DENTELLES ET TOILES PEINTES
naires, dont les fuseaux n'imitent plus que des modèles surannés ^. La mode qui nous a délaissés et l'horlogerie, avec ses gains élevés et faciles, sont les causes actuelles de ce déclin. Tandis qu'ailleurs d'anciens centres de fabrication se sont développés, et que la dentelle occupe encore cinq à six cent mille ouvrières en Europe, dont le gain est évalué en moyenne de dix à quinze centimes par heure, notre canton a presque disparu des grands marchés....
Si les dentelles ont occupé pendant longtemps un nombre d'ouvriers plus considérable que les autres grandes industries, elles n'ont pas eu cependant la même valeur commerciale ; objet de luxe avant tout, elles ne pouvaient prétendre à une égale importance. Les indiennes et les montres, venues après elles, ne tardèrent pas à marcher de pair et à les dépasser.
On connaît le lieu de naissance de la fabrication des toiles peintes dans notre pays; c'est le village du Grand-Chézard, au Val-de-Ruz. Là vivait, au commencement du xviii™^ siècle, la nombreuse famille des Labran, qui, d'après quelques détails des registres de la paroisse de Fontaines, dont dépendaient les villages des Chézard, paraît avoir occupé dans ces localités une position honorable. Une maison du Grand-Chézard porte encore le nom de cette famille, aujourd'hui
^ Ceci était encore vrai en 187 1, date où paraissaient ces pages. Maintenant, la fabrication de la dentelle n'est plus qu'un délassement auquel se livrent quelques dames éprises du pittoresque d'autrefois. Ph.G.
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sans descendants dans notre canton, mais qui a encore ses représentants à Bâle, à Mulhouse et à Berlin. On a gardé au Val-de-Ruz, par tradition, le souvenir d'une blanchisserie, établie entre Saint-Martin et Dombresson, au Pré-Roy er, sur un terrain assez étendu, qui maintenant encore n'est pas labouré, et que recouvrent parfois comme jadis les eaux du Torret. Le 20 mai 1715, la veuve Josué Labran et ses fils obtinrent en amodiation la partie du Pré-Royer aboutissant au Seyon, et c'est là qu'ils entreprirent le blanchiment des toiles. Encouragés et secondés dans leurs projets par le maître-bourgeois Jean- Jacques Deluze, de Neuchâtel, les fils Labran cherchèrent à donner à l'établissement maternel plus de crédit et de chalands, et l'un d'eux se rendit en Allemagne comme simple ouvrier pour y travailler dans diverses fabriques. A son retour, Josué Labran fils reprit ses premiers travaux au Pré- Royer, et rappelant ses souvenirs de voyage, il en profita pour améliorer sa blanchisserie et faire quelques essais de teinture de toiles de coton. Il n'arriva d'abord qu'à les barbouiller grossièrement en bleu, puis il parvint peu à peu à imiter avec plus de succès quelques ouvrages qu'il avait vu faire à l'étranger. Les dessins se faisaient à la main, d'abord pour de simples mouchoirs qui se vendaient au marché du jeudi à Neuchâtel, puis pour des pièces entières, dont le débit fut prompt et la demande toujours plus grande.
Jean-Jacques Deluze, après avoir suivi de près ces premiers commencements, établit lui-même une ma-
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