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DE PETITE FILLE

Quelle est la petite fille qui n'a pas eu, à un moment de son enfance, ces instinctives tendresses amoureuses, qui n'a pas eu une passionnette? Je me rappelle une mère disant à sa petite fille, éprise presque comiquement de mon frère, qui était déjà un garçon de trente ans : « Va, va, ma pauvre enfant, tu es le sentiment, et il est l'esprit : il t'attrapera toujours I » Elle disait cela, cette femme qui n'était pas une femme ordinaire, avec le sourire de la Joconde venant parfois naturellement à ses lèvres. Et, sur une note mélancolique, elle ajoutait en s'adressant à nous deux : « On peut la laisser encore quelques années aimer ainsi... puis on essayera de refermer tout cela ! »

Refermer tout cela, les mères y arrivent-elles un jour? Toutefois jusqu'à l'heure du cadenassement, il est un certain nombre d'années où la passionnette

1. Revue Indépendante, mai 1884, — Fragment retiré de Chérie et qui faisait double emploi avec la passionnette de la petite fille pour le secrétaire du maréchal.

de la petite fille ne rencontre que de l'indulgence et des rires complaisants, qui s'amusent et s'égayent de cette imitation en infiniment petit de l'amour.

Des passionnettes dans l'existence de la petite fille, il y en a depuis les cinq ans jusqu'à l'âge où la passionnette fait place à la véritable passion. Maintenant, où elles deviennent intéressantes ces inclinations amoureuses, c'est quand elles éclatent sur la lisière de l'enfance et de la puberté et qu'elles mêlent un rien de la passionnette de la petite fille au sentiment de l'amourette de la jeune fille.

Ici, je ne puis résister au désir de raconter l'épisode d'un de ces jeunes amours, un amour bon et frais (( comme l'odeur du muguet des forêts du nord », dans le voisinage desquelles il s'est passé.

Une fillette vivait dans la haute société d'une capitale étrangère, mais toujours dans les jupons de sa mère qui l'avait nourrie, instruite, élevée, et san s amies de son âge, et sans relations intimes avec les femmes de sa société. Sa mère s'était amusée à fabriquer en elle un être à son goût, une enfant sauvage et poétique, absolument ignorante des réalités, et qui ne connaissait de la vie que deux ou trois romans de Dickens.

Parmi les habitués de la maison, qui était une maison où l'on recevait beaucoup d'artistes, il y avait un jeune homme qui s'était occupé d'elle toute petite, lui racontant dans des coins des histoires, et, quand il y avait trop de monde au saloU;, montant

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