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d'assurance contre les incendies, la fondation d'une maison de travail pour les pauvres, l'introduction des exercices gymnastiques dans les écoles publiques.
Mais l'institution la plus importante dont nous soyons redevables à cette so'ciété est sans contredit celle de la Caisse d'épargne. Comme M. Coulon y a eu une grande part et n'a pas cessé jusqu'à son dernier moment de s'en occuper avec un zèle et un désintéressement sans pareil, il convient de nous y arrêter un peu.
C'est à Berne qu'appartient l'honneur d'avoir fondé la première caisse d'épargne de l'Europe, en 1787 ; mais cette caisse, connue sous le nom de caisse des domestiques, n'était, comme son nom l'indique, destinée qu'à une seule classe d'individus. Le gouvernement lui avançait 6o,000 francs sans intérêt et en nommait les administrateurs. Cette belle institution fut imitée quelques années plus tard par la ville de Bâle qui, voulant améliorer ce qui avait été fait à Berne, étendit à tous les habitants le bienfait de sa caisse d'épargne. Dans les dernières années du siècle, on vit en Angleterre des essais d'établissement du même genre. Dès l'année 1801, la Société d'Emulation patriotique avait formé le dessein de doter notre pays d'une fondation pareille; un projet avait été élaboré, mais on dut y renoncer, parce que l'on ne put obtenir le concours de la Bourgeoisie de Neuchâtel sur laquelle on avait compté.
Dix ans plus tard, la Société du Jeudi reprit ce projet, et grâce au zèle et à la persévérance de M. Coulon
et de quelques autres personnes^, Neuchâtel eut en 1812 une Caisse d'épargne, à peu près semblable à celles qui se formaient à la même époque dans divers autres Etats de la Suisse, mais qui s'en distinguait pourtant par divers avantages dans son organisation, entre autres par l'institution de receveurs dans chaque commune. Depuis ce moment et jusqu'à cette année, M. Coulon a été l'âme de ce grand établissement; pendant près de trente ans il en a été à la fois le directeur et le teneur de livres, remplissant gratuitement cette double fonction. Son intelligence des spéculations commerciales, qu'il dédaignait de faire servir à l'accroissement de sa propre fortune, a fait réaliser à notre Caisse d'épargne des bénéfices considérables; elle a pu traverser sans s'en ressentir les crises financières de ces dernières années, et elle administre aujourd'hui un capital de dix millions ^.
Un homme moins actif que M. Coulon aurait cru avoir assez fait pour sa patrie, en l'ayant enrichie d'une telle institution et en se chargeant presque seul des soucis et des fatigues d'une gestion si considérable. Mais M. Coulon, sans rien dérober aux soins qu'il consacrait à la Caisse d'épargne, trouvait moyen de s'occuper encore d'une foule d'autres œuvres utiles, et poursuivait entre autres avec un intérêt tout parti-
^ Parmi lesquelles il faut nommer au premier rang M. Frédéric de Chambrier, plus tard président du Conseil d'Etat. Ph. G.
- Nous rappelons que ces pages ont été écrites en 1855. Ph. G.
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culier le projet de faire avancer dans notre patrie l'étude des sciences et des arts. En 1815, il conçut avec M. le baron de Buren, de Vaumarcus, comme lui botaniste et dévoué comme lui à toute bonne œuvre, l'idée d'une Société pour l'avancement des études dans la principauté de Neuchâtel, L'hôtel Dupeyrou, alors appelé hôtel du Prince, aurait été érigé en musée national; on aurait formé des collections d'histoire naturelle et d'objets d'art; le beau jardin de l'hôtel serait devenu un jardin botanique. Malheureusement le moment était peu propice à une fondation de ce genre : les charges extraordinaires qui pesaient alors sur Neuchâtel par suite de la guerre ne permirent pas de réaliser ce projet, pour lequel MM. Coulon et de Buren avaient cependant déjà réuni L. 25,000. Mais M. Coulon ne se découragea point, et il a eu la satisfaction de réaliser plus tard la plupart des projets qu'il formait alors pour l'avancement des études. Se trouvant à Nice en 18 18, avec sa femme déjà malade et qu'il devait avoir la douleur de perdre peu d'années après, il y retrouva son ami M. de Buren, et se livra avec lui à son goût pour l'histoire naturelle ; ils herborisèrent souvent ensemble. M. Coulon commença à former une collection de coquilles, de crustacés, de poissons et d'autres animaux, qu'il avait appris à préparer lui-même et qui furent la base de notre musée actuel. Dans toutes les collections qu'il faisait, il n'avait en vue que le plaisir d'en faire hommage à sa patrie. Il ne cessa jamais d'enrichir de ses dons le musée d'histoire naturelle. En 184O il donna à la ville
de Neuchâtel une riche collection de médailles, de cartes géographiques et de livres précieux, amassés pendant de longues années.
