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LA HONGRIE ET L'AGONIE AUTRICHIENNE

lien avec le passé et l'orientation hardie vers l'avenir, c'est en premier lieu Yunanimité avec laquelle les nations respectives saluent cette énergique profession de foi; c'est, en second lieu, sa proclamation d'une manière telle, que le moindre recul est impossible. Il a suffi de quelques semaines pour mener à bien cette double besogne.

Toutes les villes de Bohême furent le théâtre des démonstrations les plus significatives. Les écrivains tchèques — i5o signatures — adressèrent aux hommes politiques un « programme dicté par l'histoire du peuple tchèque, par son unité nationale, son évolution politique moderne, ses droits et tout ce qui imposa et justifia ces droits » ; ils veulent « porter ce programme à la connaissance de l'Europe entière, l'appuyer dans tous ses détails et en exiger l'application sans réserve aucune ». Les socialistes eux-mêmes ont adhéré à ce programme national. Quant aux Polonais, le « Club polonais » de Gracovie a convié tous les représentants du peuple à une grande réunion qui demanda, à une majorité écrasante, le rétablissement dans son ancienne étendue du royaume polonais libre et indépendant.

Après avoir manifesté d'ardentes et unanimes aspirations, on porta le débat au sein du Parlement autrichien, que les Tchèques eurent soin de renier en tant que forme de leur nation, et que les Polonais, lancés à la poursuite d'un but qui se trouve à l'antipode de ce Parlement, considèrent comme

une prison dont il faut à tout prix sortir. L'Empereur s'efforça en vain, par des démarches personnelles, d'empêcher la rédaction de l'acte de décès de la monarchie qu'il espère encore sauver pour lui et pour ses héritiers. Le Tchèque Stauck lut en pleine séance à la Chambre la sentence qui condamnait à mort la « forme dualiste actuelle » et demandait la création du nouvel Etat tchèque. Deux députés polonais se levèrent pour affirmer que seule la résolution prise le 28 mai 1917 a Gracovie fixait l'avenir du peuple polonais. Les Ukrainiens parlèrent également de leurs espérances.

Mais une manifestation imposante fut celle des Yougoslaves, des Slaves du sud de l'Autriche, qui réclamaient au nom du « principe des nationalités » et au nom des droits de l'État croate un autre « Etat indépendant » englobant toutes les contrées de la monarchie habitées par des Slovènes, des Croates et des Serbes.

Etant donné d'autre part que les Tchèques n'oublient point, dans leurs revendications, « les Slovènes dont les territoires forment un tout avec la patrie tchèque historique », un nouveau problème se pose : le problème de la Hongrie avec tout ce qu'il comporte, car il. serait inadmissible d'imposer aux Roumains le joug d'une forme politique qu'on aiderait les autres Slaves, leurs frères de captivité, à secouer. Bien que la Hongrie, en tant que pays « libéral » et profondément « constitutionnel »

LA HONGRIE ET l'aGONIE AUTRICHIENNE

à partir de 1200^ eût convoqué son Parlement, ne fût-ce que pour proclamer « traîtres à la patrie » les odieuses nationalités dont les Hongrois ne se décident cependant pas à se défaire, le Parlement hongrois ne vit pas se dérouler sous ses yeux des scènes semblables à celles qui se produisirent à Vienne, au grand jour des revendications nationales. L'opposition nationale de la Chambre hongroise a reçu une « bonne éducation » ; elle sait qu'il y a des moments où il n'est pas permis de parler, et d'ailleurs ceux qui n'auraient point consenti au silence se trouvent depuis longtemps dans ces oubliettes à la mode nouvelle, prison ou tranchées, d'où il leur serait difficile de se faire entendre. Se permit-on jamais la fantaisie de demander là-bas, à Pesth, un Etat national, l'indépendance, l'union avec d'autres provinces, le démembrement, en un mot, de la « patrie » ? Qu'estce d'ailleurs, que toutes ces inepties ? Est-ce que cela existe dans la pensée des politiciens magyars? La couronne de saint Etienne n'est-elle pas une et indivisible, même avec ce qu'elle vola à la couronne de saint Wenceslas ? La Hongrie du poète de 1867 ne forme-t-elle pas un Etat « éminemment national » ?

Il est vrai que d'ici, de chez nous, on lui affirme le contraire. Mais est-ce qu'on écoute les balivernes de la (( Valachie conquise » ? Aujourd'hui on vient de déclarer, en toutes formes, du haut de la tribune parlementaire de l'État avec lequel la

Hongrie torme la ((Monarchie », que le démembrement, désormais inéluctable, de l'Autriche, est en même temps le démembrement de la Hongrie.

Pour nous, Roumains, c'est un pas de plus vers la délivrance des frères au nom desquels nous luttons.

Jassy, le 26 août 191 7.

Neam.nl Romanesc. An XII. N« 25i.

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