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LE BON PRINCE HENRI II

geois Pury-la-Pointe. Le banderet Merveilleux présenta la bandière au prince, qui la tint pendant le compliment, et la lui rendant dit :

« Je revois avec grand plaisir ces braves bourgeois, « en la garde desquels je mets ma personne ; reprene;^ « la bandière, sire banderet, et m'y veux ranger tout « le premier, comme bon bourgeois de Neuchâtel que « je suis, étant prêt à la suivre pour soutenir les droits « et honneur de notre bonne patrie Suisse. >

Les Quatre-Ministraux lui présentèrent les clefs à la porte de la ville; il les garda pendant la harangue, ensuite les leur rendit en disant :

« Messieurs, ma bonne ville de Neuchâtel ne peut « être en meilleure custode ; par ainsi je vous recom- « mande d'avancer toujours, comme du passé, tout « bien et tout honneur en icelle. »

Sur sa route, depuis les Verrières jusqu'à la ville, le prince avait rencontré çà et là les bandières des autres bourgeoisies et plusieurs enseignes, mêmement des quartiers éloignés, et n'avait manqué de dire à tous de quoi les bien contenter. Si les princes savaient combien il leur est facile de gagner l'affection de la multitude, ils ne pourraient refuser de faire si petite dépense.

Comme mon office m'appelait à être auprès du prince durant le trajet, j'eus occasion de remarquer le singulier plaisir et grand étonnement que lui causèrent tant de gens d'armes qu'il rencontra sur son passage, au nombre de six à sept mille ; quand il apercevait une bandière, il tressaillait d'aise, et me dit une

fois : « Où se prennent tant de gens ? Il ne se peut faire que ce soient les mêmes. » Je l'assurai que ces enseignes étaient différentes, et qu'il ne voyait qu'une partie de son peuple ; alors se tournant vers aucuns des seigneurs de sa suite, il leur dit : « En France, je « ne suis prince que sur parchemin d'Italie ; en Suisse « il en est tout autrement, je vous le disais bien. » Et comme je prenais soin de lui indiquer les lieux d'où sortaient ces enseignes et la distance de leur manoir, il me dit : « Ces braves gens ont pris bien de la « peine, et toutefois semblent-ils l'avoir fait joyeuse- « ment ; c'est marque qu'ils m'aiment. Ce jour me « fait tant de plaisir que je ne puis le dire. »

Quelques jours après son arrivée, il dit au banderet Merveilleux : « Je n'ai rien juré à la bourgeoisie de € Neuchâtel, mais bien à celle de Valangin ; c'est une « vieille dette de quarante ans que vous devez m'obli- « ger à payer sans renvoi et avec dépends, comme « juste. » Le banderet lui répondit gentillement :

« Monseigneur, nous y perdrions, vu que ce ser- « ment ne contient pas tout ce que vous faites. »

Le jour de sa fête échéant le 13 juillet, la ville résolut de la célébrer par autant de réjouissances publiques qu'on pourrait en imaginer, et pria très humblement le prince d'accepter un repas avec toute sa suite, ce qu'il agréa de grand cœur. Il fut servi par six membres du Conseil des Vingt-quatre, et par douze de celui des Quarante ; en se mettant à table, il voulut avoir à sa droite le maître-bourgeois en chef, et à sa gauche le banderet, ne cessant d'adresser des paroles

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