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La Rochefoucauld {note de Liszt

2. La cause, M. de Vigriy l'a dit dans sa belle préface de Chatterton, « c'est le martyre perpétuel et la perpétuelle immolation de l'artiste. La cause.'... c'est le droit qu'il aurait de -vivre. La cause?... c'est le pain qu'on ne lui donne pas. ■> La cause, enfin.'... c'est la dignité morale, la réhabilitation spirituelle, la consécration sociale et religieuse de l'art et des artistes, dont la mission est d'exprimer, de manifester, d'élefer et de diviniser en quelque sorte le sentime.nt humanitaire sous tous ses aspects. Aussi un prédicateur-poète a pu dire légitimement ces paroles mémorables : « La régénération de l'art, c'est une régénération sociale " {note de Liszt). Le prédicateur poète est Lamennais.

nous, qui n'a d'autre règle, d'autres limites que celles de nos forces intelligentes et sympathiques.

Qu'on le veuille ou non, qu'on s'en réjouisse ou s'en afflige, n'importe; il faut' que toutes les questions (politiques ou sociales, scientifiques ou religieuses, inoO'ensives ou séditieuses) qui tiennent au grand problème des destinées de l'humanité, soient posées, divulguées, débattues ; il faut qu'elles se produisent et se reproduisent encore, toujours, éternellement, sous mille formes et de mille manières différentes, jusqu'à ce qu'enfin leur solution devienne claire, complète et satisfaisante.

L'intelligence doit sonder toutes choses, nous dit l'Ecriture Sainte; ce n'est pas en vain que cette parole est tombée sur notre terre. Le xix* siècle, héritier du criticisme du xvi" et du xviii^, dont le bras terrible avait déjà si puissamment secoué les rameaux de l'arbre de la science du bien et du mal, semble chargé de l'accomplir dans toute sa rigueur. Sa pensée irrassasiable, sa volonté indomptable, irrémittente, toujours avide, après avoir dévoré les fruits, co/if'ozVe jusqu'aux racines.

Et QUI pourrait l'empêcher de fouiller le sol jusqu'à ses dernières profondeurs? Et qui l'oserait?

Insensés donc, insensés! tous ces vieux enfants qui s'introduisent sur des monticules de sable, et de là, de leurs hauteurs croulantes, imaginent nous imposer en jouant péniblement, les uns à la royauté,

1. Terrible il faut ! dit quelque part Bossuet {note de Liszt).

les autres aux juges ^ ceux-ci à L'immoralité et au scepticisme, ceux-là à la saci'istie et au mensonge... Insensés, trois fois insensés! tous ces paralytiques qui, n'ayant plus ni sang, ni passion généreuse au cœur, apostasient l'avenir et se tuent à nous crier : « N'avancez pas..., ne cherchez pas au-delà, — L'abîme est devant vous, il est à vos portes... »

Insensée encore et trois fois insensée et imbécile! cette masse épaisse et grossière qui, sans tenir compte de la connexion intime des choses, ne songe qu'à s'engraisser et à dormir, et qui ne sent pas, qui ne voit pas que tout marche, et que tout marche ensemble.

Oui, la loi est prononcée, la nécessité imminente, irrévocable : toutes les tendances se généralisent, toutes les sympathies s'élèvent, toutes les entrailles s'élargissent, les vallées se comblent et les montagnes s'abaissent; le temps, le plus grand des novateurs^, le plus inexorable des justiciers ~', le temps vient « il est venu..., car déjà on entend le frémissement des feuillets du livre des destins'! ! ! »

A Dieu ne plaise que j'oublie jamais tout ce que je dois de reconnaissance et de dévouement à la société, dont la bienveillance a été presque excessive à mon égard, et aux artistes, pour lesquels je me sens une affection sincère et fraternelle; mais est-ce à dire que sous le prétexte d'une délicatesse

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