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LA HONGRIE ET L'AGONIE AUTRICHIENNE

Ne croyez pas que, si nous employons le terme catégorique cT « agonie » en parlant de l'Autriche, de ce monarque à deux noms et à deux numéros, nous cédons à la tendance naturelle de présenter comme un fait accompli ce qui ne serait que l'objet de nos désirs, ce que nous aurions tout intérêt à voir se réaliser. Nous employons le seul terme qui exprime l'exacte réalité des choses.

Ceci ne veut d'ailleurs pas dire que nous fixons à brève et précise échéance une mort annoncée par les contorsions et les secousses d'aujourd'hui. Il y a des agonies longues, longues au delà de toute attente, plus longues que ne le souhaiterait le mourant lui-même, malgré tout ce qui l'attache à la vie, mais à une autre vie. Admettons — ce qui n'est guère probable — que l'Autriche telle que nous la connaissons, sans métempsycose, l'Autriche d'un empereur placé parmi les saints, et des seigneurs demi-dieux de l'administration et de la diplomatie, l'Autriche d'une bureaucratie qui s'octroie tous les privilèges sans faire preuve d'aucun mérite, et d'un clergé catholique tout-puissant, l'Autriche des millions ^'esclaves des races les plus différentes, admettons, dis-je, que cette

Autriche continue de vivre de sa vie haletante et saccadée, après la conclusion d'une paix qui ne ferait que retarder les grands changements attendus par Thumanité. Les quelques années qu'on lui accorderait seraient-elles autre chose que la prolongation d'une agonie qui, tôt ou tard, ne peut avoir qu'une seule issue?

Nous n'ignorons plus aujourd'hui la lutte menée par les nationalités d'Autriche à partir surtout du mois de mai; et nos informations n'émanent pas des agences intéressées, officines de tricherie télégraphique, ou des gazettes viennoises à articles truqués et censurés, mais de documents authentiques, dont quelques-uns sont inédits, d'autres publiés par le Journal des Tchèques de Paris.

Voici les symptômes précurseurs de l'agonie.

Les aspirations des Slaves étaient bien connues* on ne pouvait plus rien nous apprendre, du moins en ce qui concerne les Polonais et les Tchèques qui, pénétrés du brillant passé d'indépendance et de gloire de leurs nations, ne demandent qu'à ressusciter le royaume du grand Casimir et celui de saint Wenceslas. Une propagande politique inlassable a fait connaître au monde entier leurs revendications.

Ce qui est d'une importance indiscutable, ce qui marque en même temps la suppression de tout

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