Lorsque la Société neuchâteloise des sciences naturelles se constitua, en 1832, on lui en déféra la présidence. M. Louis Coulon père, — comme on l'appelait ordinairement pour le distinguer d'un fils que son patriotisme autant que son nom eût aisément fait confondre avec lui, — remplit ces fonctions pendant plusieurs années; les séances avaient lieu dans son salon. Lorsque plus tard il se démit de la présidence, il voulut bien se charger des fonctions de caissier. La Société était alors engagée dans des frais considérables : le caissier, sans en faire bruit, avançait de ses propres fonds les sommes nécessaires, souvent assez fortes, et les comptes se bouclaient toujours d'une façon satisfaisante.
C'est à M. Coulon que les habitants de Neuchâtel doivent l'arrangement du Jardin du Prince, qui malheureusement a été un peu négligé depuis ; le dessin et l'exécution d'une partie de la promenade du Faubourg, la distribution de l'eau de l'Ecluse dans les fontaines, et plusieurs autres travaux d'édilité qu'il fit exécuter pendant qu'il était membre des Conseils de la ville. En 1822 il s'employa avec un zèle extrême à faire décréter la route neuve qui conduit à Neuchâtel du côté de l'Ouest, et qui a pris dès lors tant d'importance qu'elle est maintenant l'une des deux seules grandes routes par lesquelles on arrive dans notre
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ville ^ Ce projet rencontrait beaucoup d'obstacles et de contradicteurs, mais M. Coulon se donna tant de peine à recueillir des souscriptions, fit tant de démarches pour persuader les uns et pour stimuler les autres, qu'il vint à bout de son dessein.
Ayant de quitter M. Coulon comme homme
public, nous devons rapporter un trait qui achèvera de le faire connaître, et qui montrera avec quelle présence d'esprit et de cœur il savait se décider sans balancer, quand il s'agissait du bien de son pays. On sait qu'en 1847, Neuchâtel, ayant refusé de fournir son contingent à l'armée fédérale pour marcher contre le Sonderbund, fut, après la guerre, condamné par la Diète à une contribution de 300,000 livres. Cette somme devait être payée le 20 décembre au plus tard. Le Conseil d'Etat de Neuchâtel envoya M. Coulon à Berne pour régler cette affaire. M. Coulon se présenta au jour fatal, et offrit de la part du gouvernement neuchâtelois de remettre au Directoire des créances hypothécaires d'une valeur égale à la somme demandée. Les créances ayant été examinées ne furent pas jugées acceptables par le caissier de la Confédération, et sur son rapport le Directoire refusa de les admettre. On pouvait en appeler à la Diète, mais la Diète pouvait refuser le délai que l'Etat de Neuchâtel demandait pour s'acquitter en espèces, et le Directoire menaçait de faire en attendant occuper militairement le canton.
* La route de l'Ecluse n'existait pas encore en i8')5. Ph. G.
M. Coulon ne voulut pas laisser son pays exposé à cette humiliation, il n'hésita pas un instant, négocia des valeurs qui lui appartenaient, et remit le jour même au Directoire, en écus sonnants, la somme de L. 300,000 (fr. 435,000).
Le 1" mars 1848, pendant que le gouvernement provisoire était occupé à s'installer au château de Neuchâtel, la première personne qui se présenta à la porte, demandant à être introduite, était M. Louis Coulon père. On le fit entrer, non sans se demander avec quelque surprise quel pouvait être dans un pareil moment l'objet d'une visite si empressée. M. Coulon n'apportait ni adhésion ni protestation. « Je viens vous prier. Messieurs, dit-il aux membres du nouveau gouvernement, de faire placer un factionnaire à la porte de la Caisse d'épargne. La Caisse d'épargne est la fortune des pauvres, il importe, quoi qu'il arrive, qu'elle n'ait aucun danger à courir. »
Après la Révolution, M. Coulon continua, malgré son grand âge, à s'occuper avec la même activité de tout ce qui pouvait être utile à son pays. La maison de santé de Préfargier qui se fondait alors, le comptait au nombre de ses administrateurs, et il déployait dans ces fonctions-là le même zèle et la même intelligence que dans toutes les autres. Il assistait régulièrement aussi aux séances de la commission de la Bibliothèque publique, dont il était membre depuis longtemps. Il y arrivait rarement les mains vides : il avait toujours sous son manteau quelque Hvre ou manuscrit précieux qu'il apportait en don à la Bibliothèque. Nous avons
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remarqué que quand il avait quelque présent à faire, il arrivait avant l'heure afin de n'avoir pas de témoins de sa générosité.
Atteint l'automne dernier de la maladie qui devait nous l'enlever, il vit venir la mort non seulement avec calme, mais avec la joie d'un chrétien : il sut oublier tout le bien qu'il avait fait pour ne laisser reposer son espérance que sur la miséricorde divine. Il ne cessa pas de travailler aux choses qui l'avaient occupé pendant toute sa vie et voulut mourir à l'œuvre. La dernière fois qu'il sortit de chez lui, ce fut pour aller présider la Direction de la Caisse d'épargne. Peu de jours après, on lui apporta le compte annuel de cet établissement, qu'il signa d'une main défaillante. Le lendemain il expira. C'était le 22 mars 1855.
