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LA MONARCHIE RÉCLAME LE DANUBE

(( Sans annexions » ! La formule de Wilson, du temps où l'Amérique était encore neutre, adoptée ensuite par la Russie révolutionnaire, n'a rencontré que sympathies auprès des modérés de Berlin et de Vienne qui, n'ayant jamais voulu la guerre, ne sentent peser sur eux aucune responsabilité !

Ils n'ont jamais voulu annexer, a dit le Chancelier, et ils ne commenceront pas aujourd'hui ; mais les Alliés doivent garantir solennellement le libre développement de la race germanique. Or, ce libre développement suppose des voies libres et, en premier lieu, des voies maritimes et fluviales.

C'est pourquoi on forme dès maintenant le projet d'exécuter de nombreux canaux dans la « Mitteleuropa » infiniment plus aisée à réaliser par la complicité des alliances, qu'à consolider dans l'avenir, par une victoire seule capable d'obtenir 1' « amitié » d'aujourd'hui. De la Baltique à la Mer Noire, du Rhin aux bouches du Danube, l'association austro-boche, sa clientèle et ses vassaux, disposeront de routes d'eau, autour desquelles on montera bonne garde « par intérêt pour l'humanité » !

Il faut, par conséquent, que le Danube n'appar-

tienne plus aux riverains. Et puisque l'Allemagne ne peut offrir à un allié fidèle, malgré ses difficultés et ses faiblesses, la Serbie entière, une Albanie de tout repos, la route ouverte à travers la Macédoine vers Salonique ou une « Valachie autrichienne », elle veut la dédommager en lui assurant la possession du cours du Danube, d'Orsova jusqu'à la mer.

Nous avons reproduit l'article de la Neue Freie Presse qui s'évertue à justifier ces prétentions. Ces félons se défendent, une fois encore, de toute intention conquérante. La Serbie et la Roumanie resteront parfaitement libres, au point de vue « national ». On laissera à ces petits peuples toute liberté de se servir de leur langue quand bon leur semblera; on ne leur imposera ni l'arsenal de la publicité germanique, ni renseignement en langue magyare. Les « vainqueurs » sont généreux; ne voulant s'approprier la moindre parcelle de territoire étranger, ils entendent ne porter aucune atteinte à la vie morale des nations — oui, mais... le Danube, c'est autre chose !

L'habile avocat de la feuille viennoise assure dans son plaidoyer que la Monarchie possédant le cours du fleuve jusqu'aux Portes de Fer a, par làmême, les droits les plus solides à la possession du cours inférieur et du delta. L'argument est susceptible de généralisation, n'est-ce-pas? Il est même probable que sa généralisation entre dans les projets tant soit peu lointains du compagnonnage mitteleuropéen. Songez, par exemple,

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