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UNE PASSIONNETTE DE PETITE FILLE

dans la nwsery lui dessiner des bonshommes, et, lorsqu'elle était malade, lui lisant des contes de fées près de son lit. Ce grand jeune homme triste qui était peintre , elle savait vaguement qu'il avait été très amoureux d'une jeune personne qui lui aurait été refusée en mariage à cause de son état, et ce refus lé faisait plaindre en secret par elle.

Une brouille du jeune homme avec la mère l'éloignait pendant un hiver de la maison. La fillette avait un petit chien qu'elle affectionnait. Il était écrasé : dans son chagrin elle écrivait à son ami. Le jeune homme la remerciait d'avoir pensé à lui pour lui faire partager la moitié de sa peine. La fillette touchait à ses quatorze ans.

C'est étrange, quand il était là, elle ne s'était pas aperçue qu'elle l'aimait, et son amour pour lui se révélait à elle, pendant son absence.

Sur ces entrefaites la mère de la jeune fille et le jeune homme se rencontraient, on s'expliquait, on se raccommodait, et il était invité à venir passer quelque temps à la campagne de la mère. Chez les natures du nord l'éveil de l'amour développe une espèce de panthéisme exalté qui leur ferait volontiers embrasser les arbres et la création tout entière. Et la fillette amoureuse, dans le lyrisme de son cœur, remerciait le Créateur du soleil, des nuages, de l'eau courante des rivières, des oiseaux, de chaque petite feuille si bien faite, — et la longue rue du faubourg, resserrée entre des murs de boue, surmontés de lilas aux maigres fleurs, et qui menait à une mer d'un vert

sale, lui semblait, au bras de son grand jeune homme bien-aimé, une route paradisiaque.

Elle écrivait alors ingénument sur son petit journal secret d'enl'ant : « Nous causons tant, il me dit de si gentilles choses, mais je ne peux pas noter tout ce qu'il me dit... Je le pourrai quand je serai plus savante, quand je serai grande... C'est tout de même écrit dans mon cœur. »

Dans une de ses promenades, à travers la rue aux lilas, un jour qu'elle accompagnait le jeune homme aimé qui quittait la maison pour une huitaine, au moment où elle venait de lui donner la main, le voyageur, qui avait déjà descendu une marche de l'embarcadère, se retournait, l'embrassait soudain. Courant, courant, elle se sauvait à la maison^ se couchait, restait tout le lendemain au lit, sa joue cachée dans l'oreiller, redoutant qu'on ne vit la marque du baiser qu'elle sentait la brûler. Et elle avait honte de ce baiser... et en même temps il lui était bien cher.

Il l'avait ainsi embrassée sur la marche de l'embarcadère le jeune homme aimé, après une explication avec la mère qui lui avait déclaré que sa fille était trop jeune pour se marier avant quelques années, et qu'en somme elle ne se souciait pas de la donner à un homme sans fortune et sans nom, explication à la suite de laquelle il était parti avec l'intention de ne jamais revenir.

Mais il recevait une lettre de la mère lui disant qu'il ne pouvait pas s'en aller comme cela, qu'elle connaissait sa fille, que ce départ brusque pouvait la

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