Après avoir montré tout ce qu'a fait M. Coulon, il peut paraître superflu de parler encore de sa passion pour le travail. Disons cependant qu'après avoir occupé sa journée aux affaires, il passait encore une partie de la nuit à transcrire des manuscrits dont il désirait enrichir la Bibliothèque publique. La Bibliothèque de Neuchâtel possède plusieurs volumes in-folio copiés de sa main.
Il n'y a pas très longtemps qu'un de nos amis priait M. Coulon de lui prêter l'ouvrage de Goldfuss sur les fossiles d'Allemagne. M. Coulon promit de le lui envoyer. Comme on continuait à parler de cet ouvrage, notre ami se plaignit que l'auteur n'eût pas songé à le faire suivre d'une table des matières, ce qui, disait-il, aurait évité une grande perte de temps à ceux qui le
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consultent. Le lendemain, M. Coulon lui envoya le livre de Goldfuss, accompagné d'une table analytique qu'il avait rédigée pendant la nuit.
Sa munificence était extrême : il avait une foule de protégés qu'il assistait avec une incomparable générosité ; il subvenait aux frais d'apprentissage d'un grand nombre de jeunes gens pauvres, leur procurait des places et se chargeait de leurs trousseaux. Il y avait, dans sa manière d'obliger, de la grandeur, de la délicatesse, de la grâce, et surtout de la simplicité. Son seul luxe était la bienfaisance. Prodigue pour les autres, il n'avait aucun besoin pour lui-même, il était sobre à l'excès, ennemi de toute espèce de faste et de vaine gloire. Sa fortune ne fut jamais pour lui une source de tentations, il n'y vit au contraire qu'un moyen de faire le bien. En contemplant la vie de cet homme excellent, nous ne pouvons nous empêcher de nous rappeler ce beau mot de Fénelon, que nous voudrions voir gravé sur sa tombe :
// n'yj a que les grands cœurs qui sachent combien il y a de gloire à être bon.
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Croyances populaires à la Béroche
par
Fritz Chabloz
Dans son livre si intéressant sur les Sorcières neiichdteloises , publié en 1868 (J. Attinger), M. Fritz Chabloz a consacré un chapitre aux Dieux domestiques enfantés par l'imagination populaire. Nous en détachons les pages suivantes, où l'on voit défiler le luton, le manaû, le niton, les foîîatons, êtres noystérieux auxquels tout le monde, dit-on, n'a pas cessé de croire et qui ont conservé leur popularité en quelques coins de la vieille Béroche.
Encore aujourd'hui, dans les campagnes, le luton est celui qui punit l'homme maltraitant les animaux : un beau jour il fait prendre le mors aux dents à un cheval, qui tue son maître, ou bien il le fait tomber sous les bœufs et le char lui passe sur le corps.
Le manaû est le génie des fontaines et des cours d'eau ; il se venge de celui qui trouble et empoisonne les sources (crime commun au moyen âge, prétendait-on). Les bonnes et les nourrices l'appellent à leur aide quand leurs babys font les méchants.
Le niion préside au repos; une tradition nous a
conservé l'une de ses plus charmantes métamorphoses : un habitant de La Coudre ayant appris que le niton lui rendait visite la nuit, réussit à fermer l'ouverture par où il entrait; devinez sa joie lorsqu'il aperçut, assise au cachet du fornet, une délicieuse petite femme, toute rougissante et confuse, qui, les yeux en larmes, lui demanda pardon et consentit à l'épouser ; elle lui donna trois beaux enfants, puis elle disparut; on ne l'a jamais revue....
La rôde est une bonne déesse qui préside à la première nuit de l'année druidique, c'est-à-dire à la nuit du solstice d'hiver. Elle est accompagnée d'un âne qui porte les cadeaux que la rôde distribue aux enfants obéissants et travailleurs. C'est par la cheminée qu'elle descend, et beaucoup d'enfants, la veille de la venue de la bonne rôde , déposent sous la cheminée l'avoine ou le foin que doit manger l'âne aux allures fantastiques.
Le souvenir de plusieurs foUatons. est resté dans les populations de la Béroche, cette partie du pays qui a gardé le mieux les traditions des vieux âges; nous avons entendu nous-même raconter les faits et gestes du foUaton du mouHn de Saint- Aubin ; plusieurs autres maisons sont encore placées par le peuple sous une protection mystérieuse
Les croyances populaires de la Béroche ont conservé avec assez de détails le souvenir du follaton ou foulaton du château de Vauxmarcus.
Ce follaton est donc un esprit familier, un esprit avec le sexe de la femme. Comme le seigneur du ma-