PAULINE
Drame en cinq actes et huit tableaux, tiré du roman de M. Alex. Dumas, par MM. E. Grangé et X. de MoNTÉPiN, précédé de la Chasse au tigre, prologue en un acte par les mêmes auteurs.
« Donnez-moi votre fusil, monsieur;vous tremblez. »
1. Une série commencée en 1852 dans les premiers numéros de de rÉcLAiR et qui fut abandonnée après la publication de Fechter, de Levassor, de Got, de Geoffroy, de Madame Allan, de il/"* Luther, de Augustine Brohan. Je donne les trois silhouettes qui me semblent les moins mauvçiises.
Ces mots sont scandés dans cette tonalité sourde qui fait le dramatique de l'organe mélodieusement voilé de Fechter. Ce ne sont pas les ondes caverneuses de Beauvallet, dont la basse profonde, en dépit de Tart des gradations^ alourdit les queues de périodes. La voix se tient résolument dans un médium, sans jamais filtrer dans le clair. Aussi, quand elle vient à tomber d'une octave, elle fait émotion. Un peu étoupé en ses sonorités gutturales, le drame tel qu'on le note, tel qu'on commence à le jouer, en ces derniers jours, ne réclame plus ces dictions métalliques, fort admirées de quelques-uns. Pour arriver à la fibre, il est besoin au timbre dramatique d'un mordant sourd, et Fechter le possède, le manie, le velouté à un degré qui fait de sa voix un des organes les plus heureux^ pour la traduction dans une gamme distinguée, des grandes émotions du théâtre moderne. Et puis, Fechter est grand, svelte, élancé; Fechter est beau, beau d'une beauté presque anglaise à force d'aristocratie. C'est dans un corps masculin une linéature féminine par la délicatesse. La bouche seule, charnue, aux lèvres détachées, a le caractère de plénitude recommandé par la^Clairon pour l'expression de la souffrance; mais le jeu du masque se limite chez lui presque exclusivement aux yeux : puissants, profonds, incisifs sont les siens. Il a le regard long; dans ses entrées, il englobe la scène, par un certain coup d'œil de côté, d'une jettatura saisissante. Il n'a^ point de ces coups de physionomies invraisemblables qui transposent brusquement
tous les muscles du visage. 11 est sobre, concentré; — un jeu ganté, — je risque le mot; l'action qu'il a soigneusement élaguée de la télégraphie, s'est faite chez lui contenue, délicatement nerveuse; il l'a presque réduite au geste affectif, pardon! un vieux terme de la technique théâtrale, qui veut dire que Fechter ne gestifie que l'état de la passion intérieure. Fechter dit aussi l'ironie mezza voce, mais il lui donne valeur par la manière dont il la laisse glisser d'un coin de lèvre, c'est du plus exquis et du plus profond dédain. Au reste, cet air de bouche, vous le retrouverez chez Madeleine Brohan, mais maniéré, façonné, contourné, fatigant et pris de moins haut. Fechter est Thomme des nuances, n'a que mépris pour les gros jeux de scène, ne s'éparpille pas, ne charge pas, et, dans sa répugnance à l'exagération, ébauche, indique plus volontiers qu'il n'accentue les situations dramatiques. Sa mort, lorsqu'il est frappé, au cinquième acte, il la joue avec une économie d'effets bien rare dans un moment oii les agonies du boulevard détaillent chaque hoquet : un mouvement en avant, une parole strangulée, un rictus, un mouchoir qui court aux lèvres rougies, un affaissement. Ce qu'on ne peut dire et ce qui est partout chez Fechter, du timbre de la voix au galbe des mains, c'est, disons-le encore, — la distinction. Qu'il était beau, au quatrième tableau, en haut de l'escalier, les bras croisés, l'allure fière et les cheveux au vent, debout, drapé dans une royale pose de mépris, effrayant de calme et d'orages muets! Qu'il était beau, le
gentilhomme de grand chemin, dans sa blouse bleue!...
Hier, c'était au Vaudeville. Fechter, en quittant le Théâtre-Historique, n'a fait que la moitié du chemin pour aller où il doit aller.
Lord Montgommery !
Et ce sont des façons, je me trompe, des airs, je me trompe, des manières ! car Fechter en remontrerait au marquis de Polinville. H a des voussures d'épaules familières à incriminer la femme à laquelle il parle, des impertinences de tête du dernier faiseur, de la mauvaise humeur la plus comme il faut qui soit ; il plie sur ses jambes comme un secrétaire d'ambassade rompu aux factions du meilleur monde ; il articule des riens et vous jureriez que c'est quelque chose. H soufflète d'un mot, et dit: M'aimez-vous? — et si bien qu'on ne sait que répondre.
n porte sur lui tout le matériel d'une visite à illustrer de distinction : il marche, il complimente, il ôte ses gants, il salue; c'est l'école du dandysme. Lord Montgommery! on sent qu'il a été le lion pendant deux saisons de suite. Il a des nœuds de cravate que lui envierait Brummel. Il possède des châteaux qu'il n'a pas vus et qui ne l'ont pas vu, comme lord Herfort. Il se gratte du petit ongle, ce geste de tous gentilshommes et que César repasse à Damis. Et le voilà traversant toute la pièce, faisant valoir cette fragilité comme un gentleman fait valoir un habit
noir, donnant à croire à des mots par un regard, une attitude, que sais-je ? une façon de lever son verre, de rendre le Champagne au seau de glace, une façon de déployer un journal, une façon de se cantonner dans sa chauffeuse.
Palsembleu! se dit, un de ces soirs, l'âme de Préville, râme de Préville avait eu congé ce soir-là, palsambleu! se dit la digne âme avec un de ses contournements qui lui valurent 500 louis du marquis de Bièvre, — la toile allait tomber sur le coucher d'une Étoile, — je ne me croyais pas ici chez moi !