‹ Pages neuchâteloisesChapitre 25 sur 40 · J.-J. ROUSSEAU AU VAL-DE-TRAVERS I · texte numérisé non relu

J.-J. ROUSSEAU AU VAL-DE-TRAVERS I

Tout cela dit, je ne vous dissimulerai point auc j'effacerai difficilement de mes souvenirs la douce idée que je m'étais faite d'achever paisiblement mes jours près de vous. J'avoue même que l'aimable hôtesse que vous m'avez donnée me rend cette idée infiniment plus riante. Si je pouvais lui faire ma cour au point de vous rendre jaloux du pauvre barbon, cela me paraîtrait fort plaisant et surtout fort agréable....

Tout est, jusqu'à la fin, sur ce ton d'intimité et de confiance.

C'est à Dupeyrou, en quittant Môtiers, que Rousseau laissera les matériaux préparés pour une édition générale de ses oeuvres, tous ses papiers et la promesse de lui faire remettre plus tard les Mémoires de sa vie. C'est par les soins de ce dépositaire fidèle, aidé de Moultou, non moins dévoué que lui à la gloire du grand écrivain, que paraîtra à Genève, en 1782, la première édition complète des œuvres de Jean-Jacques Rousseau. Enfin, l'on sait que Dupeyrou légua à la bibliothèque de la ville de Neuchâtel le dépôt qui lui avait été remis

L'humble Val-de-Travers , jusque-là si bien caché dans ses montagnes, obscur, ignoré, fut tout à coup comme illuminé par la présence de ce pauvre homme, condamné, chassé, traqué dans toutes les contrées environnantes. Môtiers attire les pèlerins en foule. On se détourne pour y passer ; on y vient exprès ; les curieux arrivent à la file, isolés ou par groupes, à pied, à cheval, en voiture, par carrossées ; la procession dura

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trois ans. Jamais le vieil Hôtel de Ville des six communts ne. vit et ne reverra autant de voyageurs. C'était une mode, un engouement, une fureur....

A Môtiers, ainsi <jue partout où il a vécu, Rousseau sortait tous les jours, même en hiver, pour peu que te temps et sa santé le permissent, et la belle saison se passait pour lui en excursions de tous tes côtés. Outre celles dont nous allons parler et de fréquents voyages au canton de Vaud, il visitait souvent lord Maréchal, au château de Colombier, M"" de Luze, au Bied, Dupeyrou, à Neuchâtel, le colonel de Purj', à Mon-Lesi. Nous savons qu'il a poussé plusieurs fois jusqu'aux extrémités du pays, à la Perrière, chez le docteur Gagnebin, qu'il allait de son pied léger à Pontarîier, — sept lieues, — et la tradition, qui a laissé son nom à plusieurs chemins et sentiers de la vallée, prouve assez qu'il l'a parcourue assidûment

Cependant, lui-même ne s'arrête jamais à ces souvenirs. Avait-il oublié, en écrivant ses confessions, les journées heureuses employées à recueillir des plantes alpestres au Chasseron, au Creux du Van, sur les bords du Doubs, ou ces lieux qui nous semblent si pittoresques, si grandioses et qui attirent à ta fois les savants et les ignorants, les curieux et les botanistes, lui avaient-ils paru vulgaires et indifférents? Une e est sûre, il les a connus et étudiés, non par de les excursions, mais par des séjours, par des étaements prolongés, expéditions de science, de plail'amitié, auxquelles aucun agrément ne manquait, n'en a rien dit. On comprend moins encore ce

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