UN AUXILIAIRE DE NOTRE CAUSE LE COMTE APPONH
On parlait depuis quelque temps de la fermeture des écoles roumaines d'Ardéal et de Hongrie. Le nouveau ministre de l'Instruction publique, le comte Apponyi, serait l'initiateur et l'exécuteur de cette mesure. Notre presse protesta, comme c'était son devoir, contre cette félonie.
Pendant longtemps nous nous sommes abstenus de qualifier l'acte, tant la chose nous semblait impossible. Un pays peut être gouverné par des ministres dépourvus d'intelligence, de caractère, de moralité; on a même eu l'exemple d'un ministre atteint de folie, bien avant que sa maladie fût médicalement constatée. Mais on n'a jamais vu un ministre qui poussât la monomanie jusqu'à employer toutes ses forces, toutes ses ressources et même le crime, pour mettre en œuvre son idée fixe, par n'importe quels moyens et quelles que fussent les circonstances. Si un tel ministre est toléré, c'est qu'il a réussi à communiquer l'obsession à d'autres, au peuple entier.
Tout le monde connaît les belles choses réalisées par cet Apponyi. Apôtre de la magyarisation, il a évité la lutte avec les hommes mûrs, qui pouvaient
se défendre, et a essayé de soutirer l'âme innocente et candide des jeunes enfants. Sa loi, la fameuse (( loi Apponyi » rendait si ardue la tâche de cet enseignement impérieusement exigé, payé malgré une noire misère et chéri de toute la force de l'âme par les nationalités de Hongrie, que ses pauvres écoles végétaient certainement encore, mais ne pouvaient plus vivre. On ne pouvait plus apprendre en langue roumaine à être Roumain : tel était le but. On devait se contenter d'entendre sa langue maternelle ânonnée par quelque malheureux instituteur tracassé et éternellement suspecté, qui s'évertuait à donner certaines leçons élémentaires ennuyeuses, alors que toutes les heures étaient consacrées à l'enseignement en langue magyare qu'on ne voulait point écouter. Mais qu'importe ! Cet homme n'aspirait qu'à détruire, et si à la place d'une jolie maisonnette il ne pouvait point bâtir un beau palais, s'il laissait la place libre aux broussailles où s'égarent les brebis affamées de l'ignorance, en quoi tout cela pouvait-il le toucher, je vous le demande ?
C'était un assez joli résultat, qui aurait dû le contenter. Mais non. On employa la guerre — cette guerre qui, pour nos frères d'outre-monts, commença par la charlatanerie du drapeau tricolore, que les Hongrois eux-mêmes leur faisaient déployer — pour ravir à ces défenseurs d'une cause qui n'était point la leur ce qui leur restait de plus cher, avec l'église : l'école roumaine. — Et cela