‹ Pages neuchâteloisesChapitre 32 sur 40 · LES NEUCHATELOIS JUGÉS PAR M"^*^ DE CHARRIÈRE · texte numérisé non relu

LES NEUCHATELOIS JUGÉS PAR M"^*^ DE CHARRIÈRE

t'expliquer ce que c'est, et je t'ennuierais autant que l'on m'a ennuyé. Il suffit de te dire que la moitié du pays trouve trop haut ce que l'autre trouve trop bas, selon l'intérêt que chacun peut y avoir; et aujourd'hui on a discuté la chose à neuf, quoiqu'elle soit décidée depuis trois semaines. Pour moi, si je fais mon métier de gagner de l'argent, je tâcherai de n'entretenir personne du vif intérêt que j'aurais d'y réussir; car c'est un dégoûtant entretien ....

'^iBr^^

Les Lettres neuchâtehises

jugées par

LE PASTEUR ChAILLET

Quand parurent sans nom d'auteur, au commencement de 1784, les Lettres neuchâtehises de Madame de Charrière, cette gaie et inoft'ensive peinture de nos moeurs excita à Neuchâtel une indignation comique. Le ministre Chaiiiet, pasteur-sufFragant à Colombier, fort lié avec l'auteur des Lettres, était alors rédacteur du Journal helvétique. Il hésita un peu, semble-t-il, à mettre le doigt entre l'arbre et l'écorce; mais il prit enfm son parti et écrivit, en faveur du petit roman de son amie, le spirituel plaidoyer qu'on va lire et dont un juge illustre, Sainte-Beuve, a admiré la verve. Nous le reproduisons en l'allégeant de quelques citations et développements. Il se trouve dans le numéro du 15 juin 1784 du Journal helvétique, ou Mercure suisse, qui pour lors s'intitulait Nouveau jouriml de littérature et de politique de l'Europe et surtout de la Suisse et était édité chez Heubach^ à Lausanne. — Rappelons que Henri-David Chaiiiet, né en 175 1 à la Brévine, où son père était pasteur, fut pasteur lui-même et exerça le ministère à Neuchâtel de 1789 à 1806. Il mourut dans la retraite, à Auvernier, en 1823. Le «grand Chaiiiet, » ainsi qu'on l'a surnommé, fut un des esprits les plus originaux que notre pays ait produits. Ses jugements littéraires annoncent une indépendance et une hardiesse de pensée qui font de lui le critique le plus remarquable qu'ait possédé la Suisse française à la fin du xviii'"^" siècle.

LES LETTRES NEUCHATELOISES 23 I

.... Les pauvres Lettres neuchâteloises! Comme elks ont été prises de travers, diversement jugées, censurées avec gravité, blâmées avec aigreur, critiquées avec prétention.

Nous avons commencé par les trouver assez plates; puis, quand nous avons cru connaître l'auteur, nous avons fini par les trouver bien méchantes. Et je vous assure qu'elles ne sont pourtant ni méchantes ni plates.

Leur procès me paraît plus que suffisamment instruit, et je vais essayer d'en porter une sentence équitable.... Je m'attends bien toutefois qu'on ne la trouvera pas telle.

« Nous ne sommes pas méchants, mais nous som- « jTies fins, et nous nous en piquons : chacun se hâte « de soupçonner et de deviner, de peur d'être prévenu « par quelque autre. » — Cette observation très juste et très fine de l'auteur a été confirmée par tous nos raisonnements sur son petit ouvrage.

Quand il nous est parvenu, notre premier soin a été de deviner qui pouvait l'avoir fait, et nos soupçons tombaient sur quelqu'un des Genevois de la dispersion ^ ; car un Neuchâtelois ne fait pas des Hvres. . . .

Je commence à soupçonner (car ce n'est pas pour rien que je suis Neuchâtelois) qu'on ne s'enquiert si

* Il s'agit ici des Genevois, membres du parti des Représentants, qui, à la suite de la victoire des Négatifs, en 1782, ne voulurent pas se soumettre à la constitution que ceux-ci donnèrent à la République de Genève sous le nom d'Edit de pacification, et préférèrent s'exiler. Plusieurs d'entre eux vinrent dans notre pays attendre des jours meilleurs.

