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CROYANCES POPULAIRES A LA BEROCHE

noir, il exige une dîme ; il veut les primeurs, le meilleur et le plus beau. C'est pour lui que toujours doit être le preniier morceau de la fournée de pain, le premier fruit cueilli sur le grand poirier ou le grand pommier du verger, le premier œuf pondu avant Pâques, etc. Sinon il joue de méchants tours ; ainsi, dans ses courses nocturnes (car il n'est jamais en repos), c'est lui qui s'amuse à faire tinter la cloche du château, à faire grincer les girouettes, à faire trembler soudain les feuilles du lierre qui grimpe aux murs des tours ; parfois, au lieu de veiller à ce que le poil du bétail reluise bien, il met deux bœufs dans le même lien : alors le maître de la maison seul a le pouvoir de faire que tout rentre dans l'ordre, en touchant trois fois les bœufs avec le balai d'écurie.

Le follaton surveille avec un soin jaloux le bien de la maison; la tradition cite plusieurs faits aussi anciens que vrais, qui prouvent sa rigidité en cette matière. Qui n'a entendu parler, à la Béroche, de cette jeune servante envoyée au grenier pour y prendre des noix, qui, une fois son panier rempli, voulut remettre la main dans l'arche à serrer le fruit ? Le malin follet lui fit perdre aussitôt Péquilibre , elle resta là, tête dans les noix, cotillons troussés, jusqu'à ce qu'advint le seigneur, qui retira la pauvre fille demi-morte de frayeur et de honte : lors elle cuydoit oyr aulcuns s'esjoyr^ ains ne veyoil rien! Qui n'a ouï raconter la terrible aventure de cette femme de Vauxmarcus qui avait la mauvaise habitude d'enlever une partie des œufs du poulailler du château ? Le foulaton ordinairement se contente de

faire venir les doigts longs à ceux qui se permettent des soustractions de ce genre; cette fois il souffla sur les mains de la voleuse : les mains enflèrent et se couvrirent d'ulcères; l'enflure gagna les bras, puis le corps, et finalement la pauvre femme mourut dans d'atroces douleurs.

Une autre fois, l'un des valets, pressé par la soif et peut-être aussi par le désir de lier connaissance intime avec les gouttes d'or du baron, voulut descendre aux caves ; trois fois il se trouva au pied du vieil escalier qui y conduit, trois fois un souffle chassé par le follaton lui éteignit sa lampe ; mais prenant son courage à deux mains, il s'avança sans lumière dans l'allée formée par les laigres ; aussitôt il est saisi par le cou et serré si cruellement qu'il croit rendre l'esprit; il essaie de recommander son âme à Dieu; point de changement! et il va périr suffoqué, quand faisant un dernier effort, il s'avise de râler : Le diable Remporte ! O bonheur inespéré ! il se sent hors desserres qui l'étouffaient.... Dix minutes après il courait encore.

Dès lors, dit-on, plus rien ne fut attaqué par les valets, partant plus de mauvais tours du servant.

On montre encore au château de Vauxmarcus, dans l'une des tours, la selle et la bride qui témoignent de la vérité de la légende disant que, dans une époque de troubles, l'un des barons de Vauxmarcus devait, en sa qualité de baillif de Messieurs de Berne, partir pour le théâtre de la guerre : le follaton, qui veille à la conservation de la famille, prit la mule du baron et la transporta au sommet de l'une des tours du château ;

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