juillet 1835. Article daté de Constance
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de choses »), ont sensiblement mécontenté et blessé au vif un certain nombre de mes honorables collègues.
Quelque modestes et circonspectes que fussent mes questions, quelque soin que j'eusse pris de laisser le champ libre à des exceptions plus ou moins nombreuses, et d'éloigner constamment jusqu'à l'ombre même de toute personnalité, je n'ai cependant point réussi à me soustraire à un anatlième terrible., si dédaigneusement lancé dans les salons par d'importants réfléchisseurs aliborons, et que fulminent aussi ça et là, dans quelque arrièreboutique de journal ou dans quelque estaminet, une demi-douzaine d'artisans, écrivailleurs impotents, V anathème qui frappe de réprobation et de mort toutes les folles exagérations, toutes les criminelles tentatives du progrès!...
J'avoue naïvement que pendant plusieurs jours la fantaisie m'a pris d'écouter certaines récriminations, censures et gloses, auxquelles le court aperçu de la situation générale des artistes a déjà donné lieu, et je confesse en toute humilité qu'après avoir bien prêté l'oreille et bien écouté, il m'a été absolument impossible d'extraire quelque raison nette, de formuler à mon esprit quelque objection sérieuse au milieu de cette cacophonie quasi-sy mphonique d'accusations vagues et tranchantes. Si donc une de ces cminences (qui, par parenthèse, n'ont pas toujours dédaigné de condescendre à ma subalternilé, et qui maintes fois l'ont honorée dans des journaux spé-
ciaus par leur scurrilité et leur critique) voulait bien se charger de rédiger en français intelligible Yimbroglio d'argumentations infailliblement concluantes en question, elle me rendrait sans doute un précieux service, et ma reconnaissance et ma gratitude lui seraient acquises à l'avance.
Lorsque enfin on m'aura appris quelles sont les exagérations, la phraséologie et les folles tendances incriminées et condamnées, je pourrai à mon tour, si toutefois il y a lieu, en essayer la justification et appeler de la décision des susdits très honorables et très honorés collègues à un tribunal supérieur, le public, dont le bon sens se dégage graduellement de la tutelle des coteries, et casse insolemment les arrêts de leur juridiction niaise et brutale. D'ici là, en attendant qu'il me soit notifié clairement ce en quoi j'ai délinqué, je ne puis qu'opposer une simple fin de non-recevoir aux brillantes sérénades de nonsens paraphrasées dont ces messieurs me font les honneurs, et que je me reconnais tout à fait incapable de réduire à des termes précis et admissibles dans une discussion sérieuse.
Mais j'ai hâte d'arriver à des objections plus dignes de fixer notre attention. Des esprits graves et réfléchis les ont élevées ; elles tiennent, pour ainsi dire, aux entrailles même du sujet qui nous occupe : je crois donc ne pouvoir mieux faire que de les reproduire et de m'y arrêter : ce sera d'ailleurs pour moi une occasion de donner plus d'extension et de netteté à des idées que jusqu'ici je n'ai pu que
faire pressentir et je ne dissimulerai point que cette manière de les développer me convient davantage dans ce moment où (entouré de montagnes et de lacs, à plus de 150 lieues de la capitale) mon dessein n'est point de philosophailler doctoralement et par chapitres dans les colo'nnes de la Gazette Musicale, mais simplement de converser en long et en large sur une matière presque inépuisable, avec des amis absents et un peu oublieurs.
Voici donc ces objections, telles qu'elles ont été faites :
<( Pourquoi, m'a-t-on dit, vous artiste, qui avez tant à vous louer de vos rapports sociaux et artistiques, pourquoi venez-vous maintenant, et cela d'une façon presque scandaleuse, intenter un double procès à la société et aux artistes?...
A quoi bon soulever des questions dont l'opportunité et la maturité sont douteuses et que tant de médiocrités remuantes, tant de cuistres-prophètes (qui se posent, s'affichent et se drapent en grands hommes, régénérateurs révolutionnaires, Mahomets ou Napoléons tout au moins) compromettent si étrangement?...
Avez-vous donc réellement foi en cette prétendue souveraineté de l'art? Croyez-vous efl'ectivement, et dans toute la force du terme, croyez-vous h son action religieuse, morale, gouvernementale, sur une société gangrenée d'égoïsme, entièrement absorbée par les intérêts matériels?...
Et cette souveraineté même admise en théorie,
comment la réaliser par les artistes auxquels on a pu appliquer, par rapport à l'art, la fameuse maxime des « dévots qui dégoûtent de la dévotion et des amis qui dégoûtent de l'amitié * ».
Qu'il me soit permis de m'étendre un peu sur ces questions, qui en renferment beaucoup d'autres : leur examen ne sera peut-être pas entièrement inutile à notre cause ^.
Et d'abord, s'il est aujourd'hui une chose généralement admise, un principe universellement reconnu comme nécessaire, d'une nécessité profonde, irrémédiable, toujours supérieure à toutes les combinaisons éventuelles qui se succèdent et se classent l'une l'autre, en vertu de l'impulsion progressive, providentielle à laquelle nul ne saurait résister, c'est évidemment le principe de libre discussion, le droit imprescriptible à^ investigation et de critique étendu à tous les faits, à tous les modes, h toutes les conditions de notre orofanisation sociale, qui tout à la fois se dissout, se transforme et se renouvelle; droit imprescriptible, disons-