Ph. G.

curieusement du nom de l'auteur que pour juger ensuite plus commodément de l'ouvrage. Vous, voyez bien, en effet, que s'il est de Voltaire, il sera joli; si de Rousseau, plein de chaleur; si de Montesquieu, profond; si de l'abbé Raynal, éloquent. La méthode est abrégée et facile. Beaucoup de gens n'en ont point d'autre, et ne s'en doutent pas....

Et nous autres, qui croyons juger plus pertinemment, pensons-nous que le nom de l'auteur n'influe point sur notre jugement?

Ne sachant donc encore à qui nous en prendre de la brochure en question, nous ne savions trop qu'en penser et qu'en dire

Les Lettres neuchâteloises, il est vrai, ne sont pas trop faites pour soutenir le grand jour de l'impression; elles y perdent. Cela n'est pas assez plein, pas assez ferme, pas assez nourri.

Mais aussi, pourquoi en juger comme d'un livre? Ce n'en est point un. C'est la correspondance de deux jeunes gens. Ne perdez pas cela de vue. Vous jugerez absurdement, tant que vous n'aurez pas l'esprit de vous prêter à cette supposition fondamentale....

Quant aux allusions, que nous n'avons pas manqué de chercher dans ces Lettres, parce qu'en n'y en cherchant point nous aurions craint d'être pris pour dupes, notre goût pour deviner nous a fait illusion, et nous avons été les dupes de notre finesse. Qui est Monsieur de la Prise? Et Madame? Et Mademoiselle? Et ces deux comtes? Et le caustique?... C'est sûrement.... Non, en vérité, ce n'est personne. Et comment, dites-moi,

LES LETTRES NEUCHATELOISES 233

subtils devineurs, vous est -il venu dans l'esprit un instant que Mademoiselle de la Prise pût être une Neuchâteloise ? Elle! une étourdie comme elle! Oh, non ! Je ne la reconnais point pour ma compatriote. . . .

Ce livre n'est qu'une bagatelle, assurément. Mais c'est une très jolie bagatelle. Mais il y a de la facilité, de la rapidité dans le style, des choses qui font tableau, des observations justes, des idées qui restent. Mais il y a dans les caractères cet heureux mélange de faiblesse et d'honnêteté, de bonté et de fougue, d'écarts et de générosité, qui les rend à la fois attachants et vrais; il y a une sorte de courage d'esprit dans tout ce qu'ils font qui les fait ressortir; et je soutiens qu'avec une âme commune on ne les eût point inventés. Mais il y a une très grande vérité de sentiment : toutes les fois qu'un mot de sentiment est là, c'est sans effort, sans apprêt; c'est ce débordement si rare qui fait sentir qu'il ne vient que de la plénitude du cœur, dont il sort et coule avec facilité, sans avoir rien de recherché, de contraint, d'affecté ni d'enflé.. .

.... J'aime l'idée de faire des Lettres neuchâteloises, je veux dire, de fixer le lieu de la scène, de le choisir nouveau, et d'y approprier si bien tout ce qu'on dit, que l'on se reconnaisse à chaque page, ce qui répand jusque sur les moindres choses un grand air d'intérêt et de vérité. Elle est très heureuse, et même féconde, cette idée; je voudrais l'avoir eue; j'en suis jaloux.

Parlons maintenant de leur méchanceté. De leur méchanceté! Eh! c'est une critique bienveillante, qui ne tombe que sur des choses légères, qui nous accorde

ojjjiciositéj sociabilité, charitéj talents.... Que voulez-vous de plus ?

On dit, il est vrai, que nous n'avons pas trop de lumières, que nous ne connaissons guère les grandes passions.... Mais, par hasard, y prétendrions-nous?

Encore tout cela n'est-il que le propos d'un certain caustique, qu'on donne pour exagérateur.

