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CEUX QUE NOUS N'OUBLIERONS JAMAIS

Un moment douloureux entre tous s'inscrit aujourd'hui dans notre histoire. Jamais efforts plus gigantesques, jamais plus beaux succès n'aboutirent à un lendemain d'aussi infinie détresse, où l'âme d'un peuple ne trouve d'autre appui que l'appel désespéré au Dieu justicier qui ne peut l'abandonner. Et à ces tragiques instants de notre vie nationale, un souffle de profonde sympathie, d'affection fraternelle anime tous ceux qui peinèrent, dans la mesure du possible et des forces de chacun, pour nous épargner ces suprêmes épreuves. La tempête rassemble les voyageurs surpris à deux pas peut-être du but qui leur fît braver toutes les difficultés et tous les dangers. Alors, pour se garantir contre les fauves, au milieu du désert, ils allument de grands feux dont les flammes réchauffent les membres engourdis et éclairent les visages sombres. Puis, toute la nuit, on prend soin d'attiser continuellement le feu, de ne pas laisser s'éteindre les flammes, seules protec-

trices de tant de pauvres vies. C'est ainsi que nous tous, qui aimons ce pays de toute la force de notre âme, qui songeons à son honneur et à son avenir^ nous entretenons la flamme sacrée, seul rempart de notre vie, au milieu de la tempête déchaînée et des fauves affamés des ténèbres.

Gomment oublierions-nous dès lors, au cours de cette terrible veillée qui secoue les têtes lourdes de sommeil, chasse l'engourdissement appelé par la fatigue et repousse les images trompeuses que le froid fait miroiter devant les yeux égarés par la folie, pour les mieux fermer ensuite à tout jamais, comment oublierions-nous, dis-je, ceux qui de loin, bravant les mers perfides et les abîmes sans fond, traversèrent des endroits où tout manque, soleil et nourriture, pour venir soutenir nos premiers pas chancelants, heureux de nous faire comprendre et atteindre, par l'exemple de leur labeur et de leur dévouement, le but pour lequel nous saignâmes, pour lequel nous sacrifiâmes tant de belle jeunesse, sans même pouvoir, trop souvent, hélas ! couvrir leurs restes ensanglantés de la douce motte de terre sacrée de la piété ?

Aussi, en ce moment de halte, au milieu des ténèbres où s'agitent les fauves avides de sang, nous trouvons à nos côtés nos camarades français, nos frères, dans la plus grande, la plus difficile et aussi — ne l'oubliez pas — la plus noble entre toutes les luttes d'un passé qui n'épargna jamais douleurs, meurtrissures de toute sorte, coups immé-

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