesquelles il fallait répéter pour chaque nouvel arrivant les circonstances douloureuses de l'événement qui l'attirait, ne faisait que retourner le poignard dans le cœur saignant d'un époux qui venait de perdre une femme adorée, d'un père pleurant un enfant chéri, d'enfants désolés de la mort d'un père ou d'une mère aimés et vénérés. L'impérieux usage défendait de se refuser à ce concours ; il ne resta donc, pour y mettre des bornes, que l'autorité du magistrat, qui arrêta le l^*" octobre 17 10 : « Que désormais les dames n'iraient plus dans les maisons pour plaindre le deuil, mais que l'on se contenterait de le plaindre devant les maisons. »