On rit un peu de notre train de vendange, de nos conversations sur la vente^ de ce que le même nom est commun à un conseiller d'Etat et à un pâtissier; on en rit, mais sans humeur, sans âcreté, sans aigreur. Pourquoi cela nous filche-t-il? Quel tort cela nous tait-il?

« Mais qu'avait-on besoin de relever tout cela? » — Et qu'était-il besoin de n'en rien dire? Qui savait que ces remarques légères pussent être offensantes? Qui se doutait que ces minuties fussent si sacrées? Heureuse la nation dont il n'y aurait rien de pis à dire !

« Eh ! pourquoi parler de nous ?» — Eh ! pourquoi non, vous dis-je?... Quand on a de l'esprit, de la vivacité, de la franchise, de la gaîté, et je ne sais quel courage; quand, avec cela, on se sent bien disposé à l'égard de ceux dont on parle, on croit pouvoir se laisser aller, dire tout ce qu'on pense. On se trompe : avec ce caractère on passera presque toujours pour méchant. Aussi, quand on me dit que quelqu'un est méchant, je n'en crois rien pour l'ordinaire; et cela me donne plutôt bonne opinion de son esprit, de l'énergie et de la vérité de son caractère, que mauvaise opinion de son cœur.

LES LETTRES NEUCHATELOISES 235

Nous nous sommes donc fâchés ; et si bien (ce qui m'a paru fort plaisant) que des vers gracieux, et même flatteurs pour nous, placés par l'auteur à la suite d'une seconde édition, ont été mal pris, et regardés comme une ironie.... Est-il donc si clair qu'on ne puisse rien nous dire d'obligeant que dans le but de se moquer de nous?

Un petit conte pour finir. J'ai lu quelque part qu'un Anglais ayant écrit sur le gouvernement du Danemark, l'ambassadeur danois reçut ordre de demander que l'indiscret écrivain lui fût livré. « Je n'ai pas ce pouvoir, répondit Georges II; mais je vous promets de dire cela à l'auteur : il pourra faire usage de ce trait dans une seconde édition. » — Mes chers compatriotes, ne nous mettons pas en colère à la danoise ! . . .

David de Purrv

par

Frédéric Brandt

L'auteur de la Notice sur la vie de M. le baron David de Purry, publiée en 1826 (Neuchâtel, Wolfrath) est Frédéric Brandt, membre du Conseil de ville, né en 1768, mort en 1837. Il n'a pas joué d'ailleurs un rôle considérable dans notre vie littéraire. « Un Neuchâtelois ne fait pas des livres, » disait plaisamment le ministre Chaillet en 1784. Il faut croire qu'il en était encore un peu de même en 1826, puisque Frédéric Brandt, pour avoir publié la biographie de David Purry, resta connu dans notre petite ville sous le sobriquet admiratif de Brandt-Brochure. Aux passages que nous avons extraits de son récit, nous avons ajouté quelques pages de la correspondance de Purry, qui fait suite au récit de sa vie. Rien n'est plus touchant que la sollicitude de ce généreux citoyen pour sa ville natale, qu'il ne cessa de combler de ses dons, en attendant de l'instituer héritière de sa fortune. — Après avoir raconté sommairement la vie de J.-P. Purry, père de David, qui s'en alla fonder une colonie dans la Caroline et y mourut, Brandt continue par les pages qu'on va lire.

^me Purry, née Chaillet, femme d'un grand mérite, se trouva, par suite de l'expatriation de son mari, chargée du soin de sa jeune famille; elle redoubla de

DAVID DE PURRY 257

courage, et fit tout ce qui dépendait d'elle pour inculquer à ses enfants les principes les meilleurs et les plus purs, et les mettre ainsi à même de parcourir une carrière honorable. Dès que David, son second fils, eut atteint l'âge d'adolescence, elle le destina au commerce, vocation pour laquelle il avait un goût prononcé. Elle réussit à le placer dans la maison de M. Isaac Tarteiron, de Marseille, et eut recours, pour subvenir aux frais d'entretien des quatre années de son apprentissage, à une nouvelle souscription au moyen de laquelle ce jeune homme put disposer à Marseille de ce qui lui était absolument nécessaire. On pourra se faire une idée de l'économie avec laquelle il usa de ce crédit, quand on saura que, pendant ces quatre années, il se borna à disposer de la modique somme de sept cents livres de France.

