MŒURS NEUCHATELOISES ET SUISSES I
comte du Luc fut alors alarmé ; mais ayant vu que la vaisselle qui était revenue était bien lavée, il comprit que ces bons Suisses avaient dessein de ne pas lui rendre la vaisselle malpropre. Ils avaient porté ces plats pour en faire part à leurs familles. Effectivement, le lendemain à neuf heures du matin, il ne manqua à l'office pas une pièce de vaisselle, qui se trouva toute bien nette.
Messieurs les plénipotentiaires de Sa Majesté impériale, et les autres représentants des cours d'Allemagne furent d'une surprise sans égale de cet événement, qui mériterait d'être gravé en lettres d'or, à l'honneur de la nation helvétique. Il est vrai qu'à la cour de France, dans des festins de cérémonie, de même qu'à Paris, lorsqu'il y a de grands repas, on demande des soldats suisses au commandant du régiment des Gardes, pour servir et desservir les plats, sans qu'il s'en soit jamais perdu aucun. Ces Suisses sont si exacts entre eux, qu'ils tueraient un de leurs camarades qui aurait volé. Nous sommes tous pêle-mêle dans la maison des bains ^, et la vaisselle d'argent des uns et des autres est maniée par la récureuse de la maison. Nous n'avons pas entendu dire qu'il se fût rien perdu; ainsi nous sommes en sûreté.
^ A Batlen.
Milord Maréchal