LE BON VIEUX TEMPS A KEUCHATEL
Dans les premières années du xviii"* siècle, l'ancienne simplicité des mœurs domestiques s'était encore conservée ; il y avait très peu de dissipation chez les femmes, le jeu leur était inconnu; quelques visites, quelques réunions entre parents faisaient toutes leurs distractions. Laborieuses et économes, ce furent à elles que plusieurs familles durent leur aisance. La prière se faisait en commun par le chef de la famille, et dans les jours de fêtes les soirées se passaient au chant des psaumes, usage qui subsista longtemps. Les domestiques, réduits au nombre nécessaire pour la plus grande utilité, remplissaient leurs devoirs avec ordre et exactitude. Trop occupés au dehors, ils ne contractaient pas les vices de l'oisiveté. Les servantes, travaillant dans la. maison sous les yeux d'une maîtresse qui n'en sortait que rarement, devenaient assidues et laborieuses, et s'accoutumaient à l'ordre, à la propreté et à la vigilance. Les domestiques des deux sexes, traités avec bonté et confiance par leurs maîtres, qui ne les regardaient pas comme des étrangers,, ne s'envisageaient pas non plus comme sans intérêt pour ce qui les concernait, ils s'y attachaient et versaient sur les enfants l'affection qu'ils portaient aux pères et aux mères. Ils quittaient rarement une condition pour d'autres motifs que pour se marier, ou par grande vieillesse.
Les filles, élevées par leurs mères et toujours sous leurs yeux, apprenaient d'elles l'économie, l'ordre, la vigilance, la modestie, l'amour du travail, la propreté et autres vertus qui font prospérer les familles. Assi-
dues à la maison, elles avaient peu d'occasions de sortir, à la réserve de quelques assemblées entre elles ; mais les hommes en étaient exclus, et ne pouvaient les voir et les entretenir que dans les grandes fêtes auxquelles les deux sexes participaient.
Leur éducation était sévère; les mœurs, encore âpres et rudes, ne suggéraient d'autres moyens que la crainte pour se faire obéir des enfants ; on ne connaissait pas la douce communication de la confiance. Il résultait de ce système d'éducation que les mariages étaient plus fréquents; la jeune fille entrevoyait dans cet état une plus grande liberté, tandis que le mari savait que sa femme, loin de lui être à charge, contribuerait, par ce qu'elle avait appris, à faire prospérer ses affaires.
Les jeunes garçons étaient tenus avec une plus grande sévérité encore ; ils devaient être exacts à leurs heures d'instruction, à la fréquentation des services religieux; leurs récréations étaient des jeux d'exercice, qui fortifiaient d'autant plus leur santé qu'elle y était préparée par une nourriture bonne, mais simple et abondante.
Les jeux non militaires avaient lieu dans plusieurs petites propriétés près de la ville, avec cabinet pour se rafraîchir; le billard ne fut en usage que plus tard; mais, insensiblement, les jeux de cartes ont remplacé ceux d'exercice.
Un des effets de l'éducation sévère du temps, de la crainte qu'elle produisait, et de l'esprit religieux que ranimèrent encore les réfugiés français, à la fin du