Muni d'un léger bagage, il s'achemine à pied à sa destination, accompagné jusqu'à Genève du vigneron Pierre Godet, dont le nom n'est jamais sorti de sa mémoire reconnaissante. Il se conduisit à Marseille d'une manière très recommandable, et déploya des talents si distingués, qu'il obtint toute la confiance et l'attachement de son patron.

A l'expiration de ses engagements, M. Tarteiron lui procura une place avantageuse à Londres, et lui fit l'avance pour ses frais de voyage d'une somme de trois cents livres de France, dont il ne tarda pas à être remboursé par M. Purry.

La maison de Londres dans laquelle il avait été placé, ne tarda pas à apprécier le talent dont la nature

avait doué ce jeune homme, et surtout ce tact remarquable et sûr, qui lui faisait juger d'un coup d'œil du prix du diamant : elle le fit partir pour Lisbonne, où bientôt il commença l'édifice de sa fortune. Il y arriva en 1736....

Les premiers succès de M. Purry furent encourageants, et ses livres prouvent que chaque année il avait sa part de très beaux bénéfices. Il n'avait rien lorsqu'il arriva en Portugal, et en 1744 il possédait déjà un très joH capital. On voit par sa correspondance que souvent il manifestait le désir de revoir sa patrie, pour laquelle il conservait des sentiments qui jamais ne se sont démentis. Il réalisa ce projet en 1755, mais il n'eut pas la satisfaction d'embrasser sa respectable mère, dont la Providence avait disposé déjà en 1745; il retrouva une sœur chérie, sur laquelle il reporta toutes ses affections. Son séjour à Neuchâtel fut très court, mais il y puisa cet amour ardent pour sa patrie, auquel nous devons tout ce qu'il a fait pour elle. Il repartit promptement pour Londres, où des affaires importantes l'appelaient, et où il fut à la veille de contracter une alliance des plus brillantes, tant sous le rapport de la naissance que sous celui de la fortune.

Il se croyait au moment de conclure, lorsqu'on reçut à Londres la nouvelle de l'aft'reux désastre de Lisbonne ; toutes ses espérances furent détruites et sts projets prirent un autre cours. Il quitte Londres pour aller réparer les pertes énormes qu'il vient d'essuyer, mais, les vents contrariant son départ, il va de port en port, erre longtemps sur le sol de l'Angleterre, et

DAVID DE PURRY 239

ne peut toucher à Lisbonne qu'à la fin du mois de février 1756, dans un état de maladie qui l'empêche pendant quelques jours de rejoindre ses amis.

Cette année 1755 fut bien remarquable pour M. Purry : il jouissait alors d'une belle fortune, il réalise un projet auquel il tenait beaucoup, celui de revoir sa patrie, sa famille, ses amis; tout semble lui sourire, il revient à Londres, s'y prépare un accroissement de bonheur.... En novembre, un épouvantable tremblement de terre écrase Lisbonne, le mariage est rompu, et M. Purry se trouve réduit pour toute fortune à un capital de cinquante-et-une mille livres de France. Ces coups redoublés, bien loin de l'abattre, donnent un nouvel essor à son courage, et ses travaux sont couronnés d'un tel succès, que, trois ans après, sa fortune ne se ressentait déjà plus de ce terrible événement....

Il avait tellement à cœur le bien de sa patrie, qu'il ne laissait échapper aucune occasion de lui en donner des preuves.... C'est surtout depuis l'année 1 778 qu'il verse à pleines mains ses bienfaits sur sa patrie; il semble avoir Neuchâtel sous les yeux et ne s'occuper que de son bonheur; hôpital, hôtel de ville, établissements d'éducation, promenades, fontaines, chemins pubHcs, il passe tout en revue, et paraît toujours disposé à fournir les sommes les plus considérables, à la seule condition qu'on ignore qu'elles viennent de lui.

