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LES TAILLABLES DU VAL-DE-RUZ

trois muids d'avoine par feu, eût été considérablement allégé sous les règnes précédents, ils le supportaient impatiemment et se plaignaient surtout d'être l'objet du mépris des hommes d'autres conditions, qui refusaient de s'allier avec eux. Un grand nombre d'entre eux refusèrent de prêter reconnaissance à René, par le motif que Claude d'Arberg avait annoncé, disaient-ils, l'intention de les libérer de la taille, déclarant qu'ils pouvaient le certifier par témoins, et qu'ils étaient prêts du reste à acquitter ce qui leur serait raisonnablement demandé pour leur artVanchissement.

Ces faits se passaient en 1529. Mais René ne voulut prêter l'oreille à aucune demande pareille tant que ses sujets n'auraient pas prêté leur reconnaissance, annonçant que quand cela aurait eu lieu, il aviserait. Les taillables persistant dans leur refus, le comte leur déclara que s'ils ne s'exécutaient pas, il mettrait la main sur leurs biens, « parce que, ajoute-t-il, main mise porte bon conseil. j>

Les taillables se plaignirent à Berne, mais Berne les condamna hautement, leur reprocha leurs manquements envers le seigneur et leur dit qu'il le maintiendrait dans la totalité de ses droits, d'autant plus qu'il était combourgeois. A l'ouïe de ce motif, les taillables invoquèrent une alliance qu'ils avaient faite à Cernier avec Bastien de Diesbach, agissant au nom de Berne; mais Berne répliqua que cet acte n'avait point pour objet une combourgeoisie, mais tant seulement leur libération de la main-morte, que Diesbach n'était in-

tervenu que comme bienveillant dans cette affaire, enfin que Berne n'avait jamais conclu d'alliance qu'avec des hommes de franche condition.

La question fut alors portée aux Etats, où l'on établit, pièces en mains, qu'ils étaient taillables. En entendant cette sentence, ils refusèrent de se soumettre, alléguant que ce tribunal, composé comme il l'était, n'avait aucune compétence pour des questions de cette nature ; puis, ayant demandé à voir la sentence rédigée, ils s'écrièrent qu'elle était fausse et méchante, et que le clerc était un faussaire. Ces accusations furent bien vite accueillies et répandues par les esprits irrités; des troubles éclatèrent. George de Rive et Vallier intervinrent, mais sans succès. On eut de nouveau recours à Berne, qui confirma sa première sentence, ordonna aux sujets rebelles d'obéir à leur seigneur, et prescrivit qu'en réparation de leur félonie, ils monteraient au château, où les arbitres seraient présents avec la justice de Valangin, que là ils mettraient bas leurs dagues, et qu'à genoux, tête nue, ils crieraient merci à leur seigneur, aux trois Etats et au clerc qui avait signé la sentence, qu'ils confesseraient avoir mal parlé et mérité de payer une amende de trois cents écus d'or.

André l'Espaye était un des principaux meneurs; admis avec les taillables en présence du comte dont ils venaient implorer la clémence et l'équité, il osa lui dire que lors même que monseigneur confirmerait toutes les sentences précédentes, ni lui, ni les hommes pour lesquels il parlait, ne se reconnaîtraient jamais

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