LES TAILLABLES DU V AL- DE RU Z ^J
comme taillables à volonté et que plutôt ils abandonneraient le lieu.
Les taillables finirent par être affranchis. Ils le durent à une triple cause : à leur persévérance, aux idées nouvelles introduites par la Réforme, et à la pénurie d'argent du comte. Le servage était une propriété du seigneur; lors donc que les serfs voulaient faire cesser cette propriété et que le seigneur y consentait sans vouloir en faire un pur don, on la remplaçait par quelque autre genre de servitude, et le plus souvent par une somme d'argent, qui consistait ordinairement, selon la condition des sujets, dans le paiement du quart ou du tiers de leurs biens. L'acte d'affranchissement des taillables sous René de Cha liant porte le considérant ci-après, qu'il est intéressant de recueillir: « Considérant les grosses dettes dont monseigneur se trouve chargé en Allemagne pour l'avancement de sa seigneurie, et qu'il n'y a autre moyen de payer ces dettes, vu que vis-à-vis de M. le duc de Savoie il est en arrière de l'espérance, car alors qu'il pensait recevoir quelque récompense des services à lui fliits, il a été spolié de tous ses biens et seigneuries, et, au lieu de récompense, lui demande-t-on encore aide et secours. Il y aura plus d'honneur pour monseigneur de recevoir une portion des biens de ses sujets pour s'affranchir, que de se dessaisir de la seigneurie de Valangin pour acquitter ses dettes, » etc.
Ailleurs, René, s'adressant à ses sujets, leur dit qu'il est peiné de ne pouvoir les affranchir gratuitement, mais qu'il ne le peut par les raisons indiquées.
se plaignant de l'ingratitude du duc de Savoie, pour lequel il s'était presque entièrement dépouillé , après lui avoir rendu de grands et de longs services.
La question d'argent domina tout le règne de Challant, mais elle eut l'avantage de hâter d'une manière notable la marche des affranchissements.
if
Fafel et la Réforme neuchàteloise
par
Philippe Godet *
Farel, Calvin ! Deux serviteurs bien différents de la même cause.
Le Méridional Farel a en partage la fougueuse éloquence, l'élan et la confiance hardie d'un preneur de villes. Le Picard Calvin a l'esprit tranchant et tenace, une intelligence lucide rompue aux études juridiques et servie par une plume acérée. L'homme du midi était fait pour conquérir ; l'homme du nord, pour conserver et discipliner la conquête. Farel en eut le sentiment si distinct, qu'il s'effaça spontanément devant Calvin le jour où il le contraignit par les << tonnerres » de sa parole de demeurer à Genève, qui avait besoin de son génie.
On sait que Farel naquit près de Gap en 14H9, qu'il étudia à Paris les lettres, les sciences, la théologie, et qu'il était alors, selon son propre aveu, plus catholique que le Saint-Père : « La papauté n'était et n'est pas tant papale que mon cœur l'a été. » Le jeune et
* Histoire littéraire de la Suisse française.
fervent dévot, après d'intimes entretiens avec Lefèvre d'Etaples, sentit chanceler sa foi en Tefficacité de l'intercession des saints et se mit à apprendre le grec et l'hébreu pour pouvoir étudier la Bible. Pour la plupart des libres esprits d'alors, c'est la Renaissance qui les a conduits, par une pente naturelle, à la Réforme. L'inverse semble s'être produit pour Farel : l'érudition fut moins pour lui un but qu'un moyen ; c'est la soif de la vérité religieuse qui l'a poussé à devenir un humaniste. Farel était un homme d'action, non un homme de lettres, un prédicant intrépide plus qu'un savant docteur, un apôtre plus qu'un théologien. Il avait surtout une âme ardemment religieuse, où paraît avoir dominé le sentiment de l'adoration.
Lorsque éclatent les premières violences contre les novateurs, il s'enfuit en Dauphiné, porte l'Evangile aux siens, puis bientôt passe en Suisse, sans propos bien arrêté. C'était en 1523. Nous le trouvons tour à tour à Zurich, à Bâle, à Berne, auprès de Zwingle, d'Œcolampade et de Haller, ajoutant l'ardeur du néophyte à la vivacité naturelle de son tempérament. Puis il séjourne à Strasbourg, alors le quartier-général des novateurs ; de là, il marche à l'assaut de Montbéliard, et y plante le drapeau de l'Evangile. Il se fait partout des amis, mais qui tremblent un peu devant l'impétuosité de son zèle. Œcolampade l'exhorte avec une fermeté paternelle à mettre de l'eau dans le vin généreux de sa conviction récente : « Autant tu es enclin à la violence, autant tu dois t' exercer à la douceur.... Les hommes veulent être conduits et non traînés. >