J.-J. ROUSSEAU AU VAL-DE-TRAVERS I
Ces bonnes relations durèrent autant que le séjour -du philosophe à Métiers, et lors de sa grande querelle avec M. le pasteur MontmoUin, M. Pury, devenu conseiller d'Etat \ le défendit avec chaleur de son influence et de sa plume. Ce fut encore à Mon-Lesi -que Rousseau rencontra un autre auxiliaire non moins ardent, non moins résolu, Dupeyrou, dont le nom reste honorablement attaché à l'histoire de ses dernières années.
L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux,
mais les grands hommes ont besoin aussi d'être aimés, soutenus, parfois guidés par des hommes simplement honnêtes, sages et bons.
Dupeyrou était de souche périgourdine. Fils d'un conseiller à la cour de justice de Surinam, il avait été élevé avec soin par sa mère, femme distinguée et veuve en secondes noces d'un M. Le Chambrier, de Neuchâtel. Son bon sens froid, son flegme hollandais, finirent par triompher des résistances que Rousseau opposait à SCS politesses.
Dupeyrou ne manquait ni de savoir ni d'esprit, il avait du jugement, du cœur, une belle fortune, et mit tout au service de son ami. Celui-ci le sentait bien. Quand il lui écrit, il est à l'aise, il a de la gaîté, du contentement, de la confiance jusque dans ses boutades. La correspondance publiée contient 92 lettres
' Beaucoup par l'influence de Rousseau.
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adressées àDupeyrou *, et, à part quelques discussions de comptes et d'argent, elles sont toutes du ton le plus cordial, le plus libre, le plus enjoué. Il ne l'appelle que « mon cher hôte, » il s'intéresse à ses affaires, à sa santé, à son bonheur, et il lui donne des conseils ; Dupeyrou est un peu sourd, il a k goutte, il se marie (en 1769) avec la fille du colonel Pury ; il bâtit cette splendide demeure, encore la plus belle de la ville, et qui faisait dire autrefois à un voyageur : « Neuchâtel est situé près de l'hôtel Dupeyrou. » Rousseau s'associe à tous ces soins, prend sa part de tout, non parfois sans se moquer un peu de l'importance que met son ami à des choses secondaires ou inévitables. « Il faut, lui dit-il, opter dans la vie entre être pauvre ou être affairé, trop heureux d'éviter un troisième état que je connais bien : c'est d'être à la fois l'un et l'autre. »
A l'offre d'un logement que lui fait Dupeyrou dans sa maison achevée, Rousseau, piqué d'abord de je ne sais quelle mouche, répond durement :
Grand merci, mon cher hôte, de la subite velléité qui vous prend de m'avoir auprès de vous. J'ai vu le temps que l'exécution de ce projet eût fait le bonheur de ma vie, et si ce temps n'est plus, ce n'est assurément pas ma faute....
Puis, ce mouvement passé, il revient aussitôt à ses bons sentiments d'affection :
' Tout n'est pas publié. La correspondance de Rousseau avec Dupeyrou, déposée à la Bibliothèque de Neucliàtel, contient 131 lettres de Rousseau et 114 de Dupoyrou.