A en juger par la quantité de billets de loterie qu'il prenait à Neuchâtel, on aurait pu lui supposer ce goût ruineux, mais combien l'on se serait trompé ! Son but

unique était défavoriser un établissement pieux, et pas un denier ne retournait à Lisbonne, tout restait à Neuchâtel, tout y était distribué à ses parents, à ses amis, aux indigents

Voici un trait caractéristique qui prouve sa loyauté et son inébranlable fermeté : j'en dois la connaissance à M. Louis de Meuron, commandant et châtelain du Landeron, qui m'en a garanti la vérité.

Lors de la conspiration tramée contre la vie de Joseph P^ roi de Portugal, il fut décidé que les Jésuites seraient expulsés du royaume. Le marquis de Pombal, ministre du roi et grand protecteur de M. Purry, prit si bien ses mesures et le secret fut si bien gardé, que ces Pères n'apprirent le sort qui leur était réservé, qu'au moment même où ils reçurent l'ordre de partir et d'aller s'embarquer sur le vaisseau qui était tout préparé sur le Tage. Le supérieur de cette célèbre et redoutable compagnie avait en mains une somme très considérable, dont le gouvernement avait le droit de s'emparer, puisque tous leurs biens avaient été déclarés confisqués. Il ne savait quel parti prendre pour sauver cette valeur, et se décide enfin à se rendre chez M. Purry : « Monsieur, lui dit-il, vous êtes un honnête homme, j'ai toute confiance en vous; voici un dépôt considérable, qui appartient à notre ordre malheureux, je le confie à votre honneur, l'acceptez-vous? » M. Purry réfléchit un moment; il comprend la délicatesse de sa position ; mais il passe sur toute considération.... « Mon Père, lui répond-il, je conçois votre embarras, le mien n'est pas moins

DAVID DE PURRY 24 I

grand ; j'accepte néanmoins votre dépôt, et quoi qu'il puisse m'en arriver, il ne sera rendu qu'à la personne que vous m'indiquerez, ou qui m'en produira un ordre de votre part. » Quelques jours après, et lorsque les Jésuites étaient déjà hors du royaume, le marquis de Pombal eut vent de la chose; il mande incontinent M. Purry.

— Vous avez reçu, dit-on, un dépôt considérable des Jésuites ?

— Rien de plus vrai, V. E.

— Vous allez le faire transporter à la trésorerie ; tous leurs biens ont été confisqués, et cet argent est dévolu à la couronne.

— Je prie V. E. de me pardonner, et d'observer que cet argent est un dépôt, et qu'il est sacré pour moi; j'ai solennellement promis au Père qui a eu confiance en moi, que quoi qu'il pût m'arriver, je ne le rendrai qu'à lui, ou à des gens délégués de sa part.

— Mais, Monsieur, vous oubliez.... Si le roi l'ordonne ?

— Je sens, répond M. Purry, avec ce calme et cette fermeté de l'honnête homme, que je. m'expose beaucoup ; je puis perdre la faveur de V. E. , les bonnes grâces de S. M., et peut-être m'attirer une punition plus grave encore; mais fort de ma conscience, que je dois seule reconnaître pour juge dans cette circonstance, je ne puis, je ne dois manquer à la foi promise.

Le ministre, irrité de cette résistance, se fâche, menace, et quitte brusquement M. Purry, qui s'attend à chaque instant à être arrêté; mais M. de Pombal affile

chait plus de courroux qu'il n'en avait etiectivement : il ne peut s'empêcher d'admirer le courage avec lequel cet honnête homme sacrifie tout à ses devoirs. Le dépôt, quelque temps après, fut livré au ministre, mais il ne le fut que d'après l'ordre précis du Père qui l'avait confié, et qui, informé de ce qui s'était passé, fit des conditions honorables pour l'ordre, et qui furent religieusement observées par M. de Pombal